Le gouvernement israélien s’apprête à franchir une ligne qu’il n’avait jamais franchie jusqu’ici. Selon une information d’abord rapportée par Ynet puis détaillée par Hadashot 13, le Shabak va être directement intégré au dispositif de lutte contre la criminalité qui gangrène la société arabe israélienne depuis des années. Le mouvement a pris forme vendredi, lorsque le secrétaire du gouvernement Yossi Fuchs a envoyé une instruction ferme aux directeurs généraux de tous les ministères : interdiction d’utiliser les fonds encore disponibles dans le cadre de la tokhnit ha’khomesh, le plan quinquennal destiné au développement du secteur arabe adopté sous le gouvernement Bennett. Ces sommes, jusqu’ici fléchées vers l’éducation, les infrastructures ou le développement économique, doivent désormais rester intactes en vue d’un usage tout autre.
Une nouvelle unité au sein du Shabak
Car c’est bien là que réside la nouveauté : selon les informations obtenues par Hadashot 13, une division entièrement nouvelle va être créée au sein du Shabak, spécifiquement dédiée à la lutte contre la criminalité qui sévit dans la société arabe. Le budget alloué à cette opération avoisinerait 1,3 milliard de shekels. Contrairement à la police, cette nouvelle division disposerait d’outils bien plus intrusifs : installation de logiciels espions, écoutes téléphoniques et un éventail de méthodes de surveillance nettement plus agressives que celles dont dispose actuellement la police israélienne. Le Shabak sortirait ainsi, pour la première fois de son histoire, du cadre strict de la lutte antiterroriste pour s’attaquer frontalement au crime organisé civil — un domaine qui, légalement, demeure hors de son mandat classique.
Le lendemain de la publication de la directive de Fuchs, une réunion s’est tenue entre le Premier ministre Benjamin Netanyahou, le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir et le chef du Shabak David Zini. Selon des sources sécuritaires citées par Hadashot 13, cette rencontre visait précisément à examiner les contours de l’implication du service dans la guerre contre le crime organisé.
Cinq cents nouveaux employés et un changement de direction décisif
Les détails du plan opérationnel, révélés dans la foulée par la même chaîne, permettent de mieux comprendre l’ampleur de la manœuvre. Le programme, qui a déjà reçu une approbation de principe et attend désormais l’arbitrage final du Premier ministre, prévoit d’octroyer au Shabak un budget d’environ un milliard de shekels pour affronter les défis sécuritaires et criminels complexes de ce dossier. Porté conjointement par le ministre Ben Gvir et la ministre Mai Golan, le plan s’articule autour de plusieurs axes, dont le premier concerne le renforcement massif des effectifs : environ cinq cents nouveaux employés seraient recrutés au sein du Shabak, formés puis déployés de façon ciblée face aux foyers de criminalité identifiés dans la société arabe.
Ce virage n’aurait toutefois pas été possible sans un changement à la tête même du service. Selon Hadashot 13, la manœuvre a été rendue possible par l’arrivée de David Zini au poste de chef du Shabak, en remplacement de Ronen Bar — lequel s’opposait justement à une implication du service dans ce dossier. Le renversement de position illustre à quel point la nomination de Zini a modifié l’équilibre interne sur cette question sensible, ouvrant la voie à un engagement que l’ancien chef du renseignement intérieur refusait catégoriquement d’envisager.
Reste que la mesure soulève des questions de fond : peut-on transformer, même partiellement, un service de renseignement conçu pour contrer le terrorisme en outil de lutte contre le crime de droit commun ? Le débat n’est pas nouveau — le ministre Ben Gvir avait déjà sollicité l’aide du Shabak par le passé face à d’autres phénomènes criminels — mais cette fois, il s’agit d’une institutionnalisation durable, avec un budget dédié et une structure permanente. L’arbitrage définitif de Netanyahou est désormais attendu, et déterminera si cette division nouvellement dessinée verra effectivement le jour dans les mois à venir.
À ce sujet, on se souvient que le ministre Ben Gvir avait déjà interpellé directement le Shabak face à l’explosion de la criminalité dans le sud de Tel-Aviv, tandis que David Zini lui-même n’avait pas hésité, dans un discours resté célèbre, à pointer du doigt la crise des armes illégales gangrenant le secteur arabe.






