Enfant cachĂ© pendant la Shoah, Maurice Rapovich a vĂ©cu les 76 annĂ©es de sa vie en France; mais aujourd’hui, il dit que la situation est intenable et qu’il quitte la France pour IsraĂ«l, et il est loin d’ĂŞtre le seul.
Ă€ l’âge de 76 ans, Maurice Rapovich a dĂ©cidĂ© que s’en Ă©tait assez. Il a passĂ© toute sa vie en France, il a perdu sa mère, sa sĹ“ur et son frère dans la Shoah, toute sa famille, il a servi dans l’armĂ©e française et a trouvĂ© sa vocation de mĂ©decin. Mais suite Ă la montĂ©e de l’antisĂ©mitisme dans son pays, il a dĂ©cidĂ© de tout laisser derrière et de s’installer en IsraĂ«l.
Maurice a d’abord fait face aux manifestations d’antisĂ©mitisme Ă un jeune âge, aux mains des envahisseurs nazis de France. «J’avais quatre ans quand ils sont venus pour les Juifs, et je me suis Ă©chappĂ© le 16 Juillet 1942″ dit-il.
Il a passé la guerre comme un enfant caché dans les maisons des gens qui ont eu pitié de lui. À la fin de la guerre, il se rendit compte que sa mère Ida, sa sœur Susan et son frère Samuel avaient été tués. Seulement lui et son père Hermann sont restés vivants.
Ă€ l’Ă©cole pendant la pĂ©riode d’après-guerre, Maurice a souvent souffert de harcèlement en raison de sa religion. Des Ă©pithètes comme «sale Juif», ce qui a conduit Ă de nombreux combats. Mais les temps ont changĂ© et l’environnement a aussi changĂ©, et l’antisĂ©mitisme s’est tournĂ© court. Une des causes de ce changement Ă©tait la vie de la communautĂ© juive. « Tout a Ă©tĂ© protĂ©gĂ©, comme dans une bulle, » dit-il.
En 1958, après avoir Ă©tĂ© diplĂ´mĂ© de l’Ă©cole secondaire Ă Paris, Maurice a rejoint l’armĂ©e française et a servi avec le Corps BlindĂ© en Normandie. En 1961, il Ă©pouse Nicole et a commencĂ© Ă Ă©tudier la mĂ©decine. Le couple a eu deux enfants et Maurice a ouvert un cabinet privĂ©. Pendant 36 ans, il a servi comme mĂ©decin Ă toute personne qui frappait Ă sa porte et demandait de l’aide.
« Je ne me souviens pas qu’il y est eu de l’antisĂ©mitisme dirigĂ© contre moi ou ma famille», dit-il. « Les patients de la clinique ne me voient pas comme rien de plus que leur mĂ©decin. Il y avait des musulmans et des chrĂ©tiens, et tout le monde me traitait comme tout le monde ».
Au cours de la dernière dĂ©cennie, cependant, il y a eu un changement dans l’atmosphère et le changement progressif dans la balance du pouvoir, avec le renforcement de la population musulmane et la croissance du radicalisme arabe.
« Le paysage humain a changĂ© dans des quartiers entiers, oĂą il n’y a pas seulement des EuropĂ©ens, mais aussi les musulmans arabes, et au fil du temps, vous pouvez voir de plus en plus un tenue vestimentaire islamique, qui n’avait pas Ă©tĂ© si visible avant dans les rues, » dit-il.
« Dans la dernière dĂ©cennie, il y a eu le sentiment que les banlieues de plusieurs villes europĂ©ennes sont devenues un bastion de l’Islam, et lorsque vous entrez, vous vous sentez comme si vous Ă©tiez sur un sol Ă©tranger, dans la terre de l’Islam. C’est ce qui a conduit Ă ma dĂ©cision de quitter la France.
Maurice souligne que, dans sa vie d’adulte, il n’a pas Ă©tĂ© attaquĂ© personnellement pour ĂŞtre juif, mais il estime que la situation s’aggrave et il ne veut pas attendre que ce soit plus grave.
«Aujourd’hui, nous ne sommes pas loin de voir les musulmans radicaux et l’État islamique dans les grandes villes europĂ©ennes, et alors il pourrait ĂŞtre trop tard. »
Au cours des dernières annĂ©es, il y a eu augmentation de la dĂ©lĂ©gitimation d’IsraĂ«l et une hausse parallèle du racisme et de l’antisĂ©mitisme. Cette tendance a Ă©tĂ© encore aggravĂ©e au cours des deux dernières annĂ©es, en particulier Ă la lumière du fait que l’islam radical est en croissance en Europe occidentale.
