Une Ă©quipe militaire amĂ©ricaine dirigĂ©e par Joseph Clearfield, de l’armĂ©e des États-Unis, est arrivĂ©e dimanche en IsraĂ«l. Sa mission : fixer avec les hauts responsables de la sĂ©curitĂ© israĂ©lienne le mĂ©canisme de coordination entre Tsahal et l’armĂ©e libanaise, ainsi que les paramètres et conditions du transfert de deux zones pilotes situĂ©es dans le sud du Liban. Une fois ce travail achevĂ© cĂ´tĂ© israĂ©lien, la mĂŞme Ă©quipe amĂ©ricaine se rendra au Liban pour harmoniser ces paramètres avec les autoritĂ©s de Beyrouth.
L’objectif de cette visite dĂ©passe la simple logistique militaire. Il s’agit de donner un contenu concret Ă l’accord-cadre conclu entre IsraĂ«l et le Liban. L’intĂ©rĂŞt de JĂ©rusalem est clair : s’assurer que l’armĂ©e libanaise fait rĂ©ellement le travail dans ces zones, et qu’elle empĂŞche le Hezbollah d’y revenir durablement. Selon le schĂ©ma envisagĂ©, ce sont les AmĂ©ricains qui doivent se porter garants de cet engagement et fournir les assurances nĂ©cessaires attestant que le Hezbollah ne remettra pas les pieds dans ces secteurs.
Un calendrier qui ne se compte pas en jours
Du cĂ´tĂ© de Tsahal, on insiste sur un point : ce processus ne sera pas rapide. L’armĂ©e israĂ©lienne devrait rester encore une pĂ©riode prolongĂ©e dans le sud du Liban. Les deux zones actuellement en discussion sont contiguĂ«s l’une Ă l’autre : la première se trouve Ă l’intĂ©rieur de la Ligne bleue, la seconde au-delĂ . En IsraĂ«l, on estime que leur transfert effectif vers l’armĂ©e libanaise n’interviendra que vers la fin du mois.
Les responsables israĂ©liens tiennent Ă©galement Ă tempĂ©rer les attentes sur la suite des Ă©vĂ©nements. Personne ne devrait imaginer qu’un retrait de Tsahal d’autres secteurs du sud du Liban surviendra dans un avenir proche. Le processus, rĂ©pètent-ils, prendra du temps, car IsraĂ«l veut d’abord vĂ©rifier que l’armĂ©e libanaise remplit effectivement sa mission : empĂŞcher le Hezbollah de s’implanter sur le terrain. Cette prudence n’est pas gratuite. Elle fait directement Ă©cho Ă l’Ă©chec de la tentative prĂ©cĂ©dente, celle qui avait suivi le cessez-le-feu conclu entre les parties en novembre 2024, et qui n’avait pas produit les rĂ©sultats escomptĂ©s.
Un accord jugé bon malgré la méfiance
MalgrĂ© les difficultĂ©s persistantes et la confiance limitĂ©e dans la capacitĂ© du gouvernement libanais et de son armĂ©e Ă appliquer l’accord et Ă empĂŞcher le Hezbollah de se rĂ©installer dans le sud du pays, la position exprimĂ©e en IsraĂ«l reste que cet accord avec le gouvernement libanais est excellent. La logique avancĂ©e est la suivante : sans cet accord, l’Iran aurait cherchĂ© Ă s’approprier la responsabilitĂ© de ce qui se passe au Liban, tout en renforçant le Hezbollah. Le fait mĂŞme que le Hezbollah et l’Iran s’opposent Ă cet accord est prĂ©sentĂ©, cĂ´tĂ© israĂ©lien, comme une preuve supplĂ©mentaire qu’il s’agit d’un bon accord.
Cette lecture s’inscrit dans une stratĂ©gie plus large : plutĂ´t que de laisser un vide que TĂ©hĂ©ran comblerait par procuration, IsraĂ«l prĂ©fère miser sur une architecture de contrĂ´le progressive, validĂ©e et garantie par Washington, oĂą chaque Ă©tape de retrait est conditionnĂ©e Ă des vĂ©rifications concrètes sur le terrain. La prĂ©sence de l’Ă©quipe de Joseph Clearfield Ă JĂ©rusalem, puis prochainement Ă Beyrouth, illustre cette mĂ©thode pas Ă pas : d’abord Ă©tablir le mĂ©canisme de coordination, ensuite tester son application sur deux zones limitĂ©es et contiguĂ«s, avant d’envisager toute extension du processus Ă d’autres portions du territoire encore sous contrĂ´le de Tsahal.
Le dossier reste donc suivi de très près par l’Ă©tat-major israĂ©lien, qui refuse pour l’instant de donner le moindre horizon prĂ©cis au-delĂ de ces deux premières zones. La prioritĂ© affichĂ©e est la vĂ©rification effective, sur le terrain, de l’engagement de l’armĂ©e libanaise — une garantie que ni les dĂ©clarations diplomatiques ni les accords signĂ©s Ă Washington ne suffisent, aux yeux de JĂ©rusalem, Ă Ă©tablir seuls.
Pour prolonger la lecture sur les dynamiques israĂ©lo-libanaises actuelles, notre rĂ©daction a dĂ©jĂ couvert le discours de Netanyahou Ă la sortie du Chabbat sur l’Iran, le Hezbollah et le Hamas, ainsi que l’article retraçant l’histoire de haine entre IsraĂ«l et le Hezbollah depuis près de 40 ans.






