Le Maryland vient d’annoncer l’octroi de 10 millions de dollars destinés à renforcer la sécurité des synagogues, lieux de culte et institutions communautaires jugés vulnérables. L’administration du gouverneur Wes Moore a précisé que 116 associations à but non lucratif, lieux de culte et centres communautaires répartis dans 16 comtés et la ville de Baltimore recevront des subventions via le programme étatique « Protecting Against Hate Crimes ». Ces fonds couvrent aussi bien les agents de sécurité armés que les caméras de surveillance, le renforcement des portes et fenêtres, les systèmes de confinement en cas de tireur actif, ou encore la formation du personnel.
Parmi les bénéficiaires figure la congrégation Beth El de Pikesville, une importante synagogue conservatrice de la communauté juive de Baltimore. Sa grande rabbine, Dana Saroken, a indiqué que cette subvention permettrait à la congrégation de réaliser d’importantes améliorations sécuritaires, rappelant que des milliers de personnes fréquentent le campus de la synagogue chaque année.
Cet investissement intervient alors que les communautés juives américaines continuent d’évoluer sous une menace sécuritaire élevée. L’Anti-Defamation League a recensé 181 incidents antisémites dans le Maryland en 2025, dont 41 visant directement des institutions juives — un net recul par rapport aux 356 incidents de 2024, mais un niveau que l’organisation juge toujours nettement supérieur à celui d’avant le massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas. À l’échelle nationale, le FBI a recensé 1 528 crimes de haine antijuifs en 2025, soit 63 % de l’ensemble des crimes de haine à caractère religieux enregistrés aux États-Unis selon une analyse de l’ADL.
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La France : la communauté juive la plus menacée d’Europe, un financement public bien plus limité
En comparaison, la situation française présente un contraste frappant. Selon le rapport 2025 du Service de Protection de la Communauté Juive (SPCJ), 1 320 actes antisémites ont été recensés en France l’an dernier — un chiffre en recul par rapport aux 1 676 actes de 2023, mais qui reste très largement supérieur aux 436 actes enregistrés en 2022, avant la guerre entre Israël et le Hamas. Plus préoccupant encore : 2025 a été une année record pour les agressions physiques, avec 126 cas recensés, soit une hausse de 19 % par rapport à l’année précédente. Les sites communautaires juifs — synagogues, écoles, commerces, associations — concentrent à eux seuls 22,9 % de l’ensemble des actes antisémites recensés sur le territoire.
Face à cette réalité, le financement public de la sécurisation des lieux de culte sensibles en France apparaît nettement plus restreint que celui du Maryland. Le dispositif national dédié, le « Programme K » du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD), permet de financer l’installation de caméras, de portes blindées ou de dispositifs anti-intrusion dans les lieux de culte. Or ce programme ne disposait en 2025 que d’un budget total de 3,7 millions d’euros pour l’ensemble du territoire français, tous cultes confondus — soit deux fois moins qu’en 2015. Les deux tiers de cette enveloppe ont néanmoins bénéficié aux lieux de culte juifs en 2025, reflet de leur exposition disproportionnée aux menaces.
Une communauté qui finance largement sa propre protection
Cette différence d’échelle s’explique en partie par le fait qu’en France, la sécurisation des synagogues repose historiquement, et en large part, sur les moyens propres de la communauté elle-même, via le SPCJ, créé et financé par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) dès 1980. Contrairement au dispositif du Maryland, entièrement porté par les finances publiques de l’État fédéré, le modèle français combine financement public limité et mobilisation communautaire pour assurer la protection quotidienne des synagogues, écoles juives et centres communautaires, notamment via des dispositifs de vidéosurveillance et de vigilance mis en place directement par les institutions religieuses elles-mêmes.
La France abrite pourtant la plus importante communauté juive d’Europe, estimée entre 500 000 et 600 000 personnes selon les représentants communautaires cités par le Sénat, dont environ 60 % résident en Île-de-France. Le pays a connu ces dernières années plusieurs attaques directes contre des lieux de culte juifs, dont un incendie criminel visant la synagogue Beth Yaacov de La Grande-Motte en 2024, qualifié d’acte terroriste par les autorités françaises, ayant conduit le gouvernement à renforcer temporairement la présence policière autour des lieux de culte juifs à l’échelle nationale.
La comparaison entre les deux systèmes met ainsi en lumière deux philosophies distinctes de financement de la sécurité communautaire : d’un côté, un engagement financier étatique concentré et récurrent comme celui du Maryland ; de l’autre, un dispositif public plus modeste et fragmenté, complété par un effort financier communautaire conséquent, dans un pays où la menace antisémite demeure statistiquement l’une des plus élevées d’Europe.
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