Le ministère israélien des Affaires étrangères accuse les Nations unies d’accorder aux Palestiniens une aide humanitaire par personne sans commune mesure avec celle destinée à certaines des populations les plus vulnérables d’Afrique. Pour illustrer son accusation, Jérusalem a choisi trois chiffres : 86 dollars par personne dans le besoin au Soudan, 95 dollars au Congo, contre plus de 1 100 dollars pour les Palestiniens de Gaza, de Judée et de Samarie.
Selon la comparaison diffusée lundi par le ministère, le financement par personne destiné aux Palestiniens serait ainsi plus de dix fois supérieur à celui consacré aux populations dans le besoin au Soudan et au Congo.
Le message accompagnant cette publication tient en trois mots : « Suivez l’argent ».
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Le ministère israélien des Affaires étrangères ne s’est toutefois pas limité à comparer les montants. Dans une vidéo publiée parallèlement à son message, il établit un lien direct entre ce qu’il présente comme deux problèmes distincts au sein du système des Nations unies : l’origine des informations utilisées dans les rapports internationaux et la manière dont les ressources humanitaires sont ensuite réparties.
La vidéo commence précisément par une interrogation sur la manière dont se manifesterait, selon Israël, le parti pris de l’ONU.
🚨 UN AID DISPARITY
The UN is giving 10 TIMES more money to Palestinians than to needy populations anywhere else in the world.
📼: Israel Today via Telegram channel pic.twitter.com/gNMpG64XvG
— Mossad Commentary (@MOSSADil) August 31, 2026
La réponse proposée par le ministère consiste d’abord à « suivre les sources », puis à « suivre l’argent ».
Sur le premier volet, Israël vise directement l’utilisation par différentes structures des Nations unies des données provenant du ministère de la Santé de Gaza, administré par le Hamas. Le ministère israélien affirme que des agences, des commissions et des comités de l’ONU reprennent ces données avant qu’elles ne soient intégrées à des documents portant officiellement le sceau des Nations unies.
L’accusation formulée dans la vidéo est donc celle d’un mécanisme de transformation de l’information : des chiffres provenant d’une administration contrôlée par le Hamas seraient cités par des organismes internationaux puis réapparaîtraient, au terme de ce processus, dans des rapports officiels de l’ONU.
Israël invite ensuite à regarder le deuxième volet de sa démonstration : les financements.
Selon les chiffres présentés dans la vidéo du ministère des Affaires étrangères, le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, l’OCHA, consacrerait 86 dollars par personne dans le besoin au Soudan. Pour le Congo, le montant avancé est de 95 dollars.
Pour Gaza ainsi que la Judée et la Samarie, Israël avance un chiffre radicalement différent : plus de 1 100 dollars par personne dans le besoin.
C’est cette différence qui fonde l’accusation israélienne d’une disproportion supérieure à dix contre un.
« Même système humanitaire ? », interroge en substance la vidéo avant de mettre en avant cet écart. Pour le ministère, les chiffres démontreraient une différence majeure dans la répartition des ressources au sein du système humanitaire international.
L’argument israélien va cependant au-delà d’une simple comparaison comptable entre trois zones de crise. Jérusalem affirme que les deux phénomènes qu’il dénonce — les sources utilisées et la distribution de l’argent — participent d’un même problème.
La conclusion formulée par la vidéo est particulièrement sévère : Israël accuse les Nations unies de produire des informations biaisées, de fixer des priorités biaisées et d’établir des budgets eux-mêmes biaisés.
Le message s’achève sur un appel à « démasquer l’ONU ».
Cette offensive intervient alors que l’aide humanitaire destinée aux Palestiniens, et particulièrement à la bande de Gaza, reste depuis plusieurs années l’un des principaux terrains d’affrontement entre Israël et différentes institutions internationales.
Les autorités israéliennes contestent régulièrement certaines évaluations produites par des organismes de l’ONU concernant la situation humanitaire dans l’enclave. De leur côté, les Nations unies ont décrit l’ampleur considérable des besoins à Gaza, où la guerre a provoqué des destructions massives et rendu une grande partie de la population dépendante de l’assistance humanitaire.
Ce point est essentiel pour comprendre ce que les chiffres publiés par Israël représentent : le ministère des Affaires étrangères ne nie pas l’existence de besoins humanitaires palestiniens dans cette publication. Son attaque porte sur la disproportion qu’il affirme constater lorsqu’il compare le financement consacré à ces besoins à celui attribué à d’autres crises humanitaires.
Le Soudan et la République démocratique du Congo servent ainsi de points de comparaison.
