Bond de l’identité juive en Israël : la majorité du public se définit juive avant israélienne

Dans le cadre de la Semaine de la diaspora qui s’est ouverte cette semaine, l’indice annuel de proximité avec la diaspora pour 2026 a été remis au président de l’État Itzhak Herzog par le directeur général du ministère de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Avi Cohen Skali. Cet indice, qui évalue les positions du public israélien envers les liens avec le judaïsme mondial, livre cette année des données qui méritent qu’on s’y arrête.

Le chiffre le plus frappant : 57 % des Israéliens se définissent désormais comme juifs avant de se définir comme israéliens. C’est une hausse brutale par rapport à l’année précédente, où ce taux n’atteignait que 34 %. En moins de douze mois, la balance des identités a basculé. La guerre, les attaques, l’hostilité internationale, l’antisémitisme montant dans les pays de diaspora — tout cela a manifestement renforcé le sentiment d’appartenance à un peuple plutôt qu’à un État.

Fierté juive et sentiment d’appartenance historique

L’indice révèle également que 87 % des Israéliens déclarent être fiers de leur identité juive. Plus significatif encore : 85 % estiment que le judaïsme est avant tout une appartenance à un peuple doté d’une histoire et de racines communes — une définition ethno-culturelle plutôt que strictement religieuse, et qui s’est particulièrement renforcée dans les rangs de la population laïque, où elle atteint 82 %.

Du côté des attentes mutuelles, le tableau est contrasté. 94 % des Israéliens estiment que les Juifs de la diaspora devraient agir en faveur d’Israël en temps de guerre. C’est un chiffre écrasant, qui reflète le sentiment que la solidarité n’est pas optionnelle quand le pays est en guerre. En revanche, 66 % considèrent l’assimilation comme une menace significative pour le peuple juif — un signal d’alarme qui traverse les générations et les clivages religieux.

Parallèlement, une tendance inverse se dessine : la perception de la responsabilité qu’Israël devrait assumer envers la diaspora diminue. Les auteurs de l’indice qualifient ce phénomène de « repli identitaire » — un renforcement de l’identité nationale et communautaire s’accompagnant d’une conviction que l’État doit, dans l’allocation de ses ressources, donner la priorité à ses propres citoyens.

100 millions de shekels et une semaine dédiée

La Semaine de la diaspora, qui se tient du 31 mai au 6 juin, comprend une série d’événements éducatifs et communautaires à travers le pays. Dans ce cadre, le gouvernement a approuvé trois décisions représentant un engagement financier total de plus de 100 millions de shekels, destinés à renforcer l’identité juive et les liens avec les communautés de diaspora. Parmi les mesures prévues : des programmes d’éducation, la formation d’enseignants originaires des communautés diasporiques dans des établissements académiques israéliens, et la coordination des programmes d’expérience en Israël.

Le ministre de la Diaspora et de la Lutte contre l’antisémitisme, Amichai Chikli, a déclaré : « Pendant des décennies, les Juifs de la diaspora ont renforcé l’État d’Israël. Aujourd’hui, c’est à notre tour de les renforcer. C’est pourquoi nous élargissons l’investissement du gouvernement dans les communautés juives du monde, à partir de la conviction que l’investissement le plus important est dans l’éducation juive — le socle de l’identité, de la solidarité mutuelle et de l’avenir du peuple juif. »

Le président Herzog, recevant l’indice, a lui aussi insisté sur la centralité de ce lien : « L’État considère le lien avec le judaïsme diasporique partout dans le monde comme une valeur de premier ordre et une partie indissociable de son identité nationale. Il est de notre devoir de continuer à cultiver ce lien profond, de renforcer le sentiment de solidarité entre les différentes parties du peuple juif, et de transmettre aux générations futures l’importance de la connexion entre l’État d’Israël et les communautés juives du monde entier. »

Ces résultats, publiés dans un contexte de guerre multifront et d’antisémitisme en forte hausse dans les pays occidentaux, ne sont pas des données abstraites. Ils disent quelque chose de concret sur ce que vit la société israélienne : une réaffirmation de l’identité collective dans l’adversité, un retour aux racines les plus profondes d’une appartenance qui précède les frontières et les passeports.


À lire en complément : Le Président de l’Agence juive : « Les juifs de la diaspora unis dans la douleur d’Israël », qui illustre la dimension émotionnelle de ce lien Israël-diaspora. Voir aussi : C’est officiel : Israël a plus de Juifs que tout autre pays, pour situer Israël dans la géographie du peuple juif mondial.

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