Dans un long article publié ce samedi 31 mai par le New York Times, basé sur des conversations avec plus d’une douzaine de sources proches de la Maison-Blanche, une question revient en boucle dans la bouche de Donald Trump : « Est-ce que JD a ce qu’il faut pour aller jusqu’au bout ? » La réponse que le président semble se donner à lui-même n’est guère flatteuse pour son vice-président de 41 ans.
Selon le journal, Trump a pris l’habitude de sonder ses proches collaborateurs et alliés sur les capacités de Vance. Il leur rappelle volontiers que son vice-président n’a jamais remporté une élection difficile sans son soutien personnel, lui reproche le nombre de vacances qu’il a prises depuis son entrée en fonctions, et l’attaque sur sa réticence initiale à soutenir la guerre contre l’Iran — une opposition que Vance a ensuite retournée en soutien public, mais qui lui a valu la méfiance durable de certains faucons de l’entourage présidentiel.
Trump a lui-même reconnu publiquement en mars, lors d’une conférence de presse à Doral, que Vance était « philosophiquement un peu différent » de lui sur l’Iran — formulation polie pour décrire ce que des sources rapportent comme une opposition franche et persistante de Vance contre l’entrée en guerre. Le vice-président aurait argué que les électeurs Trump de 2024 se sentiraient trahis, que la guerre fragiliserait les stocks de munitions américains, et qu’une intervention militaire en Iran serait une distraction coûteuse. Une fois la décision prise, il a fait machine arrière et s’est publiquement aligné — mais la trace de cette dissension reste vive dans les cercles de la Maison-Blanche.
L’article du Times s’attarde aussi sur des incidents de comportement plus quotidiens qui agacent l’entourage présidentiel. Vance est décrit comme quelqu’un qui consulte fréquemment son téléphone pendant les réunions et se montre prompt à se lancer dans des joutes verbales avec ses détracteurs sur les réseaux sociaux — une pratique que Susie Wiles, la cheffe de cabinet de Trump, lui aurait conseillé d’abandonner, estimant que ces escarmouches en ligne étaient indignes de sa fonction. Vance, pour sa part, a indiqué avoir fait une pause sur les réseaux sociaux pour le Carême. La Maison-Blanche a nié que cette conversation ait eu lieu, le directeur des communications Steven Cheung qualifiant de « fake news complètes » la version du Times.
Les piques de Trump à l’égard de Vance ne sont pas que politiques. Le président l’aurait taquiné sur sa tendance à couper la parole dans les conversations. Lors d’un petit-déjeuner avec des sénateurs républicains, Trump aurait interpellé Vance directement : « JD entre dans les conversations ! Je veux avoir ça au moins quelques jours. OK, JD ? » — une plaisanterie qui, dans le contexte de la relation entre les deux hommes, dit davantage qu’une simple boutade.
L’article soulève également la question de la succession républicaine pour 2028 — le véritable enjeu de ce portrait. Vance reste le favori théorique pour succéder à Trump, ayant raflé 53 % des votes lors du sondage de la CPAC en mars 2026. Mais sa position d’héritier présomptif est de plus en plus contestée par Marco Rubio, le secrétaire d’État, dont l’image hawkish et la longévité politique constituent une alternative crédible aux yeux de certains proches de Trump.
La Maison-Blanche a réagi vigoureusement à la publication. Cheung a défendu Vance comme un « vice-président remarquable » qui met en œuvre l’agenda America First avec efficacité, rejetant les descriptions négatives comme autant de récits fabriqués par des sources inconnues et anonymes. Trump lui-même, interrogé lors d’un entretien, a donné une réponse ambiguë sur l’avenir de Vance, se contentant de dire que ce dernier « ferait un excellent travail » — sans pour autant valider explicitement sa candidature à la présidence en 2028.
Ce portrait, qu’il soit entièrement exact ou partiellement amplifié par des sources qui ont leurs propres agendas dans la bataille de succession, illustre les tensions souterraines au sein de l’administration Trump à l’approche de la mi-mandat. Le New York Times, de son côté, a maintenu ses informations face aux démentis de la Maison-Blanche, précisant que le journal avait bien transmis ses conclusions à l’administration avant publication.
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