Depuis la reprise des combats il y a une semaine, au moins trois, peut-ĂŞtre quatre soldats amĂ©ricains ont Ă©tĂ© tuĂ©s, portant le bilan total depuis le dĂ©but de la guerre Ă 17 ou 18 morts et plus de 430 blessĂ©s. Alors que le Pentagone renforce sa prĂ©sence aĂ©rienne dans la rĂ©gion et que l’administration prĂ©pare une guerre plus large, des responsables amĂ©ricains avertissent que les stocks de moyens de dĂ©fense aĂ©rienne et de munitions s’amenuisent — le prĂ©sident Trump s’Ă©tant contentĂ© de qualifier la mort des soldats de « chose très triste ».
Selon le Washington Post, les États-Unis et l’Iran sont au bord d’une guerre totale renouvelĂ©e. Le cessez-le-feu, obtenu dans le cadre d’un mĂ©morandum d’entente bilatĂ©ral il y a environ un mois, s’est effondrĂ© après que l’Iran a attaquĂ© des navires marchands traversant le dĂ©troit d’Ormuz — un geste que TĂ©hĂ©ran a qualifiĂ© de riposte Ă une violation de l’accord, dĂ©clenchant une salve de frappes de reprĂ©sailles rĂ©ciproques.
Selon le CENTCOM, les frappes amĂ©ricaines de la nuit de samedi ont visĂ© des installations iraniennes de surveillance cĂ´tière et de dĂ©fense aĂ©rienne, des capacitĂ©s maritimes ainsi que des sites de stockage de missiles et de drones, en plus de forces des Gardiens de la rĂ©volution responsables d’attaques contre des soldats amĂ©ricains en Jordanie. L’Iran, de son cĂ´tĂ©, affirme que les forces amĂ©ricaines ont Ă©galement touchĂ© une centrale nuclĂ©aire en construction dans le sud-ouest du pays, Ă©tendu le cercle des tirs vers les pays du Golfe et frappĂ© pour la seconde fois consĂ©cutive une installation Ă©lectrique et hydraulique au KoweĂŻt, tandis que la Jordanie affirme avoir interceptĂ© trois missiles dirigĂ©s vers son territoire.
Des stocks qui s’amenuisent dangereusement
Derrière l’escalade affichĂ©e se cachent pourtant de rĂ©elles limites opĂ©rationnelles. Un responsable amĂ©ricain informĂ© des discussions internes de l’administration a expliquĂ© que l’extension des opĂ©rations serait freinĂ©e par des stocks amoindris de moyens de dĂ©fense aĂ©rienne et de munitions longue portĂ©e, ainsi que par la difficultĂ© Ă acheminer davantage de forces et d’appareils dans la rĂ©gion en raison des dĂ©gâts subis. « Nous n’avons pas assez pour maintenir cette activitĂ© en toute sĂ©curitĂ©, et je ne pense pas que la Maison Blanche en soit consciente », a-t-il averti.
Des experts militaires ont ajoutĂ© qu’au-delĂ des dĂ©gâts matĂ©riels et des stocks, les États-Unis ne sont pas prĂ©parĂ©s Ă une Ă©ventuelle opĂ©ration terrestre Ă l’intĂ©rieur mĂŞme de l’Iran — une option que Trump a refusĂ© d’Ă©carter la semaine dernière. « Je pense que ce serait une erreur de dĂ©ployer des forces terrestres sur la moindre Ă®le du dĂ©troit ou sur la cĂ´te », a estimĂ© Seth Jones, Ă la tĂŞte du dĂ©partement DĂ©fense et sĂ©curitĂ© du Centre d’Ă©tudes stratĂ©giques et internationales (CSIS) Ă Washington. « Je ne pense pas que les forces amĂ©ricaines soient prĂ©parĂ©es face Ă des frappes iraniennes Ă distance. »
L’administration amĂ©ricaine a observĂ© un silence quasi total dimanche, la seule prise de position officielle venant du secrĂ©taire Ă l’Énergie Chris Wright. Dans l’Ă©mission « This Week » d’ABC, il a affirmĂ© que le pĂ©trole continuait de circuler, que les informations faisant Ă©tat d’un quasi-arrĂŞt du flux dans le dĂ©troit d’Ormuz Ă©taient « erronĂ©es », et qu’en moyenne sept millions de barils par jour avaient franchi le passage avec succès la semaine dernière. Il a Ă©galement insistĂ© sur le fait que les prix de l’essence Ă©taient « moins chers en dollars par gallon » qu’au pic de la pĂ©riode du Covid « sous l’administration Biden » — alors mĂŞme que les prix ont bondi rapidement la semaine dernière pour atteindre environ 4 dollars le gallon. « Je ne sais pas Ă quelle station-service va le secrĂ©taire, mais avant la guerre, le prix moyen en Virginie Ă©tait de 2,81 dollars », lui a rĂ©pondu le sĂ©nateur Mark Warner, dĂ©mocrate de premier plan Ă la commission du renseignement du SĂ©nat, ajoutant : « Cette guerre Ă©lectorale a Ă©tĂ© un dĂ©sastre — sur le plan militaire, et dans la façon dont nous sommes perçus dans le monde. »
La mort des soldats a Ă©galement ravivĂ© les questions sur la sĂ©curitĂ© des forces amĂ©ricaines dans les bases de la rĂ©gion. Un militaire ayant servi dans le passĂ© Ă la base de Muwaffaq Salti en Jordanie, oĂą deux soldats ont trouvĂ© la mort, a expliquĂ© que nombre des structures prĂ©sentes sur place sont des conteneurs, des bâtiments mĂ©talliques et des tentes, incapables de rĂ©sister Ă des tirs de roquettes, de mortiers ou de drones — et que mĂŞme les bâtiments fortifiĂ©s ne peuvent protĂ©ger contre l’impact direct d’un missile balistique. DĂ©but mars dĂ©jĂ , un impact direct avait percĂ© les couches de protection de baraquements fortifiĂ©s du camp Arifjan au KoweĂŻt, dĂ©truisant environ la moitiĂ© de la structure. Le Pentagone, faut-il le prĂ©ciser, n’a plus tenu de point presse sur l’activitĂ© contre l’Iran depuis le 5 mai.
Parallèlement, le CENTCOM a resserrĂ© son blocus naval sur l’Iran, annonçant l’arraisonnement de sept navires marchands — six ont Ă©tĂ© dĂ©tournĂ©s de leur trajectoire et un septième immobilisĂ©. Au KoweĂŻt, l’armĂ©e a indiquĂ© que les systèmes de dĂ©fense aĂ©rienne fonctionnent dĂ©sormais contre des menaces de drones « hostiles », tandis qu’Ă Erbil, dans le Kurdistan irakien, le siège du parti d’opposition kurdo-iranien Komala a Ă©tĂ© touchĂ© — l’organisation en accuse l’Iran, affirmant que plus de 91 missiles et drones ont visĂ© ses installations depuis le dĂ©but de la guerre.
Pour prolonger cette lecture sur l’escalade militaire au Moyen-Orient, notre article sur le dĂ©menti du CENTCOM face aux affirmations iraniennes de pertes amĂ©ricaines et notre analyse sur l’AWACS amĂ©ricain dĂ©truit en Arabie saoudite apportent un Ă©clairage complĂ©mentaire sur le rapport de forces en cours.






