L’encre des dépêches n’avait pas encore séché que Téhéran prenait la parole pour démentir. Quelques heures seulement après que le New York Times avait rapporté que l’Iran s’était montré prêt à abandonner ses stocks d’uranium hautement enrichi dans le cadre des pourparlers en cours avec les États-Unis, un haut responsable iranien a catégoriquement contredit cette information auprès de l’agence Reuters. Non seulement Téhéran n’a pas accepté cette disposition, mais le responsable a affirmé que la question nucléaire ne fait tout simplement pas partie de l’accord initial en cours de négociation.
Le démenti est net, sans nuances : « Le sujet du nucléaire ne constitue pas une partie de l’accord préliminaire en cours d’élaboration. » Une phrase courte qui effondre l’un des points présentés comme les plus encourageants dans les informations publiées en début de journée.
Ce que le New York Times avait rapporté était pourtant présenté comme un signal positif significatif : l’Iran aurait exprimé sa disposition à se défaire de son stock d’uranium enrichi à 60%, estimé par les évaluations occidentales à plus de 400 kilogrammes. Un tel niveau d’enrichissement est considéré comme relativement proche du seuil nécessaire à la fabrication d’une arme nucléaire. Le quotidien américain précisait également que les contours exacts du traitement de ce stock restaient encore à définir dans le cadre d’un prochain cycle de discussions, et que l’Iran avait dans un premier temps résisté à l’idée d’inclure cet élément dans la phase initiale de l’accord.
Toujours selon la même source, c’est la pression américaine, exercée via des intermédiaires, qui aurait conduit Téhéran à modifier sa position — les États-Unis ayant fait comprendre que sans engagement sur ce point, une action militaire contre l’Iran restait une option sur la table. C’est précisément cette lecture que le responsable iranien rejette désormais.
Ce démenti intervient dans un contexte de négociations particulièrement denses et volatiles. Les deux parties cherchent à dégager un accord intérimaire dont le premier volet porterait sur un cessez-le-feu prolongé, l’ouverture du détroit d’Hormuz et des allégements économiques en faveur de l’Iran — la question nucléaire devant être abordée, selon certaines sources, dans une phase ultérieure. C’est précisément cette séquence que le responsable iranien semble vouloir confirmer en insistant sur le fait que le nucléaire n’est pas dans le périmètre de la première étape.
La tension entre les versions occidentale et iranienne révèle une réalité familière dans ces processus diplomatiques : les deux parties ont un intérêt à présenter l’état des pourparlers d’une façon qui serve leur position intérieure et leur rapport de force. Du côté américain, laisser entendre que l’Iran a consenti à des concessions sur le nucléaire renforce la légitimité de l’accord aux yeux de l’opinion publique et du Congrès. Du côté iranien, démentir cette même version permet d’éviter que les Gardiens de la Révolution et les factions les plus radicales ne se retournent contre les négociateurs.
Ce type de contradiction en cours de négociation n’est pas nouveau dans l’histoire des discussions sur le dossier nucléaire iranien. Il reflète la fragilité structurelle de tout accord intérimaire cherchant à séparer ce qui, pour Israël et une partie de la communauté internationale, est indissociable : les allégements économiques accordés à Téhéran ne peuvent, selon cette logique, précéder un engagement clair et vérifiable sur le dossier atomique.
Le démenti de ce dimanche rouvre donc une question fondamentale : si l’Iran entre dans un accord préliminaire sans que la question nucléaire en fasse partie, que restera-t-il comme levier de pression pour la phase suivante des négociations, une fois que Téhéran aura récupéré l’accès à ses avoirs gelés et retrouvé sa liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz ?
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