Le Caire a considĂ©rablement intensifiĂ© ces derniers jours ses efforts diplomatiques et sĂ©curitaires afin de freiner l’escalade en mer Rouge et dans le dĂ©troit de Bab-el-Mandeb, selon un rapport publiĂ© ce dimanche matin par le journal qatari Al-Araby Al-Jadeed. La semaine dernière, la coalition saoudienne avait frappĂ© l’aĂ©roport de Sanaa, et en reprĂ©sailles, les Houthis avaient attaquĂ© la zone de l’aĂ©roport d’Abha, dans le sud de l’Arabie saoudite.
L’Égypte agit sous la pression d’une crainte bien prĂ©cise : celle d’un arrĂŞt de la navigation en mer Rouge qui viendrait frapper de plein fouet le trafic maritime traversant le canal de Suez. Une source Ă©gyptienne bien informĂ©e a indiquĂ© que les autoritĂ©s du Caire ont rouvert leurs canaux de communication avec les Houthis (Ansarallah). Elle a prĂ©cisĂ© qu’il s’agit d’une tentative d’apaiser la tension grandissante dans la rĂ©gion et d’Ă©viter une dĂ©gradation vers un affrontement direct, qui affecterait immĂ©diatement le trafic des navires transitant par le dĂ©troit et la mer Rouge.
Une demande iranienne Ă l’origine de l’alerte
La source a expliquĂ© que ces dĂ©veloppements font suite Ă des informations selon lesquelles TĂ©hĂ©ran aurait demandĂ© aux Houthis de fermer Bab-el-Mandeb, dans le cadre de l’escalade rĂ©gionale en cours. Selon elle, si le dĂ©troit venait Ă ĂŞtre bloquĂ©, cela perturberait la navigation vers le canal de Suez et entraĂ®nerait des pertes considĂ©rables pour l’Ă©conomie Ă©gyptienne, du fait de la chute des revenus.
La source Ă©gyptienne a prĂ©cisĂ© que Le Caire agit simultanĂ©ment sur plusieurs fronts, tout en maintenant un contact permanent avec TĂ©hĂ©ran, dans une tentative de contenir les tensions rĂ©gionales et de pousser toutes les parties Ă Ă©viter tout geste susceptible d’Ă©largir le cercle du conflit ou de menacer la libertĂ© de navigation internationale en mer Rouge. Selon le mĂŞme responsable, les canaux de communication avec les Houthis ne passent pas par le ministère Ă©gyptien des Affaires Ă©trangères, mais sont gĂ©rĂ©s directement par des responsables sĂ©curitaires, en dehors des circuits diplomatiques traditionnels.
Un partenaire rĂ©gional rappelĂ© d’urgence
L’ampleur de la mobilisation dĂ©passe les frontières Ă©gyptiennes. Le prĂ©sident des Émirats arabes unis, Mohammed ben Zayed, qui effectuait une visite prolongĂ©e en Égypte et avait rencontrĂ© le prĂ©sident Abdel Fattah al-Sissi, a dĂ» interrompre son sĂ©jour pour rentrer prĂ©cipitamment Ă Abou Dhabi en raison des derniers dĂ©veloppements. Il serait rentrĂ© dans son pays pour gĂ©rer lui-mĂŞme la crise et coordonner les actions avec les partenaires rĂ©gionaux des Émirats, par crainte que la situation ne s’aggrave et n’atteigne un point de non-retour.
Selon des informations complĂ©mentaires, l’Égypte et les États du Golfe misent sur une fenĂŞtre d’opportunitĂ© Ă©troite, liĂ©e notamment au contexte politique intĂ©rieur aux États-Unis, aux Ă©lections de mi-mandat au Congrès amĂ©ricain, ainsi qu’Ă la crainte d’un nouveau choc Ă©conomique qui pourrait dissuader Washington d’Ă©largir ses frappes et de s’enliser dans une guerre d’usure prolongĂ©e.
Les pays du Golfe ont mis en garde les AmĂ©ricains contre tout Ă©largissement de l’affrontement, en raison du risque d’un impact sĂ©vère sur le marchĂ© mondial de l’Ă©nergie. L’Égypte, de son cĂ´tĂ©, a exprimĂ© sa crainte de voir ses revenus tirĂ©s du canal de Suez, artère vitale de son Ă©conomie, gravement affectĂ©s. Les menaces iraniennes de fermer les dĂ©troits d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb font craindre une atteinte sĂ©rieuse aux voies maritimes mondiales.
Selon les mĂŞmes sources, les discussions entre l’Égypte et les pays du Golfe visent Ă©galement une coordination sur le plan militaire, incluant une activitĂ© conjointe destinĂ©e Ă faire barrage Ă toute attaque de reprĂ©sailles que l’Iran ou ses relais pourraient mener contre des infrastructures civiles, des installations Ă©nergĂ©tiques ou des pĂ©troliers dans le Golfe.
Le Caire se serait engagĂ© Ă fournir un soutien militaire dĂ©fensif et un appui en matière de renseignement aux pays du Golfe « de manière immĂ©diate », et Ă rĂ©pondre Ă leurs besoins dĂ©fensifs et technologiques. Une coordination Ă©troite existerait Ă©galement entre l’Égypte et la Jordanie, destinĂ©e avant tout Ă garantir la sĂ©curitĂ© alimentaire et Ă protĂ©ger les chaĂ®nes d’approvisionnement en cas d’atteinte aux routes maritimes.
Enfin, plusieurs sources Ă©voquent la possibilitĂ© que le prĂ©sident Ă©gyptien Abdel Fattah al-Sissi entreprenne une tournĂ©e dans les pays du Golfe, après ses rĂ©centes visites Ă BahreĂŻn et au Qatar, dans le but de construire une position arabe unifiĂ©e aux cĂ´tĂ©s du Conseil de coopĂ©ration du Golfe — et ce, malgrĂ© des tensions discrètes entre l’Égypte et le KoweĂŻt.
Sur ce mĂŞme sujet, retrouvez Ă©galement nos articles sur l’Égypte qui se prĂ©pare militairement, mais pas contre IsraĂ«l et sur l’attaque iranienne qui a coĂ»tĂ© la vie Ă des soldats amĂ©ricains en Jordanie.






