La décision a été annoncée par la radio de l’armée israélienne ce mardi : Tsahal va créer une usine militaire dédiée à la production de drones explosifs à grande échelle, avec une particularité qui ne manquera pas de faire parler — les 200 premiers opérateurs de cette ligne d’assemblage seront des soldats ultra-orthodoxes spécifiquement formés pour ce rôle. La première promotion doit être incorporée dès le mois prochain.
L’urgence opérationnelle est réelle. Depuis le début de l’opération au Liban en mars 2026, les drones à fibre optique du Hezbollah ont fait la démonstration d’une capacité que Tsahal n’avait pas anticipée à sa juste mesure : une arme simple, bon marché, résistante à toute contre-mesure électronique, capable de rôder dans un espace urbain ou militaire en cherchant sa cible avec une précision redoutable. Plus de 100 soldats israéliens ont déjà été tués ou blessés par ces engins depuis le début de l’opération. L’armée a répondu en improvisant — filets de pêche, mannequins leurres, projectiles à fragmentation — mais reconnaît publiquement ne pas encore avoir de solution systémique contre la menace. L’usine de drones s’inscrit dans cette réponse, mais côté offensif : produire en masse des engins capables de neutraliser les opérateurs adverses et leurs positions de tir avant qu’ils ne lancent leurs propres appareils.
Les ambitions de production sont élevées. Selon les prévisions de l’armée, l’usine devrait commencer à livrer plusieurs milliers de drones explosifs par mois dans les deux mois suivant son lancement. À terme, les cadences pourraient atteindre plusieurs dizaines de milliers d’unités mensuelles. L’objectif affiché est de permettre à chaque unité d’infanterie sur le terrain de disposer de munitions rôdeuses bon marché, disponibles en quantités suffisantes pour différentes missions — neutralisation de tireurs isolés, destruction de véhicules, frappe de positions fortifiées dans un environnement urbain dense comme le sud du Liban.
Mais c’est la dimension « défense active » du projet qui représente l’innovation la plus notable. Tsahal développera dans la même usine une catégorie de drones conçus spécifiquement pour intercepter d’autres drones — des engins capables d’exploser au contact ou à proximité immédiate d’un drone ennemi entrant. Cette technologie, si elle tient ses promesses, offrirait une couche de protection supplémentaire aux forces d’infanterie et aux blindés exposés, sans dépendre des systèmes de guerre électronique qui se sont révélés inefficaces contre les drones à câble de fibre optique. C’est en quelque sorte répondre à la menace drone par un autre drone — une logique symétrique qui s’impose après des semaines de vide défensif.
L’autre dimension de ce projet — peut-être aussi importante politiquement que militairement — est le profil de la main-d’œuvre mobilisée. Environ 200 soldats ultra-orthodoxes, après avoir suivi une formation technologique adaptée, seront affectés à cette usine comme techniciens et assembleurs. Le calendrier est serré : la première promotion doit être incorporée le mois prochain.
Ce choix n’est pas anodin dans le contexte israélien actuel. La question de la conscription des jeunes Haredim est au cœur d’une crise politique qui a failli faire tomber la coalition Netanyahu ces dernières semaines — le Rav Lando, chef spirituel de Degel HaTorah, ayant officiellement rompu avec le Premier ministre en invoquant précisément le blocage de la loi d’exemption militaire. Dans ce contexte tendu, Tsahal propose une voie originale : non pas la conscription combattante que la communauté ultra-orthodoxe refuse catégoriquement en bloc, mais un service militaire technique, dans un environnement compatible avec les exigences religieuses, et avec un impact opérationnel direct et mesurable.
C’est une logique que Tsahal a déjà expérimentée — avec des unités haredi de logistique, de renseignement technique ou de systèmes informatiques. Mais l’usine de drones franchit un cap supplémentaire : c’est une contribution directe à la production d’armes utilisées en temps réel sur un front actif. Pour les soldats ultra-orthodoxes qui y serviront, ce sera une participation concrète à l’effort de guerre, sans franchir les lignes rouges religieuses liées au service combattant mixte ou à la présence en zone de combat.
L’armée affiche également une ambition de réduction de la dépendance aux composants importés, notamment depuis la Chine — dont plusieurs éléments entrent dans la fabrication des drones FPV commerciaux que le Hezbollah achète sur des plateformes civiles et convertit en armes. Produire localement, à grande échelle, des équivalents militarisés permettrait à Israël de s’affranchir progressivement de chaînes d’approvisionnement vulnérables aux pressions diplomatiques ou aux ruptures liées aux sanctions.
Pour aller plus loin sur la doctrine drone de Tsahal :
- La nouvelle arme de guerre de Tsahal : l’attaque par des essaims de drones en territoire ennemi
- Après le succès de l’opération à Jénine : Tsahal va accélérer l’équipement de milliers de drones « Maoz »






