Le quinzième jour du conflit, Emmanuel Macron a choisi de monter en première ligne diplomatique. Le président français a publié ce samedi un message en hébreu et en arabe sur le réseau X, annonçant qu’il avait eu des entretiens avec le président libanais Joseph Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam et le président du Parlement Nabih Berri. Le bilan de ces conversations : le gouvernement libanais s’est dit prêt à des pourparlers directs avec Israël. Macron a immédiatement saisi l’occasion pour appeler Israël à « saisir l’opportunité, ouvrir des discussions et parvenir à un cessez-le-feu » — et proposé Paris comme lieu de rencontre.
« Il faut prendre toutes les mesures pour éviter que le Liban ne sombre dans le chaos », a écrit Macron. Il a également demandé au Hezbollah de cesser « immédiatement » l’escalade qu’il alimente, et à Israël de renoncer à une offensive de grande ampleur. Ce double appel — à Beyrouth et à Jérusalem — est la marque de fabrique du positionnement français : équidistant dans le discours, engagé dans la pratique.
קיימתי אתמול שיחות עם הנשיא עאון, עם ראש הממשלה סלאם ועם יושב ראש הפרלמנט ברי… — Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) March 14, 2026
Près d’un million de déplacés en quelques jours
Ce qui se passe au Liban depuis le déclenchement du conflit dépasse en vitesse tout ce que le pays a connu. Plus de 800 000 personnes ont quitté leurs foyers depuis le début de la guerre, après que le Hezbollah a ouvert le feu sur les localités du nord d’Israël en réaction à l’élimination du guide suprême iranien Ali Khamenei. Lors de la précédente guerre, un million de déplacés avaient été enregistrés — mais sur plusieurs mois. Cette fois, c’est arrivé en quelques jours.
Les témoignages recueillis par l’agence AP donnent une image concrète de ce que vivent les civils libanais. Fatima Nzaha, qui se déplace en fauteuil roulant, dormait dans la rue depuis deux jours après avoir fui les banlieues sud de Beyrouth, suite à un ordre d’évacuation massif de Tsahal. Les écoles converties en abris étaient déjà pleines, les hôtels inaccessibles. Elle et son mari ont finalement trouvé de la place dans un stade de sport. Leurs enfants et petits-enfants sont hébergés près de la ville côtière de Sidon.
Au stade utilisé comme abri de fortune par le gouvernement libanais, plus de 800 personnes dorment dans les coursives semi-ouvertes. Il y a des toilettes et des lavabos, mais ni douches ni électricité stable. Les organisations d’aide, déjà exsangues financièrement, sont débordées. Matthew Luciano, chef de l’Organisation internationale pour les migrations au Liban, a résumé la situation : « Les besoins augmentent beaucoup plus vite que notre capacité à répondre. »
La frustration contre le Hezbollah monte
Ce que révèlent plusieurs témoignages recueillis par AP, c’est que la colère ne se dirige pas uniquement contre Israël. La majorité des Libanais espéraient que le Hezbollah ne répondrait pas aux frappes en Iran — exactement comme en 2023, où son soutien au Hamas avait attiré des représailles israéliennes sur le pays. La frustration contre le mouvement chiite et ses alliés iraniens s’exprime de plus en plus ouvertement, sur fond de fractures communautaires qui se creusent.
Les propriétaires d’appartements ont commencé à augmenter les loyers pour décourager les nouveaux locataires, par peur d’être ciblés. Les hôtels filtrent les identités des clients depuis que Tsahal a frappé deux hôtels abritant des éléments des Gardiens de la Révolution islamique à Beyrouth. Ceux qui n’ont ni famille pour les accueillir ni argent pour se loger dorment dans leurs voitures ou sur les trottoirs du centre-ville, dans l’espoir que ce périmètre soit plus sûr — jusqu’à ce qu’une frappe nocturne israélienne tue au moins huit personnes dans le quartier de Ramlat Al-Bayda, où des centaines de déplacés s’étaient installés.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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