La Knesset a votĂ©. Mais la loi instaurant la peine de mort pour les terroristes, adoptĂ©e en deuxième et troisième lectures avec 62 voix pour, n’a pas attendu vingt-quatre heures avant de se retrouver sous le feu des tribunaux. Et les avertissements qui viennent du monde acadĂ©mique et juridique ne sont pas des formules de prĂ©caution : ils dessinent le contour d’une loi que ses dĂ©tracteurs considèrent fondamentalement viciĂ©e.
Le professeur Adam Shinar, spĂ©cialiste de droit Ă l’universitĂ© Reichman, a dĂ©crit dans une interview Ă la radio 103FM une situation qui l’inquiète profondĂ©ment. Il a tirĂ© une comparaison explicite avec l’Afrique du Sud de l’apartheid : « LĂ -bas aussi, il existait une ligne de dĂ©marcation nationale. » Ă€ son estimation, la Cour suprĂŞme annulera la loi. walla
L’argument central de Shinar repose sur le principe d’Ă©galitĂ© devant la loi. Il explique que la rĂ©daction du texte fait en sorte que la peine de mort s’applique au terrorisme palestinien mais non au terrorisme juif. « Le code pĂ©nal Ă©tablit que le traitement de celui qui commet un crime doit ĂŞtre Ă©gal, sans distinctions de religion ou de nationalité », a-t-il prĂ©cisĂ©. walla Pour illustrer le problème, il a citĂ© le cas de Baruch Goldstein comme exemple : un homme qui massacre des dizaines de personnes pour des motifs nationalistes ne serait pas passible de la peine de mort selon le texte actuel, tandis qu’un Palestinien commettant un acte identique le serait. walla Cette rĂ©alitĂ© d’une peine appliquĂ©e selon l’appartenance nationale est le cĹ“ur de la critique constitutionnelle.
Shinar a Ă©galement soulevĂ© la question de l’efficacitĂ© : il n’existe aucune preuve empirique que la peine de mort produise un effet dissuasif, et certainement pas face Ă des terroristes qui dĂ©clarent d’emblĂ©e leur disposition Ă mourir. Ă€ cela s’ajoute le fait qu’IsraĂ«l fait un choix diamĂ©tralement opposĂ© Ă la tendance mondiale : alors que la majoritĂ© des États abolissent la peine de mort, IsraĂ«l la rĂ©introduit, des dĂ©cennies après l’avoir utilisĂ©e dans le seul cas exceptionnel des criminels nazis. walla
Une difficultĂ© supplĂ©mentaire concerne la dĂ©finition lĂ©gale du mobile requis. Shinar soutient que si un terroriste prĂ©tend ne pas s’opposer Ă l’État d’IsraĂ«l mais seulement Ă l’occupation, il pourrait ne pas entrer dans le champ de la dĂ©finition de la loi. walla
Cette controverse juridique survient au lendemain de scènes inhabituelles Ă la Knesset. L’adoption de la loi, portĂ©e par Otzma Yehudit et le ministre Itamar Ben Gvir, s’est accompagnĂ©e de cĂ©lĂ©brations et d’applaudissements du cĂ´tĂ© de la coalition, tandis que des cris de « esclave de Ben Gvir » fusaient de l’opposition en direction du Premier ministre NĂ©tanyahou. walla
Ce qui se joue ici dĂ©passe le dĂ©bat technique. Une loi qui applique la mort de manière diffĂ©renciĂ©e selon la nationalitĂ© de l’auteur du crime — quelle que soit la rhĂ©torique utilisĂ©e pour la justifier — pose une question morale que les tribunaux vont examiner avec rigueur. La Cour suprĂŞme devra d’abord statuer sur la demande d’ordonnance provisoire. Si elle l’accorde, la loi sera suspendue pendant des mois. Si elle la refuse, la question de fond sera instruite tandis que le texte sera dĂ©jĂ en vigueur. Dans un pays en guerre, le droit ne s’arrĂŞte pas. Il se complique.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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