La cour d’appel de Paris a rendu ce mardi midi son verdict très attendu dans l’affaire des emplois fictifs qui menaçait de mettre un terme dĂ©finitif Ă la carrière prĂ©sidentielle de Marine Le Pen. Les juges ont maintenu sa condamnation pour dĂ©tournement de fonds publics, mais ont rĂ©duit la peine d’inĂ©ligibilitĂ© qui pesait sur elle Ă quinze mois effectifs seulement — une durĂ©e qui, formellement, lui permettra de se prĂ©senter Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle de l’an prochain.
La cour a toutefois assorti sa dĂ©cision d’une peine d’un an de prison ferme, Ă purger sous forme de dĂ©tention Ă domicile avec bracelet Ă©lectronique, ainsi que deux annĂ©es supplĂ©mentaires avec sursis. Or Marine Le Pen avait rĂ©cemment prĂ©venu que si une telle contrainte lui Ă©tait imposĂ©e, elle renoncerait vraisemblablement Ă se prĂ©senter, un bracelet Ă©lectronique rendant trop compliquĂ©e l’organisation d’une campagne nationale — dĂ©placements, meetings, gestion du temps sous contrĂ´le judiciaire. La cheffe de file du Rassemblement national doit se rendre ce soir mĂŞme sur un plateau de tĂ©lĂ©vision française pour annoncer sa dĂ©cision quant Ă son avenir politique. Ses avocats ont pour l’instant indiquĂ© qu’ils allaient Ă©tudier la portĂ©e du jugement avant de se prononcer.
Un dossier qui remonte Ă plus de vingt ans
L’affaire dans laquelle Marine Le Pen et plusieurs cadres du Rassemblement national ont Ă©tĂ© jugĂ©s porte sur des faits s’Ă©talant de 2004 Ă 2016 : des membres du parti, alors basĂ©s Ă Paris, auraient fait passer pour des assistants parlementaires auprès des institutions europĂ©ennes de Bruxelles et Strasbourg des personnes qui, en rĂ©alitĂ©, travaillaient pour le parti en France — permettant ainsi de percevoir des fonds europĂ©ens non destinĂ©s Ă cet usage, Ă un moment oĂą le parti traversait des difficultĂ©s financières. Marine Le Pen elle-mĂŞme a Ă©tĂ© reconnue coupable d’avoir dirigĂ© ce système en toute connaissance de cause. En première instance, elle avait Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă deux ans de prison sous bracelet Ă©lectronique, peine dont l’exĂ©cution avait Ă©tĂ© suspendue le temps de l’appel, ainsi qu’Ă cinq ans d’inĂ©ligibilitĂ©, une peine entrĂ©e en vigueur immĂ©diatement.
Tout au long de son procès en appel, Marine Le Pen a fermement contestĂ© les faits qui lui Ă©taient reprochĂ©s, dĂ©nonçant un procès politique destinĂ© Ă l’empĂŞcher d’accĂ©der Ă la prĂ©sidence. Elle a toutefois reconnu, durant les dĂ©bats, avoir commis une « erreur », admettant devant la cour qu’une partie des personnes rĂ©munĂ©rĂ©es comme assistants parlementaires europĂ©ens avaient effectivement travaillĂ© pour son parti — tout en soutenant qu’elle pensait cette pratique autorisĂ©e et qu’elle n’avait jamais cherchĂ© Ă la dissimuler. Elle a Ă©galement reprochĂ© aux services du Parlement europĂ©en de ne pas avoir alertĂ© Ă temps son parti sur le caractère potentiellement illĂ©gal de ce mode d’emploi.
Durant tout le procès, Marine Le Pen a maintenu qu’elle espĂ©rait toujours se prĂ©senter Ă la prĂ©sidentielle de l’an prochain — une quatrième candidature — mais Ă la seule condition de pouvoir mener une campagne libre et organisĂ©e, sans les contraintes d’un bracelet Ă©lectronique ni les autorisations spĂ©ciales qu’elle devrait solliciter auprès de juges pour se rendre Ă des meetings depuis son assignation Ă rĂ©sidence.
Ce que change concrètement le verdict
En rendant sa dĂ©cision ce midi, la cour d’appel a de nouveau reconnu Marine Le Pen coupable de dĂ©tournement de fonds publics, mais ne lui a infligĂ© que quinze mois d’inĂ©ligibilitĂ© effective, assortis de trente mois supplĂ©mentaires avec sursis. Cette peine d’inĂ©ligibilitĂ© Ă©tant entrĂ©e en vigueur dès l’annĂ©e dernière, elle arrivera Ă expiration cette annĂ©e mĂŞme, ce qui, en thĂ©orie, ouvre Ă Marine Le Pen la voie de la candidature en 2027. Mais la cour lui a Ă©galement infligĂ© une peine d’un an de prison qu’elle devra purger sous bracelet Ă©lectronique, ainsi que deux annĂ©es supplĂ©mentaires avec sursis — c’est prĂ©cisĂ©ment ce scĂ©nario du bracelet Ă©lectronique effectif que Marine Le Pen avait annoncĂ© pouvoir la pousser Ă renoncer. Elle a par ailleurs Ă©tĂ© condamnĂ©e Ă une amende de 100 000 euros.
Avant mĂŞme l’annonce du verdict, les commentateurs politiques en France estimaient que si l’inĂ©ligibilitĂ© de Marine Le Pen restait en vigueur, c’est son dauphin Jordan Bardella, âgĂ© de seulement 30 ans, qui deviendrait le candidat du parti Ă sa place, rebattant entièrement les cartes de la course pour le fauteuil qu’Emmanuel Macron doit quitter. Selon les sondages, Bardella dispose lui aussi de chances sĂ©rieuses de l’emporter s’il se prĂ©sente, mais son jeune âge pourrait, au moment dĂ©cisif, se retourner contre lui et fragiliser ses chances.
La veille du verdict, quelques heures avant que la dĂ©cision ne tombe, Bardella avait Ă©crit sur le rĂ©seau X : « Rien ne peut justifier que Marine Le Pen soit Ă©cartĂ©e du choix du peuple et empĂŞchĂ©e de se prĂ©senter devant lui Ă l’Ă©lection prĂ©sidentielle. Ă€ Marine, je veux dire une seule chose : tu as pu compter sur moi hier, tu peux compter sur moi aujourd’hui, et tu pourras compter sur moi demain. »
Le premier tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle française se tiendra en avril de l’annĂ©e prochaine. Si aucun candidat ne recueille plus de 50 % des voix Ă ce tour, les deux candidats arrivĂ©s en tĂŞte s’affronteront lors d’un second tour dĂ©cisif, prĂ©vu en mai. La course Ă la prĂ©sidentielle devrait vĂ©ritablement commencer Ă prendre forme dès septembre prochain, avant de s’accĂ©lĂ©rer au dĂ©but de l’annĂ©e suivante. Pour pouvoir se prĂ©senter, chaque candidat doit recueillir le soutien de 500 Ă©lus.
Le sort politique de Marine Le Pen a dĂ©jĂ fait couler beaucoup d’encre chez nos confrères francophones : Ă lire aussi notre portrait de Marion MarĂ©chal, cette autre figure de l’extrĂŞme droite française qui affiche son soutien Ă IsraĂ«l, ainsi que notre article sur la mobilisation de la communautĂ© juive française lors de la prĂ©cĂ©dente prĂ©sidentielle face Ă Marine Le Pen.






