Bibi rayonne en ce moment et la Mogherini l’a dans le baba – Par Edmond Richter

Nous défendons nos croyances comme si notre vie en dépendait
(comment j’ai failli mourir pour une sandale de plastique Ă  10 Euros)

Une chose est pour moi quasi-incompréhensible : La capacité que nous avons de défendre nos croyances et nos idées avec becs et ongles et à refuser, rejeter, ignorer, nier les faits qui les contredisent.
Quand je parle de croyances je ne parle pas seulement de croyances religieuses mais de toutes sortes de croyances, qu’il s’agisse de la croissance Ă©conomique, du soutien Ă  un club de football ou de la personne que nous croyons ĂŞtre.
Cette „dĂ©pendance“ Ă  nos croyances peut aller jusqu’Ă  nous faire risquer nos vies et donc aller Ă  l’encontre de notre instinct biologique de survie.

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Prenons un exemple : Le drapeau.
Ă€ l’origine les drapeaux Ă©taient des instuments de communication. Chaque rĂ©giment avait son drapeau et, lors des batailles, un groupe de „communiquants“, rassemblĂ© sur une colline avec tous les drapeaux des rĂ©giments pouvait ainsi communiquer les ordres du gĂ©nĂ©ral ou de l’Ă©tat-major. Il y avait tout un „langage“ des drapeaux, tout un code, selon l’orientation des drapeaux ou ses mouvements (attaque, retraite, feu, mouvement sur la droite etc…)
On comprend aisĂ©ment que la perte d’un drapeau Ă©tait catastrophique car le rĂ©giment n’avait plus aucun moyen de communiquer avec l’Ă©tat-major. Le rĂ©giment Ă©tait d’un coup aveugle et sourd en pleine bataille ce qui signifiait l’anĂ©antissement et l’extermination dans la plupart des cas.
On comprend alors que les hommes qui avaient la garde des drapeaux étaient prêts à mourir pour les défendre.
Au fur et Ă  mesure des progrès techniques (Morse, tĂ©lĂ©phones de campagne…) le drapeau perdit sa fonction de communication mais garda sa fonction symbolique: Le dĂ©fendre au pĂ©ril de sa vie.

Inutile de préciser que ce serait aussi fou que de vouloir risquer sa vie pour son smartphone.
Et pourtant le drapeau n’a pas perdu son aura sacrĂ©e (levĂ©e des couleurs, salut au drapeau, dĂ©filĂ© du 14 Juillet) alors qu’il ne s’agit que d’un morceau d’Ă©toffe.
Je n’ai rien contre le drapeau ! Je rĂ©agis mĂŞme fortement lorsque des imbĂ©ciles le souillent. J’ai simplement voulu dĂ©montrer comment une croyance peut s’ancrer en nous et persister alors mĂŞme que sa fonction primaire a disparu.

Il y a Ă©normĂ©ment de croyances ancrĂ©es en nous : La nuit de NoĂ«l  (alors que l’on sait que JĂ©sus n’est certainement pas nĂ© cette nuit-lĂ ), le mythe de la vierge Marie (!), la supĂ©rioritĂ© du vĂ©ganisme en matière de santĂ©, la nĂ©cessitĂ© de manger de la viande pour ses apports de protĂ©ines ou le mythe de la croissance Ă©conomique perpĂ©tuelle sur une planète par essence limitĂ©e…

Passons maintenant Ă  un exemple de croyance qui fut contredite indubitablement par les faits : En 1957, Leon Festinger, un psychosociologue, analysa la croyance d’un groupe de personnes rassemblĂ©es autour d’un gourou qui dĂ©clarait qu’Ă  telle date la fin du monde aurait lieu et que seul ce groupe serait sauvĂ© par la venue d’extre-terrestres en soucoupes volantes. Ă€ la date prĂ©vue rien ne se passa et les membres du groupe dirent alors que les extra-terrestres avaient dĂ©cidĂ© de donner Ă  la terre une seconde chance grâce aux prières du groupe.
Leon Festinger nomma ce phénomène, le rejet des faits afin de conserver ses croyances „DISSONANCE COGNITIVE“.

