Macron porte Ă  l’ONU une initiative de mission neutre pour sĂ©curiser le dĂ©troit d’Ormuz — et rencontre dĂ©jĂ  le mur iranien

Depuis Nairobi, Ă  l’issue d’un sommet franco-africain, Emmanuel Macron a franchi mardi un nouveau palier dans l’activation diplomatique française autour du dĂ©troit d’Ormuz. Dans un entretien accordĂ© simultanĂ©ment Ă  TV5, France 24 et Radio France internationale, le prĂ©sident français a annoncĂ© que Paris allait « prendre une initiative aux Nations unies » pour proposer un cadre en vue d’une mission « totalement neutre et pacifique » de sĂ©curisation de ce dĂ©troit stratĂ©gique. La formule est claire : « On doit obtenir la rĂ©ouverture sans conditions, sans pĂ©age d’Ormuz. En dĂ©mantelant tous les blocus et vraiment en ayant ce dialogue d’exigence Ă  l’Ă©gard de l’Iran. » Et le calendrier est posĂ© : la rĂ©ouverture d’Ormuz est selon lui « la prioritĂ© absolue », devant intervenir « avant de traiter les autres sujets par une nĂ©gociation ».

Ce mouvement onusien n’est pas une improvisation. Il s’inscrit dans une sĂ©quence diplomatique franco-britannique engagĂ©e depuis plusieurs semaines. Le 13 avril, Macron avait annoncĂ© en commun avec le Premier ministre britannique Keir Starmer la tenue d’une confĂ©rence internationale sur le dĂ©troit. Le 17 avril, Paris et Londres co-prĂ©sidaient un sommet rĂ©unissant 51 pays, au terme duquel une dĂ©claration conjointe entĂ©rinait le principe d’une « mission multinationale indĂ©pendante et strictement dĂ©fensive » visant Ă  protĂ©ger les navires marchands, Ă  rassurer les opĂ©rateurs du transport maritime et Ă  mener des opĂ©rations de dĂ©minage — « dès que les conditions le permettront », soit après un accord de cessez-le-feu durable entre Washington et TĂ©hĂ©ran. Mardi, les ministères de la DĂ©fense français et britannique rĂ©unissaient encore une cinquantaine de leurs homologues pour travailler aux modalitĂ©s concrètes de cette mission.

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L’enjeu Ă©conomique mondial est considĂ©rable. Depuis le 28 fĂ©vrier 2026, date de l’ouverture du conflit et de la fermeture du dĂ©troit par les Gardiens de la RĂ©volution, le trafic maritime dans ce passage a chutĂ© de manière vertigineuse — passant de 160 navires par jour Ă  une douzaine en moyenne en mars, selon l’Observatoire de la bataille d’Ormuz du Grand Continent. Les prix du pĂ©trole ont explosĂ©, pesant sur les Ă©conomies mondiales, et en particulier sur les pays asiatiques qui dĂ©pendent massivement de cette voie pour leur approvisionnement Ă©nergĂ©tique. Le KoweĂŻt, le Qatar et BahreĂŻn ne disposent d’aucune alternative maritime viable pour exporter leurs hydrocarbures. L’Iran lui-mĂŞme exporte son pĂ©trole depuis l’Ă®le de Kharg, dans le Golfe Persique, et souffre donc aussi, in fine, du blocage qu’il a lui-mĂŞme imposĂ©.

C’est sur cette contradiction que Macron a fondĂ© sa ligne argumentaire depuis le dĂ©but de la crise : si la fermeture d’Ormuz nuit Ă  tout le monde y compris Ă  l’Iran, et si TĂ©hĂ©ran maintient ce blocus comme levier de nĂ©gociation, alors une mission neutre de sĂ©curisation — pas dirigĂ©e contre l’Iran, pas portĂ©e par Washington — pourrait constituer la seule voie praticable pour rouvrir le passage sans que ni les États-Unis ni l’Iran aient Ă  « perdre la face ». L’ambition est de faire de la France — membre permanent du Conseil de sĂ©curitĂ©, non-belligĂ©rante dans le conflit — l’architecte d’un cadre multilatĂ©ral que ni Moscou ni PĂ©kin ne pourraient aussi facilement torpiller qu’une rĂ©solution portĂ©e par Washington.

Car c’est lĂ  que le bât blesse, et Macron en est parfaitement conscient. Un projet de rĂ©solution portĂ© par les États-Unis et BahreĂŻn, stipulant que l’Iran doit cesser immĂ©diatement toutes ses attaques contre les navires et toute tentative d’entraver la libertĂ© de navigation, est dĂ©jĂ  sur la table du Conseil de sĂ©curitĂ© — et se heurte Ă  une menace de veto russe. L’initiative française vise prĂ©cisĂ©ment Ă  contourner cet Ă©cueil en proposant un texte non contraignant pour l’Iran, axĂ© sur la mise en place d’une prĂ©sence navale multilatĂ©rale dĂ©fensive plutĂ´t que sur une condamnation de TĂ©hĂ©ran.

Mais la rĂ©ponse iranienne ne s’est pas fait attendre. Ă€ peine l’annonce française connue, TĂ©hĂ©ran a adressĂ© une mise en garde explicite Ă  la France et au Royaume-Uni, prĂ©venant d’une « rĂ©ponse dĂ©cisive et immĂ©diate » en cas d’ingĂ©rence dans le dĂ©troit, dont « la sĂ©curitĂ© » ne peut selon TĂ©hĂ©ran ĂŞtre « assurĂ©e que par la RĂ©publique islamique d’Iran ». Une formulation qui rĂ©sume toute la contradiction de la dĂ©marche française : proposer une mission neutre Ă  un pays qui revendique la souverainetĂ© exclusive sur une voie maritime internationale.

Macron a par ailleurs dĂ©plorĂ©, dans le mĂŞme entretien depuis Nairobi, « une escalade dans les dĂ©clarations » des deux cĂ´tĂ©s — amĂ©ricain et iranien — soulignant le risque qu’une surenchère verbale rende toute issue diplomatique plus difficile Ă  trouver. Il a Ă©galement jugĂ© « inacceptable » que le cessez-le-feu au Liban ne soit pas pleinement respectĂ©, dans une allusion aux violations rĂ©pĂ©tĂ©es par le Hezbollah. Ce faisant, le prĂ©sident français tente de tenir une ligne Ă  plusieurs niveaux simultanĂ©ment : fermetĂ© vis-Ă -vis de l’Iran sur le fond, appel Ă  la dĂ©sescalade dans la forme, et positionnement de la France comme puissance d’Ă©quilibre dans un conflit qui risque de remodeler durablement les Ă©quilibres du Moyen-Orient.

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