Le ministre iranien des Affaires Ă©trangères Muhammad Javed Zarif a critiquĂ© l’intervention des gardiens de la rĂ©volution et du guide suprĂŞme Ali Khamenei dans son travail diplomatique. En outre, Zarif a affirmĂ© que Qassem Suleimani, qui Ă©tait le commandant de la Force Qods des Gardiens de la rĂ©volution, essayait d’aider la Russie Ă violer l’accord nuclĂ©aire signĂ© entre l’Iran et les puissances en 2015. Zarif a entendu dire ces choses lors d’une conversation qu’il a eue il y a environ un an avec un journaliste du camp rĂ©formiste proche de lui, Said Laylaz, et a Ă©tĂ© divulguĂ© aux mĂ©dias.
La conversation, qui a eu lieu environ deux mois après l’assassinat amĂ©ricain de Suleimani Ă l’aĂ©roport de Bagdad, a Ă©tĂ© publiĂ©e pour la première fois sur le site Internet d’Iran International basĂ© Ă Londres, qui publie des informations en persan. Le ministère iranien des Affaires Ă©trangères a confirmĂ© la vĂ©racitĂ© de l’enregistrement, qui a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© dans le cadre d’un projet de documentation interne du travail du gouvernement Ă TĂ©hĂ©ran et n’Ă©tait pas destinĂ© Ă ĂŞtre publiĂ©.
Un porte-parole du ministère, Said Khatibzadeh, a dĂ©clarĂ© que les propos de Zarif avaient Ă©tĂ© sortis de leur contexte et qu’il examinerait la possibilitĂ© de publier l’enregistrement complet de sept heures, après avoir reçu l’approbation appropriĂ©e – afin d’en Ă©tablir l’exactitude. Il a ajoutĂ© que la publication de l’enregistrement de la conversation Ă©tait un « acte politique immoral ».
Dans sa conversation avec Laylaz, Zarif a accusĂ© les gardiens de la rĂ©volution d’ examiner chaque question sous l’angle de la sĂ©curitĂ© et que pendant ses annĂ©es au pouvoir, il a passĂ© plus de temps dans ses relations avec l’organisme paramilitaire qui rĂ©pond directement Ă Khamenei que dans tout autre domaine. Selon lui, l’influence de l’establishment sĂ©curitaire en Iran sur la diplomatie est plus grande que celle de ce dernier sur celle-ci.
« Dans la RĂ©publique islamique, la force militaire domine », a-t-on entendu dire Zarif dans l’enregistrement de la conversation. « J’ai beaucoup sacrifiĂ© dans le domaine diplomatique pour l’armĂ©e, plus que cela a agi pour aider et servir les relations Ă©trangères. » Dans une autre partie de la conversation, le ministre iranien des Affaires Ă©trangères a affirmĂ© que la dynamique entre son bureau et les gardiens de la rĂ©volution Ă©tait similaire Ă celle de la guerre froide.
Par exemple, Zarif a mentionnĂ© qu’en 2015, après avoir signĂ© l’accord nuclĂ©aire dont il Ă©tait un partenaire dans la promotion, Suleimani s’est envolĂ© pour la Russie «pour dĂ©truire ce que nous avions rĂ©alisé». Il a dĂ©clarĂ© que Moscou ne voulait pas voir le succès de l’accord, car l’amĂ©lioration des relations Iran-Occident Ă©tait contraire Ă ses intĂ©rĂŞts, et donc « a jetĂ© tout son poids » pour le contrecarrer.
Un autre problème dans lequel Zarif a directement critiquĂ© l’ancien commandant de la Force Qods Ă©tait ses liens Ă©troits et l’assistance qu’il a fournie au rĂ©gime de Bashar Assad en Syrie. Le ministre iranien des Affaires Ă©trangères a condamnĂ© l’utilisation d’avions de compagnies aĂ©riennes officielles iraniennes pour transfĂ©rer des armes et de la main-d’Ĺ“uvre vers la Syrie, ainsi que la dĂ©cision d’autoriser les avions de combat russes Ă traverser l’espace aĂ©rien de TĂ©hĂ©ran pour attaquer les terres du pays divisĂ©.