Ne nous hâtons pas de nous moquer de ces personnes car nous sommes TOUS sujets de temps Ă  autres Ă  la dissonance cognitive. Au cours de mes 34 annĂ©es de travail en tant que psychotherapeute, j’ai pu assister Ă  d’innombrables exemples de dissonance cognitive et je dois avouer qu’il m’arrive plus qu’Ă  mon tour d’y succomber.
J’ai vu des participants Ă  mes sĂ©minaires persuadĂ©s de ne pouvoir ĂŞtre aimĂ©s, d’avoir des pensĂ©es ou des dĂ©sirs inavouables, d’ĂŞtre trop grands, ou trop petits, ou trop gros, ou trop bĂŞtes, ou trop moches, ou trop maladroits ou mĂŞme d’ĂŞtre dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s… d’ĂŞtre des incapables, des fainĂ©ants, des lâches, des faiblards, des menteurs invĂ©tĂ©rĂ©s, des salauds, d’ĂŞtre condamnĂ©s Ă  vivre seuls ou ĂŞtre persuadĂ©s de n’avoir aucune justification Ă  vivre et de n’acquerir pĂ©niblement ce droit qu’en se dĂ©vouant aux autres, qu’en travaillant deux fois plus que les autres ou en se sacrifiant pour les autres.

Le fait d’avoir toutes sortes de fantaisies sur ce que l’on est, ce que sont les autres ou ce qu’est la vie n’est pas en soi quelque chose qu’il faudrait Ă©liminer (d’ailleurs, on ne le peut pas!). Par contre confondre ces fantaisies avec la rĂ©alitĂ©, CROIRE que ces fantaisies sont rĂ©elles nous est fortement dommageable en ce que cela nous Ă©loigne peu Ă  peu de la santĂ© mentale.

Ce qui est pour moi quasi-incomprĂ©hensible, je l’ai dĂ©jĂ  Ă©voquĂ© au dĂ©but de cet article, c’est l’acharnement avec lequel nous nous „accrochons“ frĂ©nĂ©tiquement Ă  nos fantaisies mĂŞme (et surtout) lorsqu’elles sont nĂ©gatives et nous dĂ©truisent Ă  petit feu.

Au dĂ©but de ma carrière en tant que psychothĂ©rapeute, je travaillais avec une connaissance qui me dit un jour qu’elle souffrait de „dĂ©pression endogène“ c’est Ă  dire de dĂ©pression qui survient de l’intĂ©rieur de la personne sans que l’on puisse dĂ©celer une cause extĂ©rieur (maladie, sĂ©paration, burn-out, etc…)
Un tantinet provocateur je lui rĂ©pondis que la „dĂ©pression endogène „ n’existait pas et que c’Ă©tait un nom donnĂ© par les mĂ©decins lorsqu’ils n’ont rien trouvé“.
Vous auriez dû voir à quel point elle devint furieuse et défendit sa „dépression endogène“ comme si sa vie en dépendait.

Il y a beaucoup d’explications Ă  la „dissonance cognitive“:
– L’Ă©cart entre nos croyances et la rĂ©alitĂ© crĂ©e des tensions psychiques internes que nous essayons de diminuer, par exemple en niant les faits.
– Ces tensions peuvent aller jusqu’à provoquer des souffrances psychiques et mĂŞme physiques : Le choix inconscient que nous faisons est : PlutĂ´t rejeter la rĂ©alitĂ© que souffrir.
– Nous ne voulons pas passer pour des imbĂ©ciles qui ont eu des croyances qui se rĂ©vèlent ĂŞtre fausses.
– Il y a bien d’autres explications que je n’analyserais pas ici et qui ont toutes, Ă  mon avis, un fond partiel de vĂ©ritĂ© mais elles ne suffisent pas Ă  expliquer cet acharnement incroyable Ă  dĂ©fendre ses croyances en dĂ©pit de preuves Ă©videntes et flagrantes de leur faussetĂ©.

