Quelle Ă©tonnante tribune que celle de Hanan Ashrawi, l’Ă©minente reprĂ©sentante de l’OLP (Organisation pour la libĂ©ration de la Palestine), publiĂ©e dans le Huffington Post version anglaise!
Quête de légitimité
Rappelons qu’elle dĂ©nie aux centaines de milliers de juifs expulsĂ©s des pays arabes le droit de se revendiquer rĂ©fugiĂ©s, sous prĂ©texte qu’ils auraient rejoint leur patrie ancestrale. Elle affirme, en quelque sorte, qu’il faut choisir: soit IsraĂ«l est leur patrie et donc ils ne sont pas rĂ©fugiĂ©s, soit ils sont rĂ©ellement rĂ©fugiĂ©s et peuvent retourner dans ces pays, avec en toile de fond, la dĂ©lĂ©gitimation de l’Etat d’IsraĂ«l comme Etat des juifs et l’accusation d’utilisation cynique de la notion de rĂ©fugiĂ©s.
La vĂ©hĂ©mence des propos sur la forme et les arguments erronĂ©s sur le fond mettent en Ă©vidence la situation peu enviable d’une organisation (l’OLP) aux abois, gangrenĂ©e par la corruption et dĂ©crĂ©dibilisĂ©e au sein de sa population. Par ailleurs, elle laisse apparaĂ®tre la crainte de l’AutoritĂ© palestinienne, que ceux qu’elle est censĂ©e reprĂ©senter, ne soient plus les seules victimes au Proche-Orient après-guerre, point sur lequel elle prospère depuis plusieurs dizaines d’annĂ©es.
Jeu de réfugiés
Au jeu de qui est plus rĂ©fugiĂ© que l’autre, on ne sait pas si Hanan Ashrawi gagnerait. L’acte fondateur du statut de juif rĂ©fugiĂ© est l’exil de Babylone en -586 et la première chute de JĂ©rusalem, suivie de la promesse rĂ©pĂ©tĂ©e chaque annĂ©e de revenir Ă Sion. Les pogroms, inquisitions et gĂ©nocides en Europe, les massacres, et l’attribution de l’humiliant statut de Dhimmis (inferieur plus ou moins protĂ©gĂ©) infligĂ©s aux juifs en MĂ©diterranĂ©e orientale, par les arabes après leur invasion, puis leur expulsion dĂ©finitive suite Ă l’avènement d’IsraĂ«l en 1948, donnent aux descendants des hĂ©breux le statut de « rĂ©fugiĂ©s multicartes ».
Il est important de souligner que le critère dĂ©terminant de la qualification de rĂ©fugiĂ© (dĂ©finition de la convention de 1951) est la fuite du pays de rĂ©sidence habituelle, par crainte de persĂ©cution, en raison de son appartenance Ă un groupe social ou Ă des opinions politiques. En aucun cas, la volontĂ© de retourner dans le pays de rĂ©sidence habituelle n’est exigĂ©e. Dès lors, si des personnes se sont installĂ©es dans un pays de manière durable, et s’y font expulser, ce n’est pas parce qu’elles, ou leurs descendants, ne souhaitent pas y retourner, qu’elles n’ont pas subi le prĂ©judice de l’expulsion et ne pourraient ĂŞtre qualifiĂ©es de rĂ©fugiĂ©s. En effet, Il n’y a pas de raison pour que les arabes qui Ă©taient prĂ©sents entre 1946 et 1948 sur ce territoire et en sont partis, soient les seuls Ă pouvoir transmettre leur statut de « rĂ©fugié » Ă leurs descendants. Il est bien probable d’ailleurs que le traumatisme de l’expulsion se transmette de manière intergĂ©nĂ©rationnelle. Ainsi, si vous avez la chance d’assister Ă un vol Paris-Tel Aviv, vous vous rendrez compte par le volume de bagages embarquĂ©s que chaque traversĂ©e, mĂŞme touristique, de la MĂ©diterranĂ©e, doit ĂŞtre vĂ©cue par certains comme une vĂ©ritable Ă©popĂ©e. Au jeu des transmissions, oui, nous sommes tous des rĂ©fugiĂ©s.
Tourner la page
Cela peut sembler ridicule, et nombreux juifs d’Orient qui ont Ă©migrĂ© en IsraĂ«l, en Europe ou aux Etats-Unis, se sont complètement intĂ©grĂ©s dans leur pays d’accueil. Certes, la gĂ©nĂ©ration des « migrants » a pu, un temps, garder rancĹ“ur pour avoir dĂ» quitter de force leur pays oĂą se trouvaient leur patrimoine culturel et financier qu’ils entretenaient depuis tant de gĂ©nĂ©rations, avant mĂŞme l’arrivĂ©e de ceux qui les ont expulsĂ©s. Mais eux et leurs enfants ont fini par tourner la page. La dĂ©marche de l’Etat d’IsraĂ«l dans ce dĂ©bat sur les rĂ©fugiĂ©s n’est en rien revendicatrice, elle met simplement en Ă©vidence, devant la communautĂ© internationale, outre l’Ă©quilibre du transfert de population, la diffĂ©rence de traitement entre les uns et les autres, et sans doute, l’incongruitĂ© de l’exception de la transmission, comme un patrimoine, du statut de rĂ©fugiĂ© palestinien.
Cynisme
Ce dossier ne doit pas masquer la culpabilitĂ© des pays avoisinants sur deux points essentiels. D’une part, ils ont forcĂ© certaines populations arabes en 1948 Ă partir, en leur promettant de revenir victorieux. D’autre part, la situation dans ces pays (Jordanie, Liban, Syrie, Egypte) des descendants de ceux qui sont partis est catastrophique: par cynisme, au lieu de les intĂ©grer, de leur donner la nationalitĂ© du pays, ils ont prĂ©fĂ©rĂ© les en exclure, les laissant dans des camps de rĂ©fugiĂ©s sans droits civiques ni civils, afin de maintenir et de faire prospĂ©rer l’extrĂ©misme et la haine d’IsraĂ«l par la propagande.
Perspectives
La justice n’a pas sa place dans le règlement de ce conflit inextricable. Rien ne se règlera Ă coup de revendication, de dĂ©claration ou de reconnaissance unilatĂ©rale, mais par le pragmatisme et le dialogue. La nĂ©gociation entraĂ®ne forcĂ©ment un renoncement qui est en soi une injustice. Lorsque chaque partie aura plus intĂ©rĂŞt Ă trouver une solution qu’un statu quo, alors la situation Ă©voluera. Mais nous devons le faire non pas pour nous, mais pour Ă©viter de crĂ©er d’autres gĂ©nĂ©rations de rĂ©fugiĂ©s.





