Infiltrations de milices et effondrement de la frontière silencieuse : les signes du scénario-cauchemar face à la Jordanie

Il y a environ deux semaines, dans la nuit, l’équipage d’un navire de la marine israélienne a repéré un engin suspect tentant de franchir les eaux jordaniennes pour s’introduire dans la zone des hôtels d’Eilat. Le navire l’a intercepté et contraint à rebrousser chemin vers la rive jordanienne. L’engin s’est avéré être un jet-ski télécommandé, sans pilote à bord. Selon le système de défense, il s’agissait vraisemblablement d’un test de vigilance : une tentative de sonder les positions des caméras de surveillance, les délais de réaction de la marine et l’étendue de la couverture opérationnelle.

C’est dans ce contexte que le chef du Shin Bet, David Zini, a lancé un avertissement en réunion fermée : « Le prochain 7 octobre pourrait se produire à Eilat. » Cet avertissement n’est pas fondé sur un renseignement opérationnel précis, mais il a relancé avec force le débat : la Jordanie, partenaire de paix d’Israël depuis 32 ans, est-elle en train de devenir la prochaine arène dans laquelle Israël devra combattre ?

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Une relation à son point le plus bas depuis 1994

Les relations entre Israël et la Jordanie traversent aujourd’hui l’une des périodes les plus éprouvantes depuis la signature du traité de paix. « Les deux pays se trouvent peut-être aujourd’hui au point le plus bas de leurs relations depuis la signature de l’accord de paix », estime le professeur Yoav Alon, maître de conférences au département d’histoire du Moyen-Orient et d’Afrique de l’Université de Tel-Aviv, spécialiste de la Jordanie. « Dans une telle situation, on est en droit de se demander si la motivation des militaires à défendre cette frontière demeure aussi élevée qu’elle l’était par le passé. »

La guerre à Gaza a profondément déstabilisé la politique intérieure du royaume. La population jordanienne, dont environ 50% est d’origine palestinienne selon les estimations, manifeste une hostilité profonde à l’égard d’Israël. Des sondages réalisés ces dernières années révèlent qu’environ 60% des citoyens jordaniens ont soutenu l’attaque du Hamas du 7 octobre. La majorité absolue des Jordaniens s’oppose à la normalisation et pratique un boycott économique et culturel total vis-à-vis d’Israël. Cette colère publique a poussé de nombreux Jordaniens dans les bras des Frères musulmans. Lors des élections de septembre 2024, le Front d’action islamique, bras politique du mouvement, a triplé sa représentation et est devenu le premier parti au parlement.

Une crise économique silencieuse qui nourrit la radicalisation

La Jordanie fait face à une crise économique qui s’aggrave dans l’ombre, accélérée par le conflit régional. La dette publique a atteint un niveau historique — un ratio dette/PIB d’environ 83% — tandis que la croissance économique stagne autour de 2,5% en moyenne sur la dernière décennie. Le chômage dépasse les 20%, avec seulement un tiers de la population en âge de travailler qui participe au marché de l’emploi — et chez les femmes, ce taux chute à environ 15%. La Banque mondiale a accordé l’an dernier un prêt de 1,1 milliard de dollars au royaume pour stimuler la croissance. Des millions de réfugiés de Syrie et d’Irak pèsent lourdement sur les infrastructures et le budget, tout en soulevant des préoccupations sécuritaires liées à l’infiltration possible d’éléments islamistes et de réseaux iraniens dans le tissu social jordanien.

Paradoxalement, la Jordanie reste énergétiquement dépendante d’Israël : plus de 80% de sa consommation d’électricité provient du gaz israélien. Cette dépendance explique en grande partie pourquoi le royaume, malgré la colère profonde de sa population, s’abstient de toute mesure dramatique.

La Jordanie, axe central du trafic d’armes vers la Judée-Samarie

Le royaume hachémite est devenu ces dernières années un axe majeur de contrebande d’armes destinées à des activistes terroristes en Judée-Samarie. Il ne s’agit pas là d’une accusation portée contre l’État jordanien — qui agit activement pour contrecarrer ces trafics — mais d’une réalité complexe : ses frontières deviennent une voie principale pour l’Iran et ses mandataires.

Selon des documents du Hamas saisis dans la bande de Gaza au cours de la guerre, deux des principaux axes de contrebande de l’organisation passent par la Jordanie : l’un vient du sud de la Syrie, où les armes sont remises à des contrebandiers bédouins qui les font passer en Israël via la frontière ; l’autre arrive d’Irak directement en Jordanie, puis en Judée-Samarie. Outre les armes légères, ces documents décrivent des livraisons incluant des mines antichars, des explosifs, des roquettes et des lanceurs. D’autres documents saisis par le système de défense révèlent qu’Iran et Hamas cherchent systématiquement les points de faiblesse de la frontière jordanienne — des zones désertiques isolées et moins contrôlées — tout en travaillant à l’établissement de réseaux financiers clandestins opérant via des commerçants jordaniens ordinaires.

Sima Shaïn, ancienne haute responsable des services de sécurité, souligne que le système de défense se prépare à une série de scénarios, y compris l’infiltration de milliers de combattants depuis la Jordanie sur le sol israélien. « Ces milices pourraient être des forces irakiennes pro-iraniennes », dit-elle. « Il est également possible que des forces houthies ayant été entraînées en Irak tentent de franchir la frontière vers Israël. Cette option est toujours sur la table — mais est-elle probable à ce stade ? Il faut la replacer dans un contexte très précis, notamment celui des négociations entre l’Iran et les États-Unis. »

Pour sa part, le professeur Alon tempère : « La Jordanie officielle, en tant qu’État, n’a aucun intérêt à une tension militaire avec Israël. Aqaba, la ville jordanienne en miroir d’Eilat, s’est considérablement développée au cours des 20 dernières années. Le dernier chose dont ils ont besoin, c’est le terrorisme venant d’Aqaba. » Il ajoute néanmoins : « Tout cela ne constitue pas une garantie absolue — on ne peut pas tout prévenir hermétiquement. » Et en conclusion : « Je ne vois pas d’alternative au roi se dessiner. Il y a là une population très hostile à Israël, mais elle n’est pas organisée politiquement et n’a pas de leadership commun capable d’organiser quoi que ce soit qui menacerait le pouvoir. »

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Alerte sécuritaire : l’Iran arme discrètement la Judée-Samarie pour préparer une nouvelle vague d’attentats
Vidéo : La police des frontières et les FDI mettent fin à la contrebande d’armes depuis la Jordanie vers Israël

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