Ă la suite des dĂ©clarations du politicien religieux Naftali Bennett appelant rĂ©cemment Ă supprimer les budgets allouĂ©s aux haredim qui ne sâenrĂŽlent pas dans lâarmĂ©e, de nombreuses voix dans le monde religieux sâinterrogent. Alors que Bennett semble aujourdâhui fonder une part importante de son discours politique sur la question de la conscription des haredim, un retour sur ses prises de position passĂ©es offre un contraste saisissant.
Il y a environ cinq ans, Bennett exprimait en effet une vision trĂšs diffĂ©rente du rapport entre lâarmĂ©e, la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne et lâĂ©tude de la Torah. En 2017, alors quâil occupait le poste de ministre de lâĂducation et dirigeait le parti Habayit Hayehoudi, il dĂ©clarait publiquement que son enrĂŽlement immĂ©diat dans Tsahal aprĂšs le lycĂ©e faisait partie des rares dĂ©cisions quâil regrettait dans sa vie.
Lors dâun discours prononcĂ© en dĂ©cembre 2017 au centre du mouvement Bnei Akiva, dans le cadre dâune confĂ©rence intitulĂ©e « Vivre la mission de la Torah », Bennett sâadressait Ă des centaines dâĂ©lĂšves de terminale. Il les encourageait Ă repousser leur service militaire dâau moins un an afin de consacrer ce temps Ă lâĂ©tude de la Torah, que ce soit en yeshiva ou dans une mĂ©khina prĂ©-militaire. Cette recommandation, prĂ©cisait-il, relevait de son expĂ©rience personnelle et non dâune directive politique formelle.
« Je ne regrette pas beaucoup de choses dans la vie, mais lâune des seules que je regrette vraiment est de mâĂȘtre engagĂ© dans lâarmĂ©e immĂ©diatement aprĂšs le lycĂ©e », expliquait-il alors. Bennett soulignait que le systĂšme scolaire Ă©tait principalement orientĂ© vers la rĂ©ussite aux examens du baccalaurĂ©at, laissant peu de place Ă ce quâil appelait des « sujets cĂ©lestes ». Selon lui, une annĂ©e supplĂ©mentaire dĂ©diĂ©e Ă lâĂ©tude permettait de forger des bases spirituelles solides avant lâentrĂ©e dans les responsabilitĂ©s militaires et civiles.
Dans la continuitĂ© de son discours, Bennett appelait les jeunes Ă prĂ©server les valeurs de la Torah tout au long de leur vie, y compris aprĂšs la fin du service militaire. Il mettait en garde contre lâĂ©rosion morale que peut entraĂźner la routine de la vie adulte si lâĂ©tude rĂ©guliĂšre de la Torah nâest pas maintenue. « La vie quotidienne nous saisit avec force : vous serez Ă©tudiants, vous devrez emmener vos enfants Ă lâĂ©cole et gagner votre vie. Si vous ne fixez pas de temps pour lâĂ©tude de la Torah, vous perdrez votre boussole morale et vous serez emportĂ©s par le vent », affirmait-il.
Ces positions nâĂ©taient pas isolĂ©es. Dans une interview accordĂ©e par le passĂ© Ă la radio religieuse Kol HaĂŻ, Bennett louait explicitement les Ă©tudiants en Torah et dĂ©clarait sans ambiguĂŻtĂ© quâil ne fallait pas leur nuire. « Celui qui Ă©tudie la Torah doit Ă©tudier la Torah. Câest ma position depuis le dĂ©but », disait-il alors. Il reconnaissait que ce message nâĂ©tait pas toujours facile Ă expliquer au public laĂŻque, mais insistait sur le rĂŽle central de la Torah dans la survie du peuple juif au fil des siĂšcles.
« Le peuple juif a survĂ©cu pendant des milliers dâannĂ©es en exil grĂące Ă la Torah », ajoutait Bennett. « Et ŚŚŚŚ§Ś ŚŚŚŚŚ ŚȘ ŚŚ©ŚšŚŚ, ŚŚŚŚ§Ś ici, nous devons la renforcer. »
Aujourdâhui, alors que ses dĂ©clarations actuelles sont perçues par beaucoup comme un virage politique marquĂ©, ces archives ressurgissent et alimentent un dĂ©bat intense. Pour ses dĂ©tracteurs, elles rĂ©vĂšlent une contradiction profonde, voire une instrumentalisation du sujet de la conscription Ă des fins Ă©lectorales. Pour ses partisans, elles tĂ©moignent dâune Ă©volution dictĂ©e par les rĂ©alitĂ©s sĂ©curitaires et sociales contemporaines.
Quoi quâil en soit, le contraste entre le Bennett dâhier et celui dâaujourdâhui souligne Ă quel point la question du service militaire et de lâĂ©tude de la Torah demeure lâun des clivages les plus sensibles et les plus explosifs de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne.