Les remarques de Zarif dans l’enregistrement indiquent en outre que mĂŞme après la mort de Suleimani lors d’une attaque contre un avion amĂ©ricain Ă Bagdad en janvier de l’annĂ©e dernière, les gardiens de la rĂ©volution ont continuĂ© Ă opĂ©rer derrière son dos. Ainsi, lorsqu’il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© d’attaquer des roquettes de base amĂ©ricaines en Irak en rĂ©ponse Ă l’assassinat du vĂ©nĂ©rĂ© gĂ©nĂ©ral iranien, des officiers supĂ©rieurs des Gardiens de la RĂ©volution ont personnellement informĂ© le Premier ministre irakien 45 minutes Ă l’avance.
Selon Zarif, l’avertissement a Ă©tĂ© transmis aux forces amĂ©ricaines, de sorte qu’il s’est avĂ©rĂ© que Washington Ă©tait au courant de l’attaque attendue avant mĂŞme que Zarif lui-mĂŞme en ait Ă©tĂ© informĂ©. avait Ă©tĂ© attaquĂ© par IsraĂ«l, Ă la date de l’appel.
Un autre incident auquel on entend parler Zarif dans l’enregistrement est la chute de l’avion ukrainien au- dessus du ciel de TĂ©hĂ©ran en janvier de l’annĂ©e dernière, un jour après l’attaque en Irak en rĂ©ponse Ă l’assassinat de Suleimani. Une roquette tirĂ©e par des milices opĂ©rant sous les auspices des Gardiens de la RĂ©volution a touchĂ© l’avion, qui s’est Ă©crasĂ© et les 176 de ses passagers ont Ă©tĂ© tuĂ©s. Seulement trois jours plus tard, les Ă©quipes ont acceptĂ© d’admettre qu’elles Ă©taient responsables de la catastrophe.
Zarif a dĂ©clarĂ© qu’il Ă©tait prĂ©sent Ă une rĂ©union du Conseil national de sĂ©curitĂ© Ă TĂ©hĂ©ran et qu’il a demandĂ© Ă deux officiers supĂ©rieurs des Gardiens de la rĂ©volution de fournir des explications, qui sont exigĂ©es par la communautĂ© internationale. Il a dĂ©clarĂ© que les deux hommes Ă©taient furieux contre lui et a exigĂ© qu’il nie via son compte Twitter les allĂ©gations d’un lien entre les tirs de roquettes en Irak et la chute de l’avion. « Je leur ai dit que si une roquette touchait un avion, ils me le diraient pour que nous puissions voir comment la situation pourrait ĂŞtre rĂ©solue », a-t-il ajoutĂ©. « Je suis prĂŞt Ă tĂ©moigner devant Dieu qu’ils me regardaient comme si j’avais niĂ© l’existence de Dieu. »
Les opinions en Iran sont partagĂ©es sur les raisons de la fuite de l’enregistrement de la conversation entre Zarif et son ami journaliste Laylaz. Certains pensent que cela visait Ă mettre en doute sa crĂ©dibilitĂ© et Ă lui nuire politiquement aux yeux du public iranien. D’autres commentateurs ont Ă©voquĂ© la possibilitĂ© qu’il s’agisse d’une tentative de la part du ministre des Affaires Ă©trangères de se distancier des Ă©checs diplomatiques de l’administration actuelle.
Muhammad Ali Abtahi, qui Ă©tait le vice-prĂ©sident Muhammad Khatami, a comparĂ© la fuite Ă la publication des archives nuclĂ©aires iraniennes, qu’IsraĂ«l a rĂ©vĂ©lĂ©es il y a trois ans. D’autres commentateurs ont suggĂ©rĂ© que les rĂ©vĂ©lations pourraient saper les efforts diplomatiques actuels de l’Iran dans les pourparlers sur un retour complet Ă l’accord nuclĂ©aire, qui a dĂ©butĂ© ce mois-ci Ă Vienne.
Selon Cena Azudi, chercheur Ă l’Institut de recherche amĂ©ricain «Atlantic Council», la publication de l’enregistrement «lie les mains» des Iraniens lorsqu’il s’agit de nĂ©gociations nuclĂ©aires. « Zarif est ainsi dĂ©peint comme une personne qui ne gagne pas la confiance dans son propre pays, et l’image qui se dĂ©gage de la conversation est celle d’une politique Ă©trangère dictĂ©e par un théâtre politique dirigĂ© par des responsables militaires », a-t-elle ajoutĂ©. « Zarif semble ĂŞtre un personnage sans influence. »
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