Il fait partie des hommes qui ont contribué à remodeler le Moyen-Orient. Le major D., officier estimé de la Direction du renseignement militaire (Aman), est responsable entre autres de la destruction des capacités les plus stratégiques du régime iranien — y compris l’élimination de la direction suprême. Son bulletin de salaire, rendu public ce samedi par Hadashot 14, révèle une réalité qui a provoqué un tollé immédiat : 8 600 shekels nets par mois, soit environ 2 200 euros. Avec les différents ajustements de paiement, le total grimpe péniblement à 9 700 shekels.
Ce chiffre est d’autant plus saisissant qu’il intervient après une récente augmentation de 10%. Autrement dit, avant cette revalorisation, l’officier gagnait encore moins — tout en portant sur ses épaules certaines des responsabilités les plus lourdes de l’État d’Israël.
L’entourage du major D. dresse un portrait qui accentue encore le malaise. Cet officier n’a pas mis les pieds chez lui depuis deux mois consécutifs. Sa femme est enceinte à un stade avancé. Ses deux jeunes filles l’attendent à la maison. Il n’y a pas eu de permission, pas de week-end de retour, pas de pause — pendant que l’opération contre l’Iran était planifiée et exécutée dans les profondeurs d’une unité de renseignement dont la plupart des Israéliens ne connaissent ni le nom ni l’existence.
La comparaison avec les réservistes rend le tableau encore plus difficile à digérer. En Israël, le salaire des soldats mobilisés en réserve est calculé sur la base de leur revenu civil — ce qui signifie que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes rappelés sous les drapeaux depuis le 7 octobre 2023, puis à nouveau pour l’opération contre l’Iran, perçoivent des indemnités qui reflètent leur salaire du secteur privé. Un avocat, un ingénieur, un médecin réserviste peut ainsi toucher deux, trois, voire quatre fois le salaire mensuel de cet officier de carrière dont le travail a permis la frappe qui a décapité le régime iranien.
Des officiers des unités de renseignement et d’opérations ont accepté de parler à Hadashot 14, avec une lucidité sobre : « Nous continuerons à servir avec fierté et la tête haute. Mais on ne peut pas nous prendre pour acquis. Certains d’entre nous sont pères de famille. Il ne peut pas être acceptable qu’au lieu que notre préoccupation principale soit la prochaine cible sur le champ de bataille, ce soit de savoir ce que les enfants mangeront le vendredi soir. »
Cette phrase résume une fracture profonde dans la relation entre l’armée de carrière israélienne et l’État qui l’emploie. Les soldats permanents — ceux qui restent, qui ne rentrent pas, qui travaillent dans le silence total et l’anonymat des unités classifiées — sont structurellement moins bien rémunérés que leurs homologues du privé ou que les réservistes mobilisés. Ce paradoxe n’est pas nouveau, mais la guerre contre l’Iran l’a mis sous une lumière crue et publique, à travers un simple bulletin de paie devenu symbole d’une injustice systémique.
La révélation du salaire du major D. intervient dans un contexte où les débats sur la rémunération des soldats de carrière, la conscription des ultra-orthodoxes, et l’équité du fardeau militaire ont déjà fracturé la société israélienne pendant des mois. Ce bulletin de salaire ne règle rien — mais il dit, en quelques chiffres, ce que les discours officiels peinent à formuler : ceux qui font le travail le plus dangereux et le plus secret ne sont pas ceux qui sont le mieux payés pour le faire.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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