Est-ce la fin du régime sans gluten ? Un médicament israélien affiche des résultats prometteurs contre la maladie cœliaque

Pour un malade cœliaque, la vie se résume à une vigilance permanente. Lire chaque étiquette, interroger chaque cuisine, refuser un morceau de pain à une table de fête. Depuis toujours, la médecine n’a qu’une seule réponse à lui offrir : évitez le gluten, totalement, à vie. Des chercheurs du laboratoire pharmaceutique israélien Teva pourraient être en train de changer cette équation.

La maladie cœliaque touche environ 1 % de la population mondiale. Il s’agit d’une pathologie auto-immune : l’ingestion de gluten déclenche la production d’anticorps qui viennent endommager l’intestin grêle. Comme aucun médicament n’est aujourd’hui homologué pour la traiter, les patients n’ont d’autre option que le régime d’éviction stricte, seul traitement standard reconnu.

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Teva vient de présenter les résultats d’un essai portant sur une molécule baptisée TEV ‘408. Il s’agit d’un anticorps administré par injection. Les anticorps sont des protéines capables de reconnaître une cible précise dans l’organisme et d’agir sur elle. Celui-ci a été conçu pour bloquer une protéine appelée interleukine-15, ou IL-15, impliquée dans les symptômes de la maladie cœliaque. L’idée n’est donc pas de neutraliser le gluten dans l’assiette, mais d’intervenir sur le mécanisme immunitaire qui se déclenche une fois qu’il est avalé.

Le protocole : manger du gluten volontairement

Le dispositif de l’essai a de quoi faire frémir tout malade cœliaque. Cinquante adultes atteints de la maladie ont participé à cette étude randomisée et contrôlée contre placebo. Chacun a reçu une injection sous-cutanée, soit du TEV ‘408, soit d’un placebo. Les participants ont ensuite dû patienter deux semaines, puis consommer chaque jour des produits contenant du gluten pendant six semaines.

Les résultats sont statistiquement significatifs. En appliquant l’indicateur de lésion intestinale retenu par l’étude, les chercheurs ont mesuré une aggravation moyenne de 0,43 chez les participants traités, contre 0,88 chez ceux ayant reçu le placebo. Le critère principal de l’essai — obtenir un effet cliniquement significatif — a donc été atteint.

Un second paramètre a été examiné : les lymphocytes intra-épithéliaux, des cellules immunitaires particulières présentes dans la paroi de l’intestin grêle. Leur augmentation traduit une maladie cœliaque active. Chez les participants sous placebo, leur densité a grimpé de 27,60. Chez ceux ayant reçu le TEV ‘408, l’augmentation s’est limitée à 0,37. L’écart est spectaculaire, et il signifie que le médicament a également réduit l’inflammation de l’intestin grêle.

Les patients traités ont par ailleurs rapporté des scores de symptômes digestifs plus bas — autrement dit, moins de troubles gastro-intestinaux, ou des troubles moins sévères. Dernier point, et non le moindre pour une molécule qui devra être prise au long cours : le traitement a été bien toléré par les participants.

« Traiter la maladie à sa source biologique »

Ces données ouvrent la perspective d’un avenir où les médecins ne se contenteraient plus de prescrire l’évitement du gluten, mais pourraient proposer un traitement empêchant les lésions intestinales de se produire.

Le Dr Eric Hughes, vice-président exécutif chargé de la recherche et du développement au niveau mondial et directeur médical de Teva, a rappelé que le régime sans gluten strict a longtemps constitué la seule option offerte aux personnes vivant avec cette maladie. Selon lui, ces résultats mettent en évidence la possibilité de dépasser la simple gestion de l’exposition au gluten pour s’attaquer à la maladie cœliaque à sa source biologique. La nuance est de taille : on passerait d’une stratégie d’évitement à une stratégie de traitement.

L’intérêt de la molécule pourrait d’ailleurs dépasser le seul champ de la maladie cœliaque. Le TEV ‘408 fait également l’objet d’études pour d’autres troubles auto-immuns provoqués par l’IL-15, notamment le vitiligo, cette affection dans laquelle des zones de peau perdent leur pigmentation.

Il reste évidemment un long chemin entre un essai portant sur cinquante participants et une autorisation de mise sur le marché. Aucun patient cœliaque ne devrait modifier son alimentation sur la foi de ces résultats. Mais pour une communauté de malades habituée à s’entendre répéter qu’il n’existe rien d’autre que la privation, la nouvelle venue d’Israël a la saveur d’un espoir concret.

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