Selon un analyste libanais citĂ© dans la presse locale, ce qui se passe sur le terrain dessine un tableau diffĂ©rent de celui que certains observateurs annoncent. La direction d’Ahmad al-Charaa ne manifeste aucune volontĂ© de se lancer dans une aventure militaire de grande ampleur, qui risquerait de rallumer la frontière syro-libanaise et de dĂ©clencher une guerre qu’aucune des deux parties ne pourrait plus maĂ®triser, ni dans son dĂ©roulement ni dans son issue.
Des informations circulent en parallèle sur une coordination sĂ©curitaire et militaire poussĂ©e entre Washington et Damas, ainsi que sur des rapports selon lesquels la Syrie se prĂ©parerait Ă ouvrir un front contre le Hezbollah. Mais les sources sur lesquelles s’appuie l’analyste affirment que Damas adopte une approche bien plus prudente, dont l’objectif principal est d’Ă©viter toute dĂ©gradation vers un affrontement direct.
Cette prudence syrienne s’est Ă©galement manifestĂ©e dans la gestion des explosions survenues rĂ©cemment dans le pays. Plusieurs mĂ©dias avaient d’abord laissĂ© entendre que le Hezbollah pourrait en ĂŞtre Ă l’origine, ce qui aurait pu exacerber les tensions entre les deux camps. Des responsables syriens ont ensuite annoncĂ© que les premières conclusions de l’enquĂŞte pointaient plutĂ´t vers une implication de Daech. Cette annonce a fait retomber le niveau de tension et a ramenĂ© l’attention sur le danger que reprĂ©sentent les organisations extrĂ©mistes, prĂŞtes Ă exploiter toute faiblesse ou tout vide sĂ©curitaire Ă l’intĂ©rieur de la Syrie.
La Syrie ne peut pas se permettre un nouveau front
L’une des principales raisons de cet Ă©vitement de la confrontation tient, selon l’analyste, Ă la situation de la Syrie elle-mĂŞme. Le nouveau pouvoir tente encore de rĂ©tablir les institutions de l’État, de reprendre le contrĂ´le de la situation sĂ©curitaire interne et de faire face Ă une grave crise Ă©conomique.
Damas doit par ailleurs gĂ©rer des relations complexes avec les États-Unis, la Turquie, les pays arabes et l’Europe. Ouvrir un front militaire contre le Hezbollah risquerait de plonger la Syrie dans un affrontement rĂ©gional ouvert et de replonger le pays dans le chaos dont il tente justement de sortir. L’analyste souligne que l’engagement pris par al-Charaa envers Trump porte sur la surveillance de la frontière et sur la prĂ©vention du transfert d’armes de la Syrie vers le Liban — et non sur l’ouverture d’une guerre directe contre le Hezbollah.
Le Liban non plus ne veut pas de l’embrasement
L’analyste explique Ă©galement que la situation du Liban ne lui permet pas de faire face Ă un front supplĂ©mentaire. Le pays traverse une pĂ©riode de fragilitĂ© politique, Ă©conomique et sĂ©curitaire, et un affrontement le long de sa frontière orientale avec la Syrie risquerait d’approfondir les dissensions internes et de raviver les lignes de fracture communautaires et religieuses.
Selon cette analyse, pousser les relations entre la Syrie et le Liban vers une confrontation directe servirait avant tout IsraĂ«l. Un front supplĂ©mentaire obligerait le Hezbollah Ă disperser ses efforts, affaiblirait ses capacitĂ©s et dĂ©placerait une partie de l’affrontement Ă l’intĂ©rieur mĂŞme de la Syrie et du Liban — dĂ©tournant ainsi l’attention de la confrontation centrale face Ă IsraĂ«l.
Le facteur turc
Une nouvelle guerre irait Ă l’encontre de ces objectifs, dĂ©stabiliserait Ă nouveau la situation sĂ©curitaire et offrirait mĂŞme aux organisations extrĂ©mistes une occasion supplĂ©mentaire de se dĂ©velopper. C’est pourquoi l’analyste estime que la Turquie agira pour contenir toute tentative d’escalade, aussi bien par ses liens directs avec Damas que par ses contacts avec les acteurs rĂ©gionaux et internationaux.
Sur ce dossier, notre rĂ©daction avait prĂ©cĂ©demment Ă©voquĂ© la question de la prĂ©sence de combattants du Hezbollah dans le Golan syrien, ainsi que le rapprochement inĂ©dit entre la Turquie et l’Égypte observĂ© par IsraĂ«l avec mĂ©fiance.






