DĂ©faillance systĂ©mique menaçant la sĂ©curitĂ© de l’État : le grand dĂ©crochage de la rĂ©alitĂ© se poursuit

Dans une tribune publiĂ©e ce dimanche 10 mai dans Maariv, le Dr Nissim Katz pose une question que le dĂ©bat public israĂ©lien n’arrive pas Ă  trancher depuis des mois : comment un Premier ministre en exercice, au cĹ“ur d’une guerre multifronts, peut-il simultanĂ©ment diriger les opĂ©rations militaires les plus complexes de l’histoire du pays et consacrer des journĂ©es entières Ă  se prĂ©parer Ă  tĂ©moigner dans son propre procès pĂ©nal ? La rĂ©ponse que l’auteur apporte est nette, et elle fait rĂ©fĂ©rence Ă  un modèle juridique bien prĂ©cis : la « loi française ».

Ce que dit le modèle français

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L’article 67 de la Constitution de la Cinquième RĂ©publique française est la pièce maĂ®tresse de l’argumentaire. Il dispose qu’un chef d’État en exercice bĂ©nĂ©ficie d’une immunitĂ© totale contre toute poursuite pĂ©nale durant son mandat. Non pas pour le soustraire Ă  la justice — l’auteur y insiste — mais pour une raison fonctionnelle d’une logique imparable : l’homme ou la femme qui porte la responsabilitĂ© de la nation doit y ĂŞtre entièrement disponible. La France a inscrit dans sa constitution que la paralysie de l’exĂ©cutif est un danger pour la dĂ©mocratie au moins aussi sĂ©rieux que l’impunitĂ©. Le mĂ©canisme est une « pause » : le procès reprend dès la fin du mandat, sans prescription, sans grâce, sans effacement des charges. La justice attend. L’État, lui, ne peut pas se permettre d’attendre.

Pour Katz, appliquer ce raisonnement au cas israĂ©lien n’est plus une option thĂ©orique. C’est une nĂ©cessitĂ© stratĂ©gique. Les dĂ©cisions que Netanyahou est appelĂ© Ă  prendre quotidiennement — frappes en Iran, gestion du front libanais, coordination avec Washington — exigent ce qu’il appelle une « concentration suprĂŞme » et une immersion continue dans des renseignements classifiĂ©s. Lui demander de passer de l’instruction d’un contre-interrogatoire sur des faits vieux de dix ans Ă  la validation d’un tir de missiles en quelques minutes relève, selon l’auteur, d’une absurditĂ© managĂ©riale doublĂ©e d’une faute stratĂ©gique.

L’argument sĂ©curitaire : le tribunal comme cible

Le raisonnement de Katz va cependant plus loin que la simple efficacitĂ© gouvernementale. Il introduit un argument sĂ©curitaire qui, dans le contexte de l’après-opĂ©ration « Rugissement du Lion », mĂ©rite attention. Les ennemis d’IsraĂ«l, Ă©crit-il, surveillent chaque dĂ©placement de la direction politique. Les tentatives rĂ©pĂ©tĂ©es de frapper des symboles du pouvoir et des installations stratĂ©giques dĂ©montrent qu’il n’existe pas de « lignes rouges » pour l’axe IranHezbollah-proxies. Or, lorsque le système judiciaire impose au Premier ministre de se prĂ©senter au tribunal Ă  JĂ©rusalem Ă  des jours et des heures fixes, il crĂ©e ce que l’auteur dĂ©signe comme une « cible parfaite » : lieu connu, horaire connu, itinĂ©raires prĂ©visibles. Transformer la salle d’audience en objectif potentiel pour un missile de prĂ©cision ou un drone-kamikaze, c’est, selon Katz, une « imprudence sĂ©curitaire » qu’aucun État conscient de sa survie ne devrait s’autoriser en temps de guerre.

La question de l’Ă©galitĂ© devant la loi

L’auteur anticipe l’objection la plus courante : la « loi française » ne violerait-elle pas le principe d’Ă©galitĂ© devant la loi ? Sa rĂ©ponse est philosophiquement intĂ©ressante. La dĂ©mocratie, dit-il, doit savoir se protĂ©ger non seulement de la corruption, mais aussi de sa propre paralysie et des risques sĂ©curitaires qu’elle gĂ©nère. L’Ă©galitĂ© formelle qui conduit Ă  mettre un pays entier en danger n’est pas une Ă©galitĂ© vertueuse — c’est un luxe que seules les nations en paix peuvent s’offrir. La suspension du procès pendant la durĂ©e du mandat ne constitue pas une impunitĂ© : elle constitue une mise en attente assortie d’une obligation de rendre des comptes ultĂ©rieurement.

La tribune de Katz ne prĂ©tend pas solder le dĂ©bat dĂ©mocratique sur la responsabilitĂ© pĂ©nale des dirigeants. Elle articule cependant un argument cohĂ©rent : dans l’IsraĂ«l de 2026, en guerre sur plusieurs théâtres simultanĂ©ment, le chevauchement entre la fonction de chef du gouvernement et celle de prĂ©venu dans un procès long et exigeant constitue une faille — fonctionnelle, stratĂ©gique, et peut-ĂŞtre physique — que l’État ne devrait plus se permettre d’ignorer.

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