L’ancien grand rabbin séfarade d’Israël, le rabbin Yitzhak Yossef, a de nouveau fait parler de lui à l’issue du Shabbat. Dans son cours hebdomadaire, il a déclaré qu’il n’y avait « aucune chance » que le Premier ministre Benyamin Netanyahou revienne vers la téchouva — le repentir religieux — tandis que l’ancien chef d’état-major et président du parti Yesher, Gadi Eizenkot, pourrait, selon lui, encore emprunter ce chemin.
Le rabbin a ouvert son propos en constatant que le pays vit, à ses yeux, « à cause de nos nombreuses fautes », dans un État laïc et non un État religieux. « Nous prions pour que tout le monde revienne vers la téchouva. Il y en a qui reviendront, et il y en a dont je ne crois pas qu’ils reviendront », a-t-il expliqué, avant de nommer directement le chef du gouvernement. « Quoi, Bibi Netanyahou va revenir vers la téchouva ? Il n’y a aucune chance qu’il revienne vers la téchouva », a-t-il tranché. Il a ensuite évoqué Gadi Eizenkot en des termes bien différents : « Eizenkot, peut-être que oui, il reviendra vers la téchouva. »
Une sortie qui n’est pas isolée
Cette déclaration s’inscrit dans une série de sorties tranchées du rabbin Yossef à l’égard du Premier ministre. Selon un rapport diffusé par Galei Tsahal, le rabbin aurait, lors d’un échange privé, qualifié Netanyahou de « menteur, à qui l’on ne peut pas faire confiance », l’accusant de les avoir « trompés avec la loi sur l’enrôlement, entre autres ». Toujours selon ce rapport, le rabbin aurait laissé entendre que le Shas pourrait envisager de soutenir Gadi Eizenkot lors des prochaines élections, avant de déclarer publiquement : « Peut-être qu’il reviendra vers la téchouva. » Il aurait ajouté à propos d’Eizenkot : « C’est un homme bon, un juif chaleureux, il aime les étudiants de Torah — sa grand-mère votait Shas et voulait qu’il devienne rabbin. Cela ne s’est pas produit, mais on peut lui faire confiance. »
Ces propos interviennent une semaine seulement après que le rabbin Yossef a adressé une lettre sévère au président du Shas, Aryeh Deri, dans laquelle il insistait sur le principe talmudique « donne-moi Yavné et ses sages » et affirmait qu’il ne fallait pas mettre en danger la loi fondamentale sur l’étude de la Torah ni la loi sur la cacherout. Le Shas a d’ailleurs déclaré pour la première fois, dans l’éditorial de son bulletin de parti « HaDerech » publié vendredi, qu’il ne se sentait plus engagé envers le bloc de droite si les lois sur l’étude de la Torah et le gel des arrestations n’étaient pas votées.
La réaction d’Eizenkot
Interrogé par Galei Tsahal sur les propos du rabbin, Gadi Eizenkot a répondu prudemment : « Entendre des paroles positives de la part de qui que ce soit, c’est bien, mais je ne vois de partenariat qu’avec ceux qui acceptent trois principes fondamentaux : que l’État d’Israël est un État juif, démocratique et libéral ; qu’il accepte les valeurs de la Déclaration d’indépendance ; et qu’il accepte l’obligation de l’enrôlement à Tsahal et du service national et civique pour tous. Sur la question de l’enrôlement, il n’y aura aucun compromis, même si cela signifie devoir aller à de nouvelles élections. » Il a ajouté espérer que le Shas et les autres partis « reprennent leurs esprits » et comprennent que la reddition de Netanyahou, en particulier durant cette semaine cruciale, affaiblit l’État d’Israël et Tsahal.
Plus tôt dans la semaine, lors d’une conférence à Dimona, Eizenkot s’en était pris directement au gouvernement et à la loi sur l’enrôlement portée par la coalition, déclarant que « ceux qui ont échoué le 7 octobre ne devraient pas nous faire la morale ». Il avait visé Netanyahou personnellement : « Netanyahou m’a choisi comme chef d’état-major. Netanyahou a échoué le 7 octobre. Il est impensable que celui qui a été négligent le 7 octobre vienne nous faire la morale. » Il avait également dénoncé une « culture du mensonge » qu’il considère comme une menace pour la démocratie, qualifiant de fausses les vidéos affirmant que Netanyahou n’aurait pas voulu frapper l’Iran ni manœuvrer à Rafah.
Dans une autre interview accordée au site Kikar HaShabbat, Eizenkot avait précisé sa position envers l’électorat du Shas, expliquant qu’en tant que chef d’état-major il avait constaté qu’une grande partie des électeurs du parti servaient dans l’armée. Il avait ajouté voir dans le Shas « un partenaire conditionnel », insistant : « Je le dis en tant que fils d’une mère qui a voté Shas pendant trente ans. Je la convaincs, ce n’est pas simple, mais elle votera Yesher cette fois. »
Le député du Shas Michael Malkieli avait pour sa part réagi la semaine dernière lors de la conférence d’Israël Hayom, reprochant à Eizenkot, qui « prétend vouloir devenir Premier ministre », de ne pas devoir attiser la haine et le mépris envers les Haredim de cette manière, l’accusant de diffuser des vidéos contre eux comme s’ils étaient des ennemis.
Sur les tensions internes à la coalition et le rôle du Shas dans le paysage politique israélien, notre rédaction vous invite à consulter notre article sur Naftali Bennett et l’avenir politique d’Israël, ainsi que l’ensemble de notre couverture sur Infos-Israel.News.






