10 km² gagnés sur la mer : le plan hors norme pour évacuer les ruines de Gaza

Le lancement d’un premier appel d’offres pour l’Ă©vacuation des dĂ©combres Ă  Rafah relance le dĂ©bat sur le jour d’après Ă  Gaza — un dossier sur lequel IsraĂ«l, malgrĂ© l’agitation diplomatique, continue d’afficher une prudence marquĂ©e. Parallèlement Ă  cette annonce, une proposition inhabituelle Ă©merge dans les cercles d’experts israĂ©liens : et si une partie de ces ruines servait Ă  gagner du terrain sur la mer, plutĂ´t qu’Ă  ĂŞtre Ă©vacuĂ©e vers IsraĂ«l ?

C’est l’idĂ©e dĂ©fendue par le professeur Oded Pouchter, qui l’a exposĂ©e en dĂ©tail. Selon lui, la meilleure solution consiste Ă  dĂ©verser les dĂ©combres directement dans la mer, Ă  condition que l’opĂ©ration soit menĂ©e de façon professionnelle et mĂ©thodique. Il s’appuie sur deux prĂ©cĂ©dents rĂ©gionaux pour illustrer les Ă©cueils Ă  Ă©viter. Ă€ Tel-Aviv, sur la plage Charles Clore, un secteur assĂ©chĂ© Ă  partir de gravats ne dispose aujourd’hui d’aucune plage de baignade praticable, le remblaiement ayant Ă©tĂ© effectuĂ© sans aucun tri ni sĂ©paration des matĂ©riaux : les visiteurs craignent d’entrer dans l’eau en raison de la prĂ©sence de verre, de ferraille et de blocs de bĂ©ton. Beyrouth, selon le professeur Pouchter, a connu exactement le mĂŞme problème lorsqu’elle a assĂ©chĂ© une portion de littoral Ă  partir des dĂ©combres de la guerre civile.

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Un tri rigoureux comme condition sine qua non

Pour Ă©viter de reproduire ces erreurs Ă  Gaza, l’Ă©vacuation devrait impĂ©rativement passer par un processus complet de tri et de broyage des matĂ©riaux, avec sĂ©paration du verre et du mĂ©tal, et retrait systĂ©matique de tout explosif Ă©ventuellement prĂ©sent dans les dĂ©combres. Selon l’expert, la configuration gĂ©ographique de la bande de Gaza se prĂŞte particulièrement bien Ă  ce type d’opĂ©ration : le littoral y est bas et la mer peu profonde, ce qui faciliterait considĂ©rablement les travaux. Un tel projet prĂ©senterait un bĂ©nĂ©fice collatĂ©ral non nĂ©gligeable pour la marine israĂ©lienne, qui peine actuellement Ă  approcher les cĂ´tes de Gaza avec des navires de tonnage important, par crainte d’endommager leur coque sur les fonds marins.

Le professeur Pouchter estime que les dĂ©combres pourraient permettre d’assĂ©cher une surface d’au moins dix kilomètres carrĂ©s depuis la mer, suffisante pour y bâtir une ville viable. Il Ă©voque mĂŞme la possibilitĂ© de remblayer la mer sur toute la longueur du littoral gazaoui, Ă  l’image des Ă®les artificielles construites aux Émirats arabes unis, comme les cĂ©lèbres Ă®les Palm. Ă€ l’inverse, souligne-t-il, faire transiter l’ensemble des dĂ©combres par le territoire israĂ©lien constituerait l’option la plus problĂ©matique : cela impliquerait des milliers de camions circulant en continu sur les routes, gĂ©nĂ©rant Ă  la fois des embouteillages majeurs et une pollution atmosphĂ©rique significative.

Un chantier titanesque, encore loin d’ĂŞtre arbitrĂ©

Cette proposition intervient alors que l’ampleur du chantier de reconstruction de Gaza continue de donner le vertige aux experts. Selon des estimations reprises par le Wall Street Journal, la bande de Gaza compte aujourd’hui près de 68 millions de tonnes de gravats, la quasi-totalitĂ© des bâtiments ayant Ă©tĂ© dĂ©truits ou endommagĂ©s au cours de la guerre. Le dĂ©blaiement complet de ces dĂ©combres devrait s’Ă©taler sur plusieurs annĂ©es, quel que soit le scĂ©nario finalement retenu.

Le choix de Rafah comme point de dĂ©part de ce chantier n’est pas anodin : les Émirats arabes unis ont dĂ©jĂ  acceptĂ© de financer, Ă  leurs frais, la construction d’un nouveau quartier dans le secteur de Tel al-Sultan, dont la planification est achevĂ©e. Mais tout le processus reste conditionnĂ©, cĂ´tĂ© israĂ©lien, Ă  l’avancĂ©e du dĂ©sarmement du Hamas dans le cadre du plan portĂ© par la Peace Board de l’administration Trump — un dossier qui demeure au point mort depuis plusieurs mois, IsraĂ«l continuant de bloquer toute avancĂ©e tant que l’AutoritĂ© palestinienne n’apporte pas de garanties suffisantes sur l’Ă©viction rĂ©elle du Hamas de toute gestion, mĂŞme civile, du territoire.