Je voudrais proposer ici une thĂ©orie: Je crois qu’il s’agit de quelque chose de bien plus fort qu’une dissonance cognitive, une tension interne, une souffrance psychique ou mĂŞme la crainte de passer pour un imbĂ©cile.
Je suppose qu’il s’agit de ce que les bouddhistes nomment l’identification. C’est Ă  dire que nous nous identifions Ă  ce que nous faisons, Ă  ce que nous possĂ©dons, Ă  nos pensĂ©es ou Ă  nos Ă©motions. Un automobiliste en attaque un autre qui a provoquĂ© une aile froissĂ©e car il s’identifie Ă  son auto. C’est comme si l’aile froissĂ©e Ă©tait une part de lui-mĂŞme qui a Ă©tĂ© agressĂ©e et blessĂ©e… Il faut comprendre que l’identification dĂ©clenche en nous des rĂ©actions physiques et Ă©motionelles de survie (combattre, fuir ou se „statufier“).
Si je m’identifie Ă  une croyance, quelle qu’elle soit, et que cette croyance est (ou semble) attaquĂ©e, je vais rĂ©agir COMME SI MOI j’Ă©tais attaquĂ© et ceci avec la MĂŠME energie extraordinaire que lorsqu’il s’agit vraiment de survivre. Je vais dĂ©fendre mes croyances, mon honneur, ma position sociale, mon auto ou mon nom comme s’il s’agissait de ma VIE. Les faits divers des journeaux ne racontent pas autre chose…

Deux anecdotes:
1) Je participais Ă  un sĂ©minaire EST TRAINING (aujourd’hui FORUM) et l’entraineur nous dit : „Si tu t’identifies Ă  tes lunettes et qu’elles tombent dans la rue tu vas te jeter par terre pour les sauver AU RISQUE DE TE FAIRE ÉCRASER“. Ă€ l’Ă©poque je ne l’avais pas compris et pas crĂ» jusqu’Ă  ce que…
2) …je dirige un sĂ©minaire en Ardèche. Jeudi est jour de repos et nous faisons du canoĂ©. Je tombe Ă  l’eau, ce qui n’est pas grave. Mais ma sandale en plastique achetĂ©e AVEC JOIE le matin mĂŞme pour 10 Euros commence Ă  glisser de mon pied. Je ne panique pas, respire un bon coup et nage sous l’eau pour attacher ma sandale. Je ne rĂ©ussis pas, remonte en surface, respire et retourne sous l’eau sans mieux rĂ©ussir. A la 3ème fois j’ai la prĂ©sence d’esprit de me dire: „Edmond, choisis: Toi ou la sandale“. Je laisse la sandale sombrer dans la rivière…Pendant une heure je continue Ă  regretter ma sandale perdue jusqu’Ă  ce qu’avec le groupe nous achetons des glaces dans un cafĂ©. Je prends une coupe Danemark et soudain j’Ă©clate de rire: Elle coĂ»tait 10 Euros, comme ma sandale pour laquelle J’avais failli risquer ma vie… Ce jour-lĂ  je compris ce que l’entraineur de EST avait voulu dire avec sa paire de lunettes.

Nous nous identifions Ă  presque n’importe quoi: Notre mĂ©tier, notre entreprise, nos livres, notre honneur, notre femme ou notre mari, nos parents, nos enfants, notre parti politique, notre Ă©quipe de foot-ball, notre pays, notre voiture (des gens sont morts pour une rayure de carrosserie)…

Il n’est pas question ici d’approfondir le concept d’identification dans le bouddhisme mais juste de proposer l’hypothèse suivante: „Nous dĂ©fendons nos croyances comme si nous dĂ©fendions nos vies car nous nous identifions Ă  elles. Qui attaque mes croyances m’attaque moi et je les dĂ©fendrais comme s’il y allait de ma vie“.

Je crois (!) que c’est la seule explication possible pour rendre compte de l’extraordinaire rĂ©sistance aux faits, l’aveuglement, le dĂ©ni, le rejet, les Ă©motions et la violence de ceux qui dont les croyances sont mises en cause.

P.S.: Je pense Ă  „Land for Peace“, au „Processus d’Oslo“, Ă  „Deux Etats pour deux peuples“, au soi-disant „processus de paix“ et Ă  tant d’autres chimères.