Netanyahu explose à la barre : « Vous essayez d’inventer rétroactivement un délit qui n’existe pas »

L’audience au tribunal de district de Tel Aviv dans le cadre du dossier 2000 a pris ce mardi une tournure particulièrement tendue, avec une déposition du Premier ministre Benjamin Netanyahu marquée par des attaques en règle contre l’accusation. La séance du jour portait sur les circonstances de ses rencontres avec l’éditeur de Yediot Aharonot, Noni Mozes, et sur les enregistrements qu’il avait réalisés lors de ces échanges.

Netanyahu a posé d’emblée sa ligne de défense : la thèse de l’accusation est une construction juridique inventée après coup, étrangère aux normes qui prévalaient à l’époque des faits. « Personne ne pensait que les relations réciproques entre éditeurs et politiciens constituaient ici un acte délictueux », a-t-il affirmé, avant d’enfoncer le clou : « Moi, Raz et Haro n’y avons pas pensé, et vous essayez encore d’inventer rétroactivement un délit qui n’existe pas. Rubi Rivlin le dit à la Knesset, le président de la Knesset — il en donne et il en prend, ne venez pas me raconter des histoires. Personne n’a jamais pensé que les relations réciproques entre éditeurs et politiciens constituaient un acte délictueux. »

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Sur la question des pressions alléguées — les « bâtons et carottes » évoqués par l’accusation — Netanyahu a réfuté catégoriquement : « Ce n’est pas comme si quelqu’un avait mis un pistolet, personne au monde n’a pensé que la question d’une couverture favorable ou défavorable était une question d’avis. On ne peut pas l’envisager, parce que vous avez inventé cette construction et c’est absurde. Tu veux dire que j’ai pensé qu’il y avait là un délit ? Sans équivoque — non. »

La stratégie derrière les enregistrements a occupé une large partie des débats. Netanyahu a expliqué y avoir vu uniquement des « munitions » dans une bataille politique, sans jamais y percevoir une dimension pénale : « Je m’en suis servi dans ce sens — j’avais une matière brute pour lancer une attaque sans précédent contre Mozes. Il vivait dans l’ombre et préférait généralement rester hors des projecteurs médiatiques. J’ai brisé cette équation et j’ai lancé une attaque directe contre lui, une véritable exposition qu’aucun journaliste n’avait osé faire. »

Sur le plan de cette « guerre froide » avec Mozes, il a précisé sa philosophie : « Il s’agit d’une guerre qui ne franchit pas les lignes, qui ne s’attaque pas de manière atroce aux membres de la famille. C’est pour cela que je prononce cette phrase célèbre, pour délimiter la chose. La couverture est effroyable et c’est ce que tu essaies de faire — éviter la catastrophe — et c’est ce qui est habituel entre deux rivaux. »

Il a également avoué ne même pas avoir vérifié que les enregistrements avaient fonctionné : « Je n’ai pas écouté les enregistrements. Je pouvais partir du principe que ça avait enregistré. Je ne me souvenais même pas de ces conversations et de ces enregistrements. Je n’ai pas besoin de ce dispositif — j’ai remporté le combat contre Mozes, j’ai obtenu la coalition. »

L’audience a été secouée par des tensions entre la défense et l’accusation. L’avocat Amit Hadad a accusé le parquet de soumettre des extraits de phrases tronquées au Premier ministre dans le but d’induire le tribunal en erreur sur sa mémoire. Le moment de plus forte tension est survenu quand la juge Rivka Friedman-Feldman a dû intervenir personnellement pour ordonner que les transcriptions complètes soient présentées à Netanyahu — afin d’éviter que son témoignage ne repose sur des extraits sélectionnés.

Pour ce qui est des chiffres de diffusion, l’accusation a présenté des données montrant une chute de la diffusion quotidienne de Israel Hayom de 325 000 à 275 000 exemplaires en janvier 2015, y voyant la preuve d’une mise en œuvre de l’accord présumé avec Mozes. Netanyahu a rejeté ce lien et son avocat a exigé que les données du week-end — inchangées selon lui — soient également produites pour démontrer que l’accusation trierait sélectivement les chiffres.

L’enjeu central du dossier 2000 reste celui de l’ »intention délictuelle » : si Netanyahu parvient à convaincre les juges qu’à l’époque des faits, ni lui ni personne autour de lui ne considérait ces échanges avec un éditeur de presse comme relevant du droit pénal, l’un des piliers fondamentaux de l’accusation de corruption s’effondrerait.

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez consulter notre article sur un journaliste de gauche qui reconnaît s’être trompé sur Netanyahu ainsi que notre analyse sur les accusations contre Netanyahu et les réactions politiques lors de l’acte d’accusation.

 

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