Après avoir cru tout voir : Emmanuel Macron chante « La Bohème » d’Aznavour devant les dirigeants armĂ©niens

On pensait avoir tout vu. Emmanuel Macron en chef de guerre, Macron en nĂ©gociateur de cessez-le-feu, Macron chantant La Marseillaise sur le pont d’un porte-avions nuclĂ©aire dĂ©ployĂ© en MĂ©diterranĂ©e. Mais ce lundi 4 mai 2026 Ă  Erevan, lors du dĂ®ner d’État offert en son honneur par les dirigeants armĂ©niens, le prĂ©sident français a ajoutĂ© une corde Ă  son arc — ou plutĂ´t une voix Ă  son rĂ©pertoire.

Emmanuel Macron a entonnĂ© « La Bohème » de Charles Aznavour lors du dĂ®ner d’État, accompagnĂ© par le prĂ©sident armĂ©nien Vahagn Khatchatourian au piano et le Premier ministre Nikol Pachinian Ă  la batterie. Le tout dans ce que les participants ont dĂ©crit comme « un moment joyeux et convivial ». Quelques instants plus tard, le trio improvisĂ© a Ă©galement interprĂ©tĂ© « Les Feuilles mortes » d’Yves Montand.

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Un choix qui n’a rien d’anodin

Le choix de « La Bohème » n’Ă©tait pas fortuit. La chanson, créée en 1965 par Aznavour — nĂ© Ă  Paris de parents armĂ©niens qui avaient fui le gĂ©nocide ottoman —, Ă©voque les souvenirs d’une jeunesse pauvre et bohème dans le quartier de Montmartre. Charles Aznavour, l’une des figures les plus emblĂ©matiques de la chanson française d’origine armĂ©nienne, a obtenu la nationalitĂ© armĂ©nienne en 2008 et reprĂ©sentĂ© l’ArmĂ©nie Ă  l’UNESCO comme ambassadeur. Le chanter Ă  Erevan, devant le prĂ©sident et le Premier ministre armĂ©niens, c’est Ă©voquer ce fil d’histoire et d’affection qui court entre les deux pays depuis plus d’un siècle.

La France abrite la plus grande diaspora armĂ©nienne après celles de Russie et des États-Unis, avec 400 000 personnes. Elle partage avec l’ArmĂ©nie une longue histoire d’amitiĂ©, depuis l’accueil Ă  Marseille des rĂ©fugiĂ©s fuyant les massacres de la Première Guerre mondiale, jusqu’Ă  la mobilisation lors du tremblement de terre de 1988.

Un contexte diplomatique de fond

La lĂ©gèretĂ© du moment musical ne doit pas faire oublier les enjeux substantiels de cette visite d’État. Ce mardi, dernier jour de la visite, Macron et Pachinian doivent signer un partenariat stratĂ©gique « consacrant les efforts de dĂ©fense inĂ©dits » et ouvrant de « nouvelles pages Ă©conomiques » entre les deux pays. La coopĂ©ration militaire est dĂ©jĂ  bien engagĂ©e : commande de 36 canons Caesar en 2024, livraison de trois radars français, formation de soldats armĂ©niens par la France. Des contrats dans le domaine des transports sont Ă©galement au programme, avec des perspectives pour Airbus.

L’ArmĂ©nie, petit pays de trois millions d’habitants coincĂ© entre la Russie, l’AzerbaĂŻdjan et la Turquie, cherche depuis plusieurs annĂ©es Ă  diversifier ses alliances et Ă  se rapprocher de l’Europe. La France s’est imposĂ©e comme son partenaire privilĂ©giĂ© sur ce chemin — ce que la soirĂ©e musicale illustrait Ă  sa manière, dans un registre que les diplomates n’avaient peut-ĂŞtre pas prĂ©vu.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Macron laisse entendre sa voix en public. En mars dernier, il avait Ă©tĂ© filmĂ© chantant La Marseillaise sur le pont du porte-avions Charles de Gaulle dĂ©ployĂ© en MĂ©diterranĂ©e orientale dans le cadre de la crise avec l’Iran. Apparemment, la gĂ©opolitique et la chanson française font bon mĂ©nage dans la pratique prĂ©sidentielle macronienne. La diplomatie se joue dĂ©sormais parfois autour d’un piano — et il semblerait que le prĂ©sident français ne s’en sorte pas trop mal.


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