Dans cette tribune publiée par Maariv, le journaliste Avi Ashkenazi analyse un mouvement stratégique israélien qui, selon lui, pourrait se transformer en point de friction sérieux avec Washington. Tsahal construit actuellement une nouvelle ligne de postes permanents dans le sud du Liban, un geste que l’auteur présente comme une démarche significative, destinée à renforcer durablement l’emprise de l’armée israélienne sur cette zone.
Un président sous pression face à un allié en position de force
Selon Ashkenazi, Donald Trump semble conscient d’être actuellement en position délicate face à Benjamin Netanyahu. Une rencontre entre les deux hommes pourrait être interprétée comme une forme d’ingérence dans le processus électoral en cours en Israël. L’auteur rappelle que Trump avait déjà tenté de s’immiscer dans la question d’une éventuelle grâce présidentielle pour Netanyahu, ce qui lui avait valu de vives critiques, le président israélien Isaac Herzog ayant à cette occasion clairement montré qu’il ne se laissait pas dicter sa conduite par Washington sur ce dossier. Trump, souligne Ashkenazi, suit également de près les sondages et sait qu’il n’est pas certain que, dans trois ou quatre mois, Netanyahu soit encore l’interlocuteur avec lequel il devra composer sur les questions israéliennes.
Mais selon l’auteur, Trump comprend aussi autre chose : la « politique du non » israélienne, en matière de mouvements diplomatiques, bloque les grands projets qu’il nourrit pour la région. Cela concerne la reconstruction de Gaza, l’élargissement des accords d’Abraham, la mise en place de pipelines de gaz et de pétrole reliant le Golfe arabique à la Méditerranée via Israël, ainsi que la tentative d’amorcer un processus avec l’Autorité palestinienne. Tous ces dossiers ne seraient, selon l’auteur, qu’un avant-goût de ce qui préoccupe réellement Trump aujourd’hui concernant Israël. Le président américain aurait répété la veille qu’il exige qu’Israël commence à se retirer du Liban et de la Syrie.
Ashkenazi estime que Trump a probablement besoin, en ce moment, d’un geste de paix dans la région. Un retrait partiel d’Israël du Liban ou de Syrie pourrait, selon lui, lui apporter cette satisfaction politique. Le problème, souligne l’auteur, c’est que la volonté de Trump ne rencontre pas, à l’heure actuelle, les impératifs sécuritaires israéliens sur ces deux terrains. Au Liban, Israël occupe des espaces défensifs et a créé une zone de sécurité d’une profondeur de dix kilomètres depuis la frontière — une distance jugée suffisante pour être hors de portée des missiles antichars et de la majorité des drones explosifs. Mais Tsahal s’est également installé sur des points d’appui en profondeur au Liban : à l’est, la crête du mont Hermon, qui domine le nord de la Bekaa jusqu’à Sultan Yaacoub et la route Beyrouth-Damas.
La crête d’Ali Taher permet un déplacement rapide vers Nabatiyé, la Bekaa libanaise et Beyrouth ; l’auteur souligne également que Tsahal tient la crête de Sylvester, au-dessus de Bar’achit, qui permet un mouvement vers le centre du Liban. Sur l’axe côtier, Tsahal est positionné dans les localités de Majdal Zoun et Ras al-Bayada, à distance de contact de Tyr et de Sidon. Selon Ashkenazi, l’armée prépare déjà des scénarios pour différentes éventualités, y compris celle où elle devrait elle-même désarmer le Hezbollah par la force.
L’auteur conclut qu’il n’est pas certain, dans l’état actuel des choses, que le président américain perçoive de la même manière ce déploiement israélien sur la ligne des crêtes au Liban et les projets à venir. Dans ce contexte, Ashkenazi s’interroge ouvertement sur l’opportunité, pour Netanyahu, de « se sacrifier » pour une rencontre en personne avec Trump — suggérant qu’un simple appel téléphonique pourrait, pour l’heure, être préférable.
Cette tribune reflète l’analyse et l’opinion de son auteur, Avi Ashkenazi, publiée dans la rubrique « דעות » (opinions) de Maariv, et non une prise de position de la rédaction d’Infos-Israel.News.
Sur ce sujet, retrouvez également nos articles sur le message de Netanyahu à Trump sur l’autonomie de décision sécuritaire d’Israël et sur notre reportage dans l’ancienne capitale de la terreur chiite, Bint Jbeil.