Israël concentre son argument sur le montant calculé par personne dans le besoin plutôt que sur le volume global des financements. Cette méthode permet au ministère de comparer des crises concernant des populations et des territoires très différents en ramenant les sommes à un indicateur individuel.
C’est à partir de cet indicateur que Jérusalem arrive à la différence supérieure à dix fois mise en avant dans sa communication.
Cette nouvelle campagne intervient également quelques jours après la publication par la COGAT, l’organisme israélien chargé de la coordination des activités gouvernementales dans les territoires, d’autres statistiques destinées à contester les critiques concernant l’aide humanitaire à Gaza.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, la COGAT avait indiqué que 600 camions d’aide entraient quotidiennement dans la bande de Gaza. Selon les chiffres israéliens alors publiés, entre 70 et 80 % de ces véhicules transportaient des denrées alimentaires.
La COGAT comparait ce volume avec la situation antérieure à la guerre : environ 500 camions entraient alors quotidiennement à Gaza, mais seulement 70 transportaient de la nourriture. L’organisme israélien en concluait que le nombre actuel de camions transportant des denrées serait environ six à sept fois supérieur à celui enregistré avant la guerre.
Les chiffres israéliens sur l’aide ont néanmoins fait l’objet de désaccords persistants avec différentes organisations internationales. Les divergences portent notamment sur la quantité d’aide entrant dans Gaza, celle effectivement récupérée et distribuée, ainsi que sur les causes des difficultés rencontrées par la population pour accéder aux marchandises.
Israël accuse depuis longtemps le Hamas de détourner une partie des ressources destinées aux civils.
Le débat a connu un développement supplémentaire en juillet 2026, lorsque le coordinateur humanitaire des Nations unies pour le territoire palestinien a lui-même condamné l’obstruction d’opérations humanitaires à Gaza par les autorités de facto, terme utilisé pour désigner le Hamas.
Cette déclaration était intervenue après l’arrêt des activités d’un centre de distribution alimentaire à Jabaliya, dans le nord de Gaza. Des hommes armés liés au Hamas avaient pris le contrôle du site. Deux chauffeurs avaient été agressés et des fournitures humanitaires avaient été emportées.
L’épisode avait donné un relief particulier à une accusation formulée depuis longtemps par Israël : l’aide qui entre dans Gaza n’arrive pas nécessairement jusqu’aux civils auxquels elle est destinée.
La nouvelle campagne du ministère des Affaires étrangères déplace toutefois le débat encore plus en amont.
Cette fois, Jérusalem ne demande pas seulement ce qu’il advient de l’aide après son arrivée sur le territoire. Israël demande pourquoi les sommes allouées aux différentes crises seraient aussi différentes dès le départ.
Le chiffre mis en avant est spectaculaire : plus de 1 100 dollars par personne dans le besoin pour les Palestiniens de Gaza, de Judée et de Samarie, contre 95 dollars au Congo et 86 dollars au Soudan.
Le ministère israélien présente donc cette comparaison comme le reflet d’un choix de priorités au sein du système des Nations unies.
En associant cette question financière à celle des données provenant du ministère de la Santé administré par le Hamas, la diplomatie israélienne construit une accusation plus générale contre le fonctionnement de l’ONU : les informations utilisées seraient, selon elle, problématiques dès leur origine, avant d’être reprises dans des documents internationaux, tandis que les budgets refléteraient ensuite le même déséquilibre.
La formule « Suivez l’argent » résume cette stratégie de communication.
Elle permet à Israël de déplacer le débat des déclarations politiques vers une comparaison chiffrée. Mais ces montants doivent être présentés pour ce qu’ils sont dans la publication à l’origine de cette polémique : des chiffres avancés par le ministère israélien des Affaires étrangères pour étayer son accusation de partialité des Nations unies.
Jérusalem en tire une conclusion sans ambiguïté. À ses yeux, il ne s’agit pas seulement d’une différence de financement entre plusieurs crises. Le ministère affirme y voir la manifestation de trois déséquilibres liés les uns aux autres : dans les rapports, dans les priorités et dans les budgets.
Et c’est précisément sur ce terrain que la diplomatie israélienne entend désormais porter son affrontement avec les Nations unies : non seulement demander d’où viennent les informations, mais également regarder où va l’argent.
Pour poursuivre sur le débat autour de l’aide humanitaire à Gaza, Infos-Israel.News a récemment publié Six fois plus de nourriture ? Israël publie des statistiques spectaculaires sur l’aide à Gaza. À lire également : L’ONU dans une déclaration inhabituelle : « Les terroristes du Hamas ne sont occupés qu’à préserver leur pouvoir – et ont volé l’aide » et Cessez-le-feu : le Hamas saisit l’aide humanitaire alors que des milliers de camions entrent à Gaza.






