Amit Segal est depuis des années l’une des voix politiques les plus écoutées d’Israël. Commentateur vedette de la Douzième chaîne, présentateur de l’émission « Meet the Press » et chroniqueur pour Yedioth Ahronoth, il est réputé pour son accès aux cercles du pouvoir et sa connaissance intime des coulisses politiques israéliennes. Ce que l’on savait moins, jusqu’à hier soir, c’est que cette familiarité avec le monde politique remonte à bien plus loin qu’on ne le pensait.
Samedi soir, lors d’une émission diffusée en présence de son confrère Ben Caspit, Segal a raconté pour la première fois publiquement sa toute première rencontre avec Benjamin Netanyahu. Il avait alors 14 ans.
L’histoire remonte au premier mandat de Netanyahu, dans les années 1990. Yitzhak Kadman, alors président de l’Association nationale pour l’enfance, avait souhaité remettre le rapport annuel de l’organisation directement au Premier ministre. Pour l’occasion, deux enfants furent choisies pour l’accompagner lors de cette rencontre au bureau du chef du gouvernement — une jeune fille juive et une jeune fille arabe. C’est sur le jeune Segal, alors adolescent de 14 ans, que le choix se porta pour représenter les enfants juifs.
Ce qui aurait pu n’être qu’une visite protocolaire sans relief se transforma en une soirée mémorable pour des raisons imprévues. « Nous sommes arrivés au bureau et l’événement n’arrêtait pas de se prolonger », a raconté Segal à l’antenne. « Nous séchions là depuis une heure et demie, il était déjà 22h30. Netanyahu nous a sermonné pendant une heure et demie. » La réunion, manifestement tendue, se prolongeait à n’en plus finir — lorsque soudain, Aryeh Deri quitta le bureau en trombe, visiblement hors de lui.
Le lendemain matin, tout s’éclaira : l’affaire Bar On-Hébron venait d’éclater. Ce scandale, l’un des plus retentissants du premier gouvernement Netanyahu, tournait autour de la nomination controversée de Roni Bar-On à la tête du Parquet général — une nomination qu’une enquête journalistique allait rapidement relier à des tractations entre le Premier ministre et Aryeh Deri, alors président du Shas, soupçonné de vouloir faire nommer à ce poste quelqu’un qui lui serait favorable dans le cadre de ses propres démêlés judiciaires. Deri avait démenti, Netanyahu également. Mais la tempête politique avait été immédiate.
Le jeune Segal de 14 ans, assis dans l’antichambre du pouvoir ce soir-là, avait donc involontairement assisté aux ultimes instants d’une soirée qui allait déboucher sur l’un des épisodes les plus tumultueux de la carrière de Netanyahu. La sortie furieuse de Deri qu’il avait observée sans en comprendre le sens prenait, avec le recul, une tout autre dimension.
L’anecdote, racontée avec l’humour et la précision qui caractérisent Segal, a immédiatement suscité l’intérêt sur les réseaux sociaux. Elle illustre à la fois la précocité de l’intérêt politique du journaliste — fils du journaliste et écrivain Hagai Segal — et la manière dont certaines pages de l’histoire politique israélienne peuvent être éclairées par des témoins inattendus.
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