Iran, IsraĂ«l, le Golfe et les États-Unis : l’Inde ne peut pas ĂŞtre l’amie de tout le monde

The Leader of the Opposition of Knesset, Mr. Isaac Herzog calls on the Prime Minister, Shri Narendra Modi, in Jerusalem, Israel on July 05, 2017.

Iran, IsraĂ«l, le Golfe et les États-Unis : l’Inde ne peut pas ĂŞtre l’amie de tout le monde

Pendant des dĂ©cennies, l’Inde a cultivĂ© l’art du grand Ă©cart diplomatique au Moyen-Orient. Vendre des armes Ă  IsraĂ«l et soutenir officiellement la cause palestinienne. Importer du pĂ©trole iranien Ă  prix cassĂ© tout en mĂ©nageant Washington. Entretenir des liens Ă©conomiques profonds avec les monarchies du Golfe sans se brouiller avec TĂ©hĂ©ran. Cette politique de l’Ă©quilibre — que ses architectes appellent pudiquement « autonomie stratĂ©gique » — tenait tant que la rĂ©gion ne s’embrasait pas vraiment. Depuis le 28 fĂ©vrier 2026, elle est en miettes.

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La guerre dĂ©clenchĂ©e ce jour-lĂ  par les frappes amĂ©ricano-israĂ©liennes sur l’Iran a mis fin au confort de la neutralitĂ© indienne. Et l’Inde, qu’elle le veuille ou non, s’est retrouvĂ©e d’un cĂ´tĂ©.

PM addresses the Knesset of Israel on February 25, 2026.

Modi Ă  la Knesset, puis la guerre

La sĂ©quence mĂ©rite d’ĂŞtre rappelĂ©e. Le 25 et 26 fĂ©vrier, Narendra Modi effectuait une visite d’État en IsraĂ«l — premier Premier ministre indien Ă  s’exprimer devant la Knesset, geste symbolique fort. Deux jours plus tard, les frappes commençaient. Le timing a alimentĂ© les spĂ©culations sur un Ă©ventuel prĂ©avis accordĂ© Ă  New Delhi. L’opposition indienne, le Congrès national indien, n’a pas manquĂ© de souligner l’incongruitĂ© : Modi en visite chaleureuse Ă  JĂ©rusalem au moment prĂ©cis oĂą Washington et Tel Aviv lançaient une guerre.

Ni Modi ni son ministre des Affaires Ă©trangères Jaishankar n’ont signĂ© le livre de condolĂ©ances Ă  l’ambassade iranienne après l’assassinat du Guide suprĂŞme Ali Khamenei. L’Inde a cosignĂ© une rĂ©solution du Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU condamnant les frappes iraniennes contre les États du Golfe. Ces actes, en diplomatie, ont une signification claire.

L’Ă©tranglement par le dĂ©troit d’Ormuz

Ce positionnement a eu un coĂ»t immĂ©diat et brutal. L’Iran, après avoir fermĂ© le dĂ©troit d’Ormuz, a tirĂ© sur des navires indiens en avril — dĂ©clarant ensuite qu’il s’agissait d’une erreur. En avril Ă©galement, TĂ©hĂ©ran a saisi un navire de commerce indien tentant de franchir le dĂ©troit. Le prix du baril de Brent est passĂ© de 80 Ă  120 dollars entre dĂ©but et mi-mars. Sachant que 90% des importations indiennes de gaz de pĂ©trole liquĂ©fiĂ© (GPL) transitent par Ormuz, le choc a Ă©tĂ© immĂ©diat : hausse de 7% des dĂ©penses des mĂ©nages en carburant de cuisine, pĂ©nuries dans plusieurs États, manifestations.

L’Inde importe environ 85% de son pĂ©trole brut, dont une part significative provient du Golfe. La fermeture mĂŞme partielle et temporaire du dĂ©troit suffisait Ă  provoquer une crise Ă©conomique intĂ©rieure — ce qui s’est produit.

PM received a rousing welcome upon his arrival at the Knesset of Israel on February 25, 2026.

Le Pakistan médiateur, humiliation indienne

L’autre coup dur est venu de lĂ  oĂą on l’attendait le moins. C’est le Pakistan — rival historique, voisin nuclĂ©aire, ennemi dĂ©clarĂ© — qui a Ă©mergĂ© comme mĂ©diateur principal de la trĂŞve entre Washington et TĂ©hĂ©ran, Ă  travers les pourparlers d’Islamabad. Le journal singapourien The Straits Times l’a notĂ© sans dĂ©tour : New Delhi ressent « une certaine amertume » face au rĂ´le visible de Islamabad dans la nĂ