Un ancien haut responsable : « La dĂ©cision de lancer l’opĂ©ration ‘Shaagat HaAri’ fut une grave erreur stratĂ©gique »

Avner Vilan, ancien haut responsable au sein du système de sĂ©curitĂ© israĂ©lien, a frappĂ© fort ce dimanche matin sur les ondes de la radio 103FM. Il s’en est pris directement Ă  la dĂ©cision de lancer l’opĂ©ration « Shaagat HaAri » (le Rugissement du Lion), la qualifiant de « grave erreur stratĂ©gique », et a appelĂ© Ă  la crĂ©ation d’une commission d’enquĂŞte chargĂ©e d’examiner le processus de prise de dĂ©cision qui a menĂ© Ă  ce choix.

Vilan a dĂ©veloppĂ© son propos avec une prĂ©cision qui ne laisse guère de place au doute sur la profondeur de ses rĂ©serves. « Il y avait ici une aspiration Ă  un changement de rĂ©gime, une incapacitĂ© Ă  traiter la question du dĂ©troit d’Ormuz, nous ne nous sommes pas rĂ©pondu Ă  nous-mĂŞmes sur la question de ce qui se passerait si le rĂ©gime ne change pas, tout le mĂ©canisme de prise de dĂ©cision stratĂ©gique de l’État d’IsraĂ«l », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Je pense que ce sont des questions qui n’ont pas Ă©tĂ© posĂ©es au moment de partir en campagne. »

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

Des messages qui affluent de l’intĂ©rieur du système

L’ancien responsable a Ă©galement partagĂ© les rĂ©actions, parfois surprenantes, qu’il a reçues depuis l’intĂ©rieur mĂŞme de l’appareil sĂ©curitaire. « La quantitĂ© de messages WhatsApp que j’ai reçus ce week-end de la part de gens qui sont dans le système et qui m’ont Ă©crit que j’ai raison est telle que je ne me trompe probablement pas sur le fond », a-t-il expliquĂ©. « On peut discuter des dĂ©tails, mais sur le fond. J’ai parlĂ© avec des professionnels, il se peut que partir dans cette campagne ait Ă©tĂ© justifiĂ©, mais je parle du processus. Il n’y a aucun contrĂ´le professionnel, il y a un effondrement chez les instances professionnelles, il y a une peur d’Ă©noncer les consĂ©quences, des choses que les responsables politiques ne veulent pas entendre. »

Le tĂ©moignage de Vilan intervient alors que l’article est illustrĂ© par une image des frappes de l’armĂ©e de l’air israĂ©lienne sur TĂ©hĂ©ran, diffusĂ©e depuis les rĂ©seaux sociaux iraniens, ainsi que par une capture d’Ă©cran de Reuters montrant les funĂ©railles d’Ali Khamenei.

« Des choses qui n’ont pas Ă©tĂ© posĂ©es ni examinĂ©es »

InterrogĂ© sur l’absence de tirage de leçons après les Ă©vĂ©nements, Vilan a Ă©tĂ© tout aussi tranchant : « Il se peut qu’il ne reste plus dans le système des gens capables de remettre en question et de faire preuve d’esprit critique. L’usage de la force doit avoir un but. Qu’avons-nous appris du 7 octobre ? Quelles sont les conclusions ? OĂą avons-nous examinĂ© la prise de dĂ©cision stratĂ©gique ? »

Il a poursuivi sur cette lancĂ©e : « En fin de compte, je pense que le fait que nous n’ayons pas appris, que nous ne nous soyons pas interrogĂ©s, nous avons fait des dĂ©briefings tactiques, l’armĂ©e s’est amĂ©liorĂ©e, mais sur le plan stratĂ©gique, comment prenons-nous nos dĂ©cisions ? Qui se trouve dans la pièce ? Qui Ă©coutons-nous ? Ces questions n’ont pas Ă©tĂ© posĂ©es ni examinĂ©es. Nous retrouvons le mĂŞme symptĂ´me sous une autre configuration. Dire que nous voulons des gens offensifs, c’est sympathique mais c’est puĂ©ril. »

Vilan a ensuite critiquĂ© plus largement le fonctionnement du système : « Je pense qu’il y a eu ici une combinaison d’aveuglement liĂ© aux succès passĂ©s, je pense qu’il y a eu une incapacitĂ© des professionnels Ă  reflĂ©ter la rĂ©alitĂ© telle qu’elle est, et il se peut qu’il y ait eu aussi des considĂ©rations politiques de ce gouvernement et de Netanyahou, qui voulait obtenir un grand succès face Ă  l’Iran et pensait que c’Ă©tait le bon moment. Le premier ministre a pris une sorte de pari dont nous comprenons aujourd’hui qu’il s’agissait d’un pari dangereux et ratĂ©. »

Il a conclu son intervention par une remarque sur la manière dont les autoritĂ©s prĂ©sentent leurs dĂ©cisions au public, avant et après les faits : « Toute l’utilisation et le cadrage avant de partir en guerre, et aussi après, lorsqu’on cadre les rĂ©sultats obtenus, c’est un cadrage politique dont, malheureusement, une partie est Ă©galement le fait des instances professionnelles elles-mĂŞmes, qui comprennent que c’est ainsi qu’il faut prĂ©senter les choses pour rester pertinentes. C’est encore une chose qui se produit ici. Personne ne dit : ‘les gars, nous n’avons pas rempli nos missions.’ »

L’article de Maariv associe cette intervention aux mots-clĂ©s suivants : le programme nuclĂ©aire iranien, l’attaque contre l’Iran, le dĂ©troit d’Ormuz, et l’opĂ©ration « Shaagat HaAri » en Iran, confirmant que les propos de Vilan s’inscrivent directement dans le dĂ©bat en cours sur la conduite de cette campagne militaire et sur ses suites.

Pour prolonger la lecture sur les suites du conflit avec l’Iran, notre rĂ©daction avait dĂ©jĂ  couvert le discours de Netanyahou Ă  la sortie du Chabbat sur l’Iran, le Hezbollah et le Hamas.