L’encre du mĂ©morandum d’entente entre Washington et TĂ©hĂ©ran n’Ă©tait pas encore sèche que l’Iran agitait dĂ©jĂ la menace de tout remettre en cause. Alors que la cĂ©rĂ©monie officielle de signature Ă©tait fixĂ©e au vendredi 19 juin Ă Genève, des dĂ©clarations fracassantes du cĂ´tĂ© iranien ont semĂ© le doute sur la pĂ©rennitĂ© de l’accord, Ă peine quelques jours après l’annonce triomphale du prĂ©sident Trump.
Le Liban, Ă©pine dans le pied de l’accord
C’est le ministre iranien des Affaires Ă©trangères, Abbas Araghchi, qui a dĂ©clenchĂ© la crise. Dans des propos rapportĂ©s par les mĂ©dias israĂ©liens, il a affirmĂ© que toute attaque israĂ©lienne sur le Liban ou toute occupation de territoire libanais constituerait une violation directe de l’accord conclu avec les États-Unis. Plus encore, il a exigĂ© le retrait des forces israĂ©liennes des zones occupĂ©es lors des opĂ©rations rĂ©centes, posant cela comme condition incontournable Ă la poursuite des nĂ©gociations. Une dĂ©claration qui a immĂ©diatement provoquĂ© des tensions, IsraĂ«l refusant catĂ©goriquement tout retrait de sa zone de sĂ©curitĂ© dans le sud du Liban.
Le Hezbollah a renchĂ©ri en affirmant, par la voix de son bureau des relations publiques Ă l’agence Reuters, que l’Iran lui aurait donnĂ© des garanties formelles : TĂ©hĂ©ran ne signera aucun accord nuclĂ©aire dĂ©finitif avec les États-Unis tant qu’IsraĂ«l n’aura pas Ă©vacuĂ© le sud du Liban. La formule employĂ©e Ă©tait sans ambiguĂŻtĂ© : « Il n’y aura pas d’accord nuclĂ©aire entre l’Iran et les États-Unis si les IsraĂ©liens ne se retirent pas. » Le Hezbollah a nĂ©anmoins prĂ©cisĂ© que cette exigence constituait un objectif Ă nĂ©gocier après la signature du mĂ©morandum, et non un prĂ©alable Ă celui-ci.
De son cĂ´tĂ©, la tĂ©lĂ©vision d’État iranienne — entre les mains de factions dures du rĂ©gime — a prĂ©sentĂ© dès le premier jour l’accord en termes de capitulation amĂ©ricaine. L’accord en quatorze points, tel que publiĂ© par l’agence de presse iranienne Mehr, a Ă©tĂ© dĂ©crit comme « une reddition des États-Unis face Ă l’Iran ». Dans les couloirs du pouvoir Ă TĂ©hĂ©ran, des voix significatives ont parlĂ© de « soumission Ă Trump » et dĂ©noncĂ© le renoncement iranien au contrĂ´le du dĂ©troit d’Ormuz comme un cadeau fait aux ennemis du pays.
Ce que l’accord prĂ©voit — et ce qu’il laisse en suspens
Sur le fond, le mĂ©morandum d’entente signĂ© dans l’urgence ouvre soixante jours de nĂ©gociations pour parvenir Ă un accord dĂ©finitif sur le dossier nuclĂ©aire. Il prĂ©voit un arrĂŞt immĂ©diat et permanent des hostilitĂ©s sur tous les fronts, y compris au Liban, la levĂ©e du blocus maritime amĂ©ricain dans un dĂ©lai de trente jours, la rĂ©ouverture du dĂ©troit d’Ormuz selon des modalitĂ©s qu’Araghchi a dĂ©jĂ prĂ©cisĂ© vouloir co-rĂ©guler avec Oman — en contradiction partielle avec les dĂ©clarations de Trump qui promettait une ouverture « sans frais de passage ».
