Des affrontements d’une violence inhabituelle ont Ă©clatĂ© dans la nuit de dimanche Ă lundi Ă Beit Shemesh, après l’arrestation d’un dĂ©serteur rĂ©sidant Ă Beitar Illit, transfĂ©rĂ© au commissariat de police de la ville. En rĂ©ponse Ă cette arrestation, des dizaines d’Haredim sont descendus dans la rue, ont bloquĂ© la route 10 Ă proximitĂ© et ont tentĂ© de prendre d’assaut l’enceinte du commissariat. Les policiers ont rĂ©pondu en lançant des grenades assourdissantes pour disperser la foule.
Selon les rapports, la police a perdu le contrĂ´le de la situation Ă un moment de la nuit, et les manifestants ont rĂ©ussi Ă pĂ©nĂ©trer Ă l’intĂ©rieur du commissariat. L’Ă©tendue complète des dĂ©gâts n’Ă©tait pas encore Ă©tablie au moment des premières informations. Des renforts importants du district de JĂ©rusalem et des unitĂ©s de Garde-frontières ont Ă©tĂ© dĂ©pĂŞchĂ©s sur place pour repousser les Ă©meutiers, avec usage de la force, dans le but d’empĂŞcher toute atteinte au bâtiment et aux forces de sĂ©curitĂ©.
La dĂ©claration officielle de la police est lapidaire mais grave : des fauteurs de troubles ont pĂ©nĂ©trĂ© dans l’enceinte du commissariat et mis le feu Ă de la vĂ©gĂ©tation aux abords. Les forces de l’ordre ont dĂ» intervenir activement pour les repousser.
« BrĂ»lez l’État » — le message de la mère
Dans ce contexte dĂ©jĂ tendu, un message de la mère du dĂ©serteur arrĂŞtĂ© a circulĂ© parmi les manifestants, contribuant Ă exacerber l’atmosphère. Le ton en est sans Ă©quivoque : « C’est sa mère qui vous parle — brĂ»lez l’État. » Une formulation qui a choquĂ© bien au-delĂ des cercles habituels du dĂ©bat sur la conscription haredim.
Le mouvement « Système Tseva Shahor » (Couleur noire), qui s’oppose Ă la conscription des Ă©tudiants de yeshivot, a pris ses distances avec la violence tout en s’en prenant frontalement Ă la police. Dans son communiquĂ©, il a exprimĂ© « son indignation face aux tentatives insensĂ©es de la police israĂ©lienne de restreindre les Ă©tudiants en Torah » tout en prĂ©cisant s’opposer Ă toute violence. Il a Ă©galement appelĂ© les forces de l’ordre à « éviter d’entraĂ®ner le public des fils de Torah et des yeshivot Ă devoir se dĂ©fendre par la force ».
Deux rabbins en colère
Les Ă©vĂ©nements de la nuit s’inscrivent dans un contexte de tension croissante autour de la question du service militaire des Haredim. Plus tĂ´t dans la soirĂ©e, lors d’un congrès du « Fonds du Monde de la Torah », deux des plus Ă©minents dirigeants du monde ultra-orthodoxe avaient pris la parole avec une virulence rare.
Le rav Dov Lando a dĂ©crit la situation comme « très grave », estimant que « la Torah et ceux qui l’Ă©tudient sont livrĂ©s au pillage et aux brigands ». Il a Ă©voquĂ© « un cĹ“ur saignant face Ă la grande angoisse dans laquelle sont plongĂ©s les Ă©tudiants en Torah, sous la menace des arrestations et le glaive de la conscription ». Appelant les Juifs de la diaspora Ă contribuer financièrement au fonds, il a lancĂ© un appel direct aux dĂ©cideurs : « Vous, comment n’avez-vous pas honte ? Ceux qui combattent la Torah et ceux qui l’Ă©tudient en Terre d’IsraĂ«l — ayez honte et soyez couverts de confusion, votre voie ne prospĂ©rera pas. »
Le rav Moshe Hillel Hirsch a abondĂ© dans le mĂŞme sens, Ă©voquant « une grande persĂ©cution » et dĂ©clarant : « Chaque jour, on cherche Ă faire encore plus de mal aux jeunes des yeshivot. » Il a appelĂ© Ă un changement d’approche : « Tout Juif dans le monde doit faire partie du Fonds du Monde de la Torah. »
La crise de Beit Shemesh n’est pas un incident isolĂ©. Elle est le symptĂ´me d’une fracture qui s’est approfondie depuis que la conscription des Haredim a commencĂ© Ă ĂŞtre appliquĂ©e de façon plus systĂ©matique, dans un contexte de guerre oĂą la question de l’Ă©galitĂ© de l’effort national est devenue explosive.
Ce sujet s’inscrit dans une tension de longue date que nous avions dĂ©jĂ analysĂ©e dans : Les combattants de la brigade « Hashmonayim » : fiertĂ© de l’armĂ©e israĂ©lienne et du judaĂŻsme, qui documente l’engagement d’une partie du monde haredi dans les rangs de Tsahal. Ă€ lire aussi pour le contexte policier : Perte de contrĂ´le face au gang SSQ : Ben Gvir a demandĂ© l’aide du Shin Bet, qui illustre les limites de l’autoritĂ© policière face Ă des phĂ©nomènes communautaires organisĂ©s.






