La carte de Gaza se redessine, ligne après ligne. Selon un rapport publié ce samedi par le quotidien Asharq Al-Awsat, édité à Londres en langue arabe, Israël aurait « considérablement étendu » son emprise terrestre sur la bande de Gaza, en poussant la fameuse « ligne jaune » plus profondément vers de nouveaux secteurs. C’est cette ligne — ce tracé mouvant qui sépare les forces israéliennes du territoire encore contrôlé par le Hamas — qui se trouve au cœur de l’information, et son déplacement dessine une nouvelle réalité sur le terrain.
L’enquête menée par le journal s’appuie sur quatre sources de terrain, qui décrivent une progression d’une ampleur inédite. Selon elles, les opérations de contrôle terrestre israéliennes ont atteint presque toutes les parties de l’enclave, la plupart d’entre elles parvenant jusqu’à la rue Salah al-Din, l’artère principale qui traverse la bande de Gaza du sud au nord. Autrement dit, la « ligne jaune » ne se contente plus de border les zones frontalières : elle s’enfonce désormais dans le tissu même du territoire, redéfinissant la géographie du conflit.
Le rapport détaille les zones où l’activité militaire s’est intensifiée. Outre le rapprochement de l’axe Salah al-Din, Tsahal a renforcé ces derniers jours son emprise dans le nord de la bande, notamment à Jabaliya, à Al-Atatra, ainsi que dans les quartiers de Zeitoun, Shejaiya et Toufah. Vers l’ensemble de ces secteurs, précisent les sources, des tirs d’artillerie ont été effectués, parfois accompagnés de frappes aériennes, mais aussi de tirs de drones et de véhicules militaires. Ces opérations ont fait des morts et des blessés, et ont contraint des milliers de familles de déplacés à reprendre la route vers l’ouest, une fois de plus.
Au sud, la pression n’a pas faibli. Les sources rapportent que les frappes se sont intensifiées récemment dans le quartier de Tel al-Sultan, à Rafah, tandis que la ville de Khan Younes, dans le sud de l’enclave, a commencé à être encerclée par Tsahal depuis trois directions. Les opérations ont par ailleurs touché Khan Younes sous plusieurs angles, mais aussi Deir al-Balah, le village d’Al-Musaddar, Al-Maghazi, Wadi Gaza dans le centre de la bande, ainsi que les quartiers de Shejaiya et Toufah dans la ville de Gaza, le camp de Jabaliya et Al-Atatra dans le nord. La liste, longue comme un inventaire de villes meurtries, dessine la carte d’une offensive qui ne laisse plus guère de zone à l’écart.
Ce mouvement de terrain s’inscrit dans un contexte plus large. Plus tôt dans la semaine, l’élimination du terroriste Talal Jaber Mohammed Abd al-Aal avait été annoncée dans le sud de la bande de Gaza. Selon le communiqué de l’armée et du Shin Bet, cet homme avait occupé une série de fonctions au sein du Jihad islamique et commandait une cellule qui avait déferlé sur Israël le 7 octobre. Il est précisé que, tout au long de la guerre, Abd al-Aal avait pris part à la détention d’otages retenus par l’organisation terroriste dans le sud de l’enclave.
Un autre élément, plus discret mais révélateur, est apparu en début de semaine. Selon une information rapportée pour la première fois par Hadashot 13, les responsables de la sécurité en Israël ont reçu pour instruction d’abandonner l’usage du terme « émigration volontaire » lorsqu’ils évoquent le plan de départ des habitants de la bande de Gaza. La décision aurait été prise après que l’appellation d’origine eut suscité de vives critiques à l’échelle internationale : perçue par la communauté internationale comme la promotion d’une opération de transfert, elle avait empêché plusieurs pays d’accepter d’accueillir des civils gazaouis. Un simple choix de vocabulaire, mais qui en dit long sur la sensibilité diplomatique entourant le dossier.
L’ensemble compose le tableau d’une situation en mouvement constant, où chaque avancée de la « ligne jaune » modifie non seulement le rapport de force militaire, mais aussi le sort de dizaines de milliers de déplacés et l’équation politique et diplomatique qui entoure la fin — toujours différée — de la guerre à Gaza.
Pour approfondir, retrouvez sur notre site nos articles consacrés à la guerre à Gaza et aux plans du Hamas ainsi qu’à l’action de Tsahal sur le terrain.






