Bonjour, mon nom est Yossi,
Je suis attaché au siège de la voiture sur la banquette arrière, papa est au volant, la musique à la radio, nous sommes arrivés, et nous allons rentrer à la maison.
Maman m’attend Ă la maison pour le dĂ©jeuner et j’ai tellement hâte de jouer avec mes jeux,  papa s’est dĂ©jĂ garĂ©.
Papa a coupé le contact de la voiture, il va probablement venir vers moi et me prendre avec ses deux mains pour m’emmener à la maison.
Papa est sorti de la voiture, il ferme la porte, et Ă un moment, il ne rĂ©alise pas qu’il m’a oublié accidentellement mais il ferme la porte sur moi. Papa rentre Ă la maison… Papa… Il fait chaud dans la voiture, je sue, je m’ennuie ici…Papa…
Je ne peux pas respirer. Je me sens faible. Je ne peux pas respirer et garder les yeux ouverts. C’est dur pour moi de rĂ©flĂ©chir. J’essaie de me souvenir de ma mère, de crier, peut-ĂŞtre qu’elle va entendre… Mais non… Je suis seul. Personne ne peut m’entendre.
Je suis Ă la recherche de la bouteille sur le siège Ă cĂ´tĂ© de moi, et malgrĂ© tous les efforts, je n’arrive pas Ă atteindre les quelques gouttes de framboises qu’il me reste. La Nounou n’est pas lĂ non plus, je n’ai pas d’air pour respirer.
Je vais m’Ă©vanouir. Encore quelques minutes passent et je ne respire plus… Puis passent les plus longues minutes, la porte s’ouvre, les cris de terreur, et pendant une minute ou deux, j’entends quelqu’un avec beaucoup de bruits, d’une radio, il presse ma poitrine de nombreuses fois, me fait un bouche Ă bouche.
Il recommence de nombreuse fois, il me presse et essai de me donner de l’air, puis il me pique dans la main, pour me placer une aiguille. Une heure passe, et ils s’en vont…
On me place dans un sac et quelqu’un vient me chercher et me porte dans ses mains. J’ai entendu dire que mon père et ma mère pleurent, on m’appelle :  Yossi !, Yossi !, mais je ne peux plus rĂ©pondre. Je suis mort.
Nous sommes arrivĂ©s. Quelqu’un me soulève encore une fois, et me pose sur le sol , j’entends beaucoup de grands hommes dire des paroles et pleurer. Je viens juste de rĂ©aliser qu’ils disent que je suis le  « le garçon qui a expiĂ© les fautes de la gĂ©nĂ©ration ».
On me soulève encore une fois, je suis enveloppĂ© dans un talit,  et j’ai entendu dire que mon père et ma mère pleurent, où m’emmenez-vous ?
Tout d’un coup, le silence. Je sens la chaleur sur moi avec des blocs, et le sable qui tombe. Comme dans un bac Ă sable. Nous sommes en train de jouer dans le jardin. J’ai aussi envie de jouer dans le sable. Je peux Ă peine entendre le peuple. Ce sera tranquille ici. Je suis seul et j’ai froid. C’est tout. Puis le silence.
Je m’appelais Yossi, et on m’a oubliĂ© dans la voiture.
Note de l’ auteur (un secouriste de Hatsalah) : Il n y a rien a dire sur le douleur des parents face Ă une telle Ă©preuve, que Dieu nous en prĂ©serve et ce texte n’a pas d’objectif d’augmenter la douleur des parents mais surtout de montrer la souffrance de l’enfant et la gravitĂ© d’un tel oubli.
Dvir Adani
Aujourd’hui, une petite fille de 18 mois sera enterrĂ©e Ă Betar Illit après avoir Ă©tĂ© oubliĂ©e par ses parents une demi-heure, ce vendredi.





