Crise grave : le Tchad et le Venezuela annoncent leur retrait de la Cour de La Haye

La Cour pénale internationale de La Haye traverse l’une des crises les plus graves de son histoire. Parallèlement à la destitution du procureur en chef Karim Khan et à l’ouverture de la procédure de sélection d’un remplaçant, la tendance des États décidant de quitter l’institution ne cesse de s’accentuer. Le dernier en date est le Tchad, qui a annoncé hier (lundi) l’ouverture de sa procédure officielle de retrait, quelques jours à peine après que le Venezuela a fait une démarche similaire.

Le Tchad devient ainsi le cinquième pays à entamer, ces derniers mois, une procédure de retrait, après le Venezuela, le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Le Burundi et les Philippines avaient déjà, auparavant, achevé leur départ.

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Dans son communiqué, le gouvernement tchadien indique que la décision a été prise après un examen approfondi de l’activité de la Cour depuis son entrée en fonction en 2002. Selon lui, l’efficacité de l’institution est « limitée et inégale », et son activité se concentre principalement sur les pays africains.

Selon le gouvernement, réuni à N’Djamena, sur les 13 enquêtes ouvertes depuis la création de la Cour, neuf ont concerné des pays africains et seulement quatre d’autres régions du monde. Il est également avancé que, sur les sept détenus actuellement aux mains de la Cour, six sont liés à des affaires originaires d’Afrique.

Le ministre des Affaires étrangères du Tchad, Abdoulaye Sabre Fadoul, a déclaré que son pays ne se sent plus en phase avec le mode de fonctionnement actuel de la Cour. Selon lui, les développements récents devraient également pousser d’autres États membres africains à réexaminer leur position, ajoutant qu’il n’est plus possible d’accepter ce qu’il a qualifié de « système d’application à deux vitesses ».

Fadoul a toutefois souligné que la décision de retrait n’avait pas été prise sous la pression américaine, bien que son ministère ait publié la semaine dernière un communiqué indiquant que le vice-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines, Frank Garcia, lui avait fait part des inquiétudes de Washington quant au fonctionnement de la Cour et avait appelé le Tchad à réexaminer son appartenance au Statut de Rome.

Le Venezuela a lui aussi annoncé, en fin de semaine, avoir ouvert sa procédure officielle de retrait. Ce pays, où la Cour menait une enquête pour crimes contre l’humanité présumés attribués au gouvernement précédent dirigé par Nicolas Maduro, a affirmé que l’institution était biaisée et se concentrait de façon disproportionnée sur les pays non occidentaux.

Ces retraits récents interviennent dans le contexte d’une campagne diplomatique menée par les États-Unis contre la Cour. Washington a menacé d’imposer des sanctions supplémentaires, a qualifié l’activité de l’institution de « menace intolérable pour la souveraineté américaine », et, selon des sources ayant discuté avec Reuters, aurait même envisagé de faire pression sur d’autres pays pour qu’ils quittent l’institution.

Malgré la crise, la Cour a précisé, après la destitution du procureur en chef Karim Khan, qu’elle continuerait de remplir sa mission et de promouvoir la responsabilité juridique et la justice pour les victimes de crimes graves. Parallèlement à cette série de retraits, le nouveau gouvernement hongrois dirigé par Peter Magyar a fait adopter une loi rétablissant l’adhésion du pays à la Cour, alors que le gouvernement précédent, dirigé par Viktor Orban, avait décidé de quitter l’institution.

En attendant l’élection d’un nouveau procureur, le bureau du procureur sera dirigé par les deux procureures adjointes actuellement en fonction, Nazhat Shameem Khan des Fidji et Mame Mandiaye Niang du Sénégal. Des experts en droit international estiment toutefois que trouver un remplaçant à Khan sera une tâche particulièrement complexe. Selon eux, la pression exercée par les États-Unis sur la Cour pourrait dissuader des candidats sérieux de se présenter pour ce poste.

Sur les tensions persistantes entre Israël et la Cour de La Haye, plusieurs de nos articles permettent d’approfondir le sujet : notre article sur la déclaration de la Maison Blanche affirmant qu’Israël ne peut pas être jugé par le tribunal de La Haye, ainsi que notre article sur l’appel de Netanyahu à des sanctions internationales contre la Cour pénale internationale.