L’accord prĂ©voit Ă©galement le gel des avoirs iraniens sous sĂ©questre amĂ©ricain, qui deviendraient accessibles dès l’entrĂ©e en vigueur du mĂ©morandum, et une promesse d’un plan de reconstruction de l’Iran Ă hauteur de 300 milliards de dollars dans le cadre d’un accord final. En Ă©change, l’Iran s’engage Ă ne jamais dĂ©velopper l’arme nuclĂ©aire et Ă maintenir le statu quo de son programme d’enrichissement pendant toute la durĂ©e des nĂ©gociations. Les inspecteurs de l’Agence internationale de l’Ă©nergie atomique seraient autorisĂ©s Ă revenir sur le sol iranien.
Ce qui reste en suspens est considĂ©rable. Le sort de quelque 9 000 kilogrammes d’uranium enrichi — dont environ 450 kilos Ă haut degrĂ© d’enrichissement — n’a pas Ă©tĂ© tranchĂ©. La question des missiles balistiques iraniens a purement et simplement Ă©tĂ© exclue des discussions. Le financement des organisations proxy de l’Iran dans la rĂ©gion — Hezbollah en tĂŞte — n’est pas davantage abordĂ©. Des responsables du renseignement amĂ©ricain, Ă commencer par le directeur de la CIA John Ratcliffe, ont d’ores et dĂ©jĂ fait part au prĂ©sident Trump de sĂ©rieux doutes quant Ă la volontĂ© rĂ©elle de TĂ©hĂ©ran de respecter ses engagements dans un accord final.
Le secrĂ©taire d’État Marco Rubio et le secrĂ©taire Ă la DĂ©fense Pete Hegseth ont Ă©galement exprimĂ© en interne des rĂ©serves significatives. Ă€ l’inverse, le vice-prĂ©sident Vance et les envoyĂ©s Steve Witkoff et Jared Kushner ont soutenu l’accord.
Israël silencieux, mais inquiet
Ă€ JĂ©rusalem, la discrĂ©tion a Ă©tĂ© de mise dans les heures qui ont suivi l’annonce de Trump. Netanyahou s’est abstenu d’attaquer frontalement le mĂ©morandum, mais un communiquĂ© de son bureau a reconnu implicitement que l’accord actuel ne permettait pas de remplir les objectifs israĂ©liens dans la guerre, tout en soulignant l’engagement de Trump Ă les intĂ©grer dans les nĂ©gociations futures. La promesse du prĂ©sident amĂ©ricain inclurait le retrait complet de l’uranium enrichi, le dĂ©mantèlement des infrastructures d’enrichissement, la limitation du programme de missiles et la fin du soutien iranien aux groupes terroristes rĂ©gionaux.
Trump, de son cĂ´tĂ©, n’a pas mâchĂ© ses mots Ă l’Ă©gard du Premier ministre israĂ©lien. Dans des dĂ©clarations au New York Times, il a accusĂ© Netanyahou d’avoir failli faire s’effondrer l’accord en ordonnant le bombardement de la banlieue sud de Beyrouth, la Dahiya, quelques heures seulement avant la conclusion des nĂ©gociations. « Il doit agir avec plus de responsabilitĂ© concernant le Liban. Je n’ai pas aimĂ© le fait que deux heures avant que nous allions signer l’accord, il y ait eu une attaque au Liban. C’Ă©tait brutal », a dĂ©clarĂ© le prĂ©sident amĂ©ricain en marge du sommet du G7.
Du cĂ´tĂ© iranien, la version de l’agence Fars a prĂ©cisĂ© que TĂ©hĂ©ran avait effectivement annulĂ© les nĂ©gociations suite au bombardement de la Dahiya, se prĂ©parant Ă riposter militairement contre IsraĂ«l — avant que des concessions de dernière minute de Trump, incluant le maintien de l’intĂ©gritĂ© territoriale du Liban et la levĂ©e immĂ©diate du blocus, ne convainquent finalement TĂ©hĂ©ran de renoncer Ă sa contre-attaque.
La signature de Genève reste donc programmĂ©e — avec Ă ses cĂ´tĂ©s une sĂ©rie de points d’interrogation qui transforment ce qui devait ĂŞtre un tournant historique en un Ă©quilibre prĂ©caire, suspendu entre la volontĂ© amĂ©ricaine de clore le dossier et la tentation iranienne d’en tirer le maximum.
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