DES HOMMES OU DES DOMESTIQUES – Par RONY AKRICH

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Vous connaissez cet objet d’une suprĂŞme importance qu’est, de nos jours, la tĂ©lĂ©vision, celle-ci est une reproduction chimĂ©rique et illusoire de la Vie.

Le tĂ©lĂ©spectateur perd tout son temps Ă  scruter les vĂ©cus d’autrui et comme de bien entendu et vu l’existence se transforme en un grand spectacle, celui de vouloir devenir cĂ©lèbre.

Rien d’Ă©tonnant Ă  ce que la tentation suprĂŞme de l’ego soit de traverser l’écran, d’essayer d’exister au travers le dĂ©jĂ  vu Ă  la tĂ©lĂ©vision ! C’est-Ă -dire une image extra-plate, une image « vide. »

Quand tout est fait pour que nul ne se rende compte que l’immobilisme environnant ronronne, que le système fonctionne très bien et surtout qu’il permet de vendre tout et n’importe quoi.

L’homme postmoderne ne sait pas pourquoi il consomme, mais il consomme beaucoup. Il consomme plutôt n’importe quoi et n’importe comment, et surtout pour la frime.

Il a fait du centre commercial un «lieu de vie», son lieu de villĂ©giature aux heures de libertĂ©. Ses aĂŻeuls vivaient dans l’intĂ©rioritĂ© familiale, sociale et traditionnelle, lui  se rend vers les extĂ©rieurs d’une vie sans raison mais pleine d’intĂ©rĂŞt.

Le loisir est son ultime idĂ©al, son vrai D.ieu pour qui il payera sans calculer. Il ne s’engage jamais vers ce qui est nĂ©cessaire et bon marchĂ©, non, il va vers ce qui est en vogue, cela permet «d’aller se faire-voir» et de faire impression devant autrui. Dans de telles circonstances l’homme postmoderne devient très fragile, en vĂ©ritĂ© il est une aubaine, un pigeon commode Ă  harponner, commode Ă  manĹ“uvrer !

On a conçu pour cela une mĂ©thode de stimulation non nĂ©gligeable afin d’obtenir ce rĂ©sultat: la publicitĂ©.

Dans un monde  ayant une armature morale cohérente, on aurait pitié, et on n’abuserait pas de la crédulité, de la faiblesse et de la naïveté mais qui peut affirmer que notre société soit morale ?

C’est bien tout le contraire, s’il est un attribut particulier de la postmodernité, c’est son penchant démesuré pour le vice qu’elle a pu aisément convertir en valeur.

Regardons notre rĂ©alitĂ© bien en face, la sociĂ©tĂ© postmoderne est immorale. Elle a transformĂ© la moralitĂ© en rentabilitĂ©. Elle annihile la valeur de la nĂ©cessitĂ© pour la troquer contre celle d’une convoitise chimĂ©rique. Elle crĂ©e une  multitude  d’envies mensongères et maintient la croyance dans l’exigence de les exaucer.

Le summum serait d’octroyer Ă  la consommation de masse l’identitĂ© d’une culture. En hissant celle-ci au rang d’Ĺ“uvre absolue, en frappant Ă  coups de slogans, d’images et de publicitĂ©s, la thĂ©orie selon laquelle le bonheur s’identifie avec le fait d’avoir davantage, de dĂ©tenir constamment plus, se confirme.

Pour qu’elle demeure à  jamais, il faut maintenir la foi en la valeur des illusions et accorder un coût illimité à des leurres.

Tout cela nĂ©cessite un lavage de cerveau permanent afin d’Ă©craser toute ambition critique, constamment la conscience est refoulĂ©e vers le bas et l’on prend soin de capter l’intelligence par des petites choses, de lui enlever toute luciditĂ© et toute libertĂ©.

Les images de l’illusion saisissent l’intelligence et lui dĂ©montrent qu’elles sont sa seule vĂ©ritĂ©, elles crĂ©ent un sous-produit du monde rĂ©el oĂą le filet du conditionnement est efficient oĂą les avis les plus inconcevables peuvent avoir cours.

Maintenant l’individu a pu devenir en son corps et conscience un ĂŞtre soumis et domestiquĂ©: un homme Postmoderne.