Un donneur juif, une famille chypriote et un couple arabe : un marathon de greffes rare en Israël

Patney Varli, 16 ans, danseuse originaire de Chypre atteinte d’un syndrome gĂ©nĂ©tique ayant affectĂ© la fonction de ses reins, a reçu en IsraĂ«l une greffe rĂ©nale après deux reports prĂ©cĂ©dents — l’un d’entre eux survenu Ă  cause de la guerre avec l’Iran. L’opĂ©ration s’est dĂ©roulĂ©e dans le cadre d’un marathon mĂ©dical de plus de douze heures, menĂ© conjointement au centre Schneider de mĂ©decine pĂ©diatrique et Ă  l’hĂ´pital Beilinson, oĂą quatre greffes croisĂ©es de rein ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es, reliant IsraĂ«l et Chypre et sauvant quatre personnes.

Patney Ă©tait arrivĂ©e en IsraĂ«l pour la troisième fois, accompagnĂ©e de sa mère. Deux fois auparavant, une date de greffe avait Ă©tĂ© fixĂ©e puis annulĂ©e — dans un des cas, le jour mĂŞme de son arrivĂ©e prĂ©vue en IsraĂ«l, alors qu’Ă©clatait la guerre avec l’Iran. La troisième tentative a enfin abouti, grâce Ă  une coopĂ©ration entre Schneider, Beilinson et le Centre national des greffes. Le marathon mĂ©dical a dĂ©butĂ© Ă  cinq heures du matin et s’est achevĂ© Ă  sept heures du soir ; tous les greffĂ©s ont depuis pu regagner leur domicile.

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La chaĂ®ne de greffes qui a sauvĂ© des vies a commencĂ© par Assaf Mor, donneur altruiste de 52 ans originaire de Hod Hasharon, mariĂ© et père de quatre enfants, qui a fait don d’un rein Ă  Patney. Mor, revenu en IsraĂ«l il y a deux ans après quatorze annĂ©es passĂ©es aux États-Unis, a racontĂ© avoir attendu des annĂ©es le bon moment pour concrĂ©tiser son dĂ©sir de donner : « Quand j’ai commencĂ© la dĂ©marche, je pensais sauver la vie d’une seule personne, je ne savais pas que mon petit rein allait offrir la vie Ă  quatre personnes. C’est devenu bien plus grand que ce que j’imaginais. »

Une chaîne de solidarité entre trois communautés

La chaĂ®ne de greffes s’est poursuivie Ă  Beilinson : la mère de Patney, qui ne s’Ă©tait pas rĂ©vĂ©lĂ©e compatible pour donner directement Ă  sa fille, s’est avĂ©rĂ©e compatible pour donner un rein Ă  Hana Chaaban, 27 ans, de Majd al-Krum, qui attendait depuis des annĂ©es une nouvelle greffe après qu’un rein transplantĂ© prĂ©cĂ©demment avait Ă©tĂ© endommagĂ© Ă  la suite du Covid. Par la suite, le mari de Hana a donnĂ© un rein Ă  un homme prĂ©nommĂ© NaĂŻl, et l’Ă©pouse de NaĂŻl a elle-mĂŞme donnĂ© un rein Ă  Orit — bouclant ainsi une chaĂ®ne de quatre greffes reliant un donneur israĂ©lien, une famille chypriote et des patients juifs, musulmans et chrĂ©tiens.

La Dr Sigal Eisner, directrice de l’unitĂ© de greffe rĂ©nale Ă  Schneider, qui a rĂ©alisĂ© l’opĂ©ration de Patney, a expliquĂ© que Chypre ne dispose pas de services d’hĂ©modialyse ni de programme de greffe rĂ©nale pĂ©diatrique, ce qui rendait la greffe urgente. « Quand nous avons terminĂ© l’opĂ©ration et compris que tout s’Ă©tait bien passĂ©, ce fut un immense soulagement. Nous savions combien de temps Patney et sa mère avaient attendu ce moment », a-t-elle confiĂ©.

La Dr Hadas Alfandari, mĂ©decin senior Ă  l’institut de nĂ©phrologie de Schneider, a soulignĂ© que les greffes croisĂ©es permettent de trouver des solutions mĂŞme en l’absence de compatibilitĂ© directe entre donneur et receveur, et que dans ce cas prĂ©cis, « grâce Ă  la volontĂ© de la famille de Patney de participer au processus, une chaĂ®ne s’est formĂ©e, offrant de l’espoir Ă  quatre patients ». La Pr Ruth Rahamimov, directrice de l’unitĂ© de greffe rĂ©nale Ă  Beilinson, a prĂ©cisĂ© que Hana, en raison d’une greffe antĂ©rieure et de transfusions sanguines reçues, avait dĂ©veloppĂ© de nombreux anticorps rendant difficile la recherche d’un donneur gĂ©nĂ©tiquement proche — ce qui rendait justement un don provenant d’une population gĂ©nĂ©tiquement Ă©loignĂ©e, comme celui de la mère de Patney, plus favorable Ă  la compatibilitĂ©.

Le Dr Evyatar Nesher, directeur du service des greffes Ă  Beilinson, qui a rĂ©alisĂ© les opĂ©rations en parallèle, a dĂ©crit la complexitĂ© logistique de l’Ă©vĂ©nement — dont le transport aĂ©rien de patientes depuis Chypre — soulignant que la coopĂ©ration mĂ©dicale entre les deux pays, portĂ©e par le Centre national des greffes d’organes, est devenue un mĂ©canisme structurĂ© de sauvetage mutuel de vies. « Chypre est un partenaire rĂ©el et solide, et chaque greffe rĂ©ussie renforce cette relation. Quatre greffes rĂ©nales croisĂ©es reprĂ©sentent un Ă©vĂ©nement Ă©mouvant, unique et très complexe », a-t-il expliquĂ©, prĂ©cisant que la rĂ©ussite n’a Ă©tĂ© possible que grâce Ă  des dizaines de membres du personnel mobilisĂ©s pour affronter une complexitĂ© logistique considĂ©rable.

La mère de Patney a racontĂ© que les reports successifs avaient Ă©tĂ© extrĂŞmement difficiles Ă  vivre : « Nous avons traversĂ© une longue pĂ©riode d’incertitude. Deux fois, nous avons cru arriver au moment tant attendu, et deux fois tout s’est arrĂŞtĂ© au dernier instant. Tout ce que nous voulions, c’Ă©tait voir Patney obtenir une chance de vivre mieux et en meilleure santĂ©. » Elle a ajoutĂ© que le moment oĂą elle a appris ne pas pouvoir donner directement Ă  sa fille, d’abord douloureux, s’est transformĂ© en double bonne nouvelle : « Nous avons alors dĂ©couvert que mon don pouvait aider une autre patiente, et que grâce Ă  la chaĂ®ne croisĂ©e, Patney recevrait aussi le rein qu’elle attendait tant. »

Mor, le donneur altruiste, a ajoutĂ© que son envie de donner l’accompagnait depuis des annĂ©es avant qu’il ne trouve l’occasion propice, alors qu’il Ă©tait bĂ©nĂ©vole chef de troupe scoute aux États-Unis : « Quand on donne, on reçoit davantage. Je n’ai pas le sentiment d’avoir donnĂ© un rein, pour moi ce n’est qu’un peu d’inconfort, et en Ă©change, toute ma vie je serai heureux de regarder celui que je vois dans le miroir. »

Sur le thème des dons d’organes salvateurs en IsraĂ«l, notre article sur la première greffe cardiaque rĂ©ussie Ă  l’hĂ´pital Hadassah et notre reportage sur les organes du petit Liad qui ont sauvĂ© d’autres enfants illustrent d’autres histoires marquantes de solidaritĂ© mĂ©dicale.