Depuis le début de la guerre à Gaza, une frange du mouvement LGBTQI+ espagnol a multiplié les prises de position en soutien à la cause palestinienne, dénonçant ce qu’elle qualifie de « pinkwashing » israélien, c’est-à-dire l’idée qu’Israël mettrait en avant ses droits LGBTQI+ pour redorer son image internationale et détourner l’attention de sa politique envers les Palestiniens. Cette critique s’est traduite par des marches, des tribunes et des prises de parole dans les cortèges de Gay Pride à travers l’Espagne, où des slogans pro-palestiniens ont régulièrement été scandés ces dernières années.
Ce positionnement s’appuie sur une longue tradition militante de gauche radicale espagnole, où l’anti-pinkwashing occupe une place centrale depuis le début des années 2010. En 2014 déjà, un appel collectif signé par plusieurs organisations LGBT dénonçait ce qu’elles présentaient comme une instrumentalisation de la cause homosexuelle par l’État d’Israël à des fins de communication. Cette lecture s’est renforcée depuis le 7 octobre 2023, portée par une partie de la gauche espagnole, dont le gouvernement de Pedro Sánchez a pris des positions parmi les plus critiques d’Europe envers la conduite de la guerre par Israël.
Le paradoxe, largement documenté par des organisations de défense des droits humains, tient à la situation réelle des personnes LGBTQI+ dans la bande de Gaza. Sous l’autorité du Hamas, les relations homosexuelles masculines constituent une infraction pénale pouvant être punie de plusieurs années de prison, en vertu de dispositions héritées du droit britannique mandataire toujours en vigueur dans l’enclave. Human Rights Watch, Amnesty International et plusieurs médias ont documenté des cas d’arrestations, de tortures, voire d’exécutions extrajudiciaires visant des personnes soupçonnées d’homosexualité, y compris au sein même des rangs du Hamas, où un commandant a été exécuté en 2016 pour ce motif selon plusieurs sources concordantes.
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A gay couple say that if the “far-right” wins the next Spanish election, they will seek asylum in Palestine because it’s the most “progressive” place on Earth pic.twitter.com/W6AOSL92MZ
— Visegrád 24 (@visegrad24) September 4, 2026
Cette réalité pousse chaque année des dizaines de Palestiniens homosexuels à fuir Gaza ou la Cisjordanie pour se réfugier en Israël, seul pays de la région où l’homosexualité est pleinement dépénalisée et où les couples de même sexe bénéficient d’une reconnaissance légale. Des organisations comme Al Qaws ou Aswat, les deux seules structures LGBTQI+ palestiniennes existantes, sont d’ailleurs basées en Israël et non dans les territoires palestiniens, faute de pouvoir opérer librement à Gaza ou en Cisjordanie.
Ce décalage entre le discours militant en Europe et la réalité vécue sur place n’est pas propre à l’Espagne. Des voix, y compris au sein de la communauté LGBTQI+ elle-même, ont commencé à interroger publiquement cette contradiction, s’étonnant que des organisations qui manifestent contre la politique israélienne restent silencieuses sur les persécutions documentées visant les homosexuels dans les territoires sous contrôle du Hamas. Certains commentateurs israéliens ont d’ailleurs invité de façon provocatrice ces militants à se rendre eux-mêmes à Gaza pour y vivre ouvertement leur orientation sexuelle, une proposition qui met crûment en lumière l’écart entre la rhétorique militante et la réalité du terrain.
Cette tension illustre une difficulté plus large du militantisme intersectionnel, qui tend à superposer des causes — droits LGBTQI+, anticolonialisme, soutien aux Palestiniens — sans toujours interroger leur compatibilité concrète. Dans ce cadre, la défense des droits LGBTQI+ devient parfois secondaire face à l’engagement pro-palestinien, y compris lorsque les faits documentés sur le terrain contredisent directement les valeurs que ce même militantisme prétend défendre par ailleurs.
Cette contradiction, si elle reste rarement assumée publiquement par les principaux intéressés, n’échappe pas à l’attention grandissante de commentateurs, de médias spécialisés et d’une partie de l’opinion publique, qui y voient un exemple frappant des angles morts du militantisme progressiste occidental face à la réalité du monde arabo-musulman.