Compte tenu de la situation, il semble clair, qu’il est difficile de maintenir une vie normale dans les communautĂ©s juives d’Europe occidentale, en particulier en France et en Belgique. Il y a des dommages visibles sur des propriĂ©tĂ© dont les propriĂ©taires sont identifiĂ©s en tant que Juifs, tels que les magasins ou les synagogues alimentaires casher, aux cĂ´tĂ©s de cas quotidiens de harcèlement, de violence verbale et d’autres formes de haine.
La plupart des cas ne sont pas traitĂ©s par la police, d’une part en raison d’un dĂ©faut de dĂ©poser une plainte par crainte de vengeance, et d’autre part en raison d’un manque d’outils juridiques pour traiter les dĂ©linquants.
Compte tenu de la situation, de nombreux Juifs en Europe – et de France en particulier – ne sont pas « dĂ©clarant » de leur religion. Ils ont cessĂ© de porter leur kippa, du moins en public, ont enlevĂ© le mezouzot des portes de leurs maisons et plus. DĂ©guiser son identitĂ© juive est commun dans les grandes villes en France, telles que Paris, Lyon et Marseille, oĂą il y a de grandes communautĂ©s juives.
La situation politique complexe d’IsraĂ«l est considĂ©rĂ©e sur la scène internationale, notamment en Europe. Cela a donnĂ© lieu Ă une situation dans laquelle l’antisĂ©mitisme est dĂ©guisĂ© parmi les positions politiques idĂ©ologiquement lĂ©gitimes contre IsraĂ«l.
Les mĂ©dias europĂ©ens ne sont pas favorables Ă IsraĂ«l. On pouvait le voir clairement pendant l’opĂ©ration Ă Gaza cet Ă©tĂ©, dans la façon dont les journalistes Ă©trangers ont informĂ©s sur la façon de dĂ©peindre IsraĂ«l.
Rapovich dit qu’il croit que l’argent qui soutient les mĂ©dias français provient de pays musulmans du Moyen-Orient, crĂ©ant ainsi une image nĂ©gative d’IsraĂ«l et de haine des Juifs dans le monde entier.
Dans le cadre des efforts visant Ă crĂ©er un environnement plus favorable aux Juifs, il y a deux semaines, le Fonds national juif a tenu une confĂ©rence en IsraĂ«l intitulĂ© «IsraĂ«l aujourd’hui et demain », qui visait Ă montrer des dignitaires – pas nĂ©cessairement juifs – la rĂ©alitĂ© israĂ©lienne comme elle est, et contrer l’image problĂ©matique de pays en Europe. Elle avait Ă©tĂ© prĂ©cĂ©dĂ©e par une confĂ©rence tenue en FĂ©vrier dernier Ă Paris, en prĂ©sence de milliers de Français qui voulaient aussi voir le «vrai IsraĂ«l».
Rapovich prĂ©tend que le Français moyen ne comprend pas le sionisme ou mĂŞme sait ce qu’est IsraĂ«l. Ses opinions sont formĂ©es par les mĂ©dias Ă laquelle il est exposĂ©.
« Le problème est qu’il y a une dualitĂ© d’ĂŞtre un citoyen de l’État et d’ĂŞtre un Juif. La plupart des Juifs se considèrent avant tout comme citoyens et alors seulement en tant que Juifs, d’oĂą la difficultĂ© en matière. »
MĂŞme ainsi, les donnĂ©es montrent un changement dans la pensĂ©e parmi les Juifs de France. Depuis le dĂ©but de l’annĂ©e, 6000 immigrĂ©s ont fait leur chemin de la France vers IsraĂ«l, plutĂ´t que 2900 en 2013.
Cette Ă©norme augmentation montre que ce n’est pas seulement les Juifs religieux qui souhaitent maintenir un mode de vie religieuse qui viennent en IsraĂ«l, mais aussi les familles qui comprennent qu’il est important de prĂ©server leur judĂ©itĂ© pour la prochaine gĂ©nĂ©ration, car aujourd’hui en France, cela semble peu plausible.




