Trente-huit ans. C’est le temps que Mami Paar, l’un des conseillers en communication les plus chevronnés d’Israël, a passé dans les coulisses de la politique — assez pour accumuler des souvenirs qui brûlent, des anecdotes qui dérangent, et une vision sans complaisance d’un monde que le grand public ne voit qu’à travers les vitrines soigneusement entretenues des attachés de presse. Aujourd’hui, il publie La mouche sur le mur (Zvoov al ha-kir), un livre né en un mois, dans ce qu’il décrit lui-même comme une « tempête émotionnelle ».
L’idée est venue par hasard. Une publicité d’une maison d’édition surgit sur son écran, un clic, deux jours plus tard une réunion — et le livre était lancé. « J’ai écrit en un mois, dans la fièvre. Après 38 ans dans ce monde, je me souviens de tellement de choses : comment travailler correctement avec les médias, comment éviter les erreurs. Le livre est construit sur des histoires du terrain. »
Il y a tout de même eu de la turbulence sur le chemin. Paar confie avec une pointe d’humour que l’édition du manuscrit, assurée par son épouse Hani — 42 ans de mariage heureux — a mis leur couple à rude épreuve : « Elle ne m’a pas laissé passer une seule virgule. Nous ne nous sommes jamais autant disputés que pendant ces trois mois de travail commun. »
Lieberman, l’homme qu’il admire
Propriétaire du cabinet de relations publiques Paar-Levin, Mami Paar a conseillé au fil des années des noms qui traversent toutes les sensibilités de l’échiquier politique israélien : Ehoud Barak, Shaoul Mofaz, Yoav Galant, Bouji Herzog, Gila Gamliel. Mais c’est avec Avigdor Lieberman que la collaboration dure depuis sept ans maintenant — une relation née, elle aussi, du hasard.
« J’ai publié un article d’opinion dans la presse, et j’ai reçu un appel de son assistant : Lieberman avait lu l’article et souhaitait me rencontrer. On s’est vus à Tel-Aviv, la conversation était bonne, mais je ne pensais pas que cela aurait de suite. Quelques jours après, il est venu me voir avec la directrice générale du parti, et il était déjà clair qu’il y avait entre nous une bonne alchimie. »
La question qui s’impose alors : Lieberman sera-t-il le prochain Premier ministre ? Paar ne dévie pas. « Je pense qu’il est la personne la plus appropriée et la plus méritante pour exercer cette fonction. Si le public votait de manière rationnelle et non émotionnelle — je n’ai aucun doute qu’il serait élu. Même dans la situation actuelle, je crois qu’il a une chance raisonnable d’être le prochain chef du gouvernement. »
Face au rappel des sondages, qui le placent loin de cet objectif, Paar ne se laisse pas démonter. « Je ne méprise pas les sondages, mais je ne les achète pas non plus comme une vérité absolue. Une campagne électorale change chaque jour. Les gens oublient très vite ce qui s’est passé hier. » Il rappelle avoir correctement prédit, par le passé, que Benny Gantz perdrait environ la moitié de ses sièges dans les sondages — ce qui s’est produit. Il dit avoir tenu des propos similaires sur Naftali Bennett.
Sur Gadi Eisenkot, il est direct : « On ne peut pas être peu de temps en politique et sauter directement à la tête du gouvernement. Comme dans l’armée, on ne passe pas de commandant de bataillon à chef d’état-major. Un Premier ministre a besoin d’expérience, et Lieberman remplit ces critères. »
Galant : l’homme qui avait prévenu
Le chapitre consacré à Yoav Galant est peut-être le plus lourd de sens. Paar a géré les deux dernières campagnes de primaires de Galant au sein du Likoud. Entre eux, une proximité professionnelle réelle — jusqu’au point où les bureaux de Galant s’étaient installés à l’étage en dessous du sien, « ce qui rendait la collaboration très commode ».
Son jugement sur le 7 octobre est sans détour : « Je reconnais que tous ceux qui étaient là portent une responsabilité. Mais je pense que si on avait écouté les avertissements de Galant, il aurait peut-être été possible d’éviter les événements du 7 octobre. » Une phrase courte, sèche, qui pèse lourd dans la bouche d’un homme qui a vu fonctionner le système de l’intérieur. Paar estime que l’ancien ministre de la Défense a eu le courage de tirer la sonnette d’alarme — et que ce courage lui vaut d’être reconnu.
Netanyahu : l’entretien qui a tout dit
Restait la question la plus sensible : ses relations avec Benjamin Netanyahu. Paar révèle avoir été reçu deux fois en entretien pour le poste de porte-parole du Premier ministre. La première fois en 1998, pour remplacer Shay Bazak. La seconde en 2007, lorsque Netanyahu et Naftali Bennett — alors chef de cabinet — l’ont reçu ensemble.
À la sortie de ce deuxième entretien, la décision était prise dans sa tête : il ne travaillerait pas là. « J’ai eu l’impression que ce qui l’intéressait avant tout, c’était de savoir si j’avais suffisamment de contacts avec les gens de l’émission satirique Eretz Nehederet pour qu’ils arrêtent de s’en prendre à lui. J’ai senti que ce n’était pas ma place. »
Trente-huit ans de coulisses, quelques mots et le masque tombe — sans fracas, sans règlement de comptes apparent. C’est peut-être cela, la marque d’un vrai conseiller : savoir ce qu’on dit, et surtout ce qu’on tait.
Pour en savoir plus sur les tensions politiques autour de Yoav Galant et ses relations avec le sommet du pouvoir, retrouvez notre article : Une conversation inattendue entre Trump et Galant : une crise de confiance avec Netanyahu révélée ?
La question du leadership et des ambitions électorales d’Avigdor Lieberman a également fait l’objet de plusieurs analyses sur notre site : Liberman : « La perspective d’un gouvernement d’union n’existe pas, il faut un miracle pour que cela se produise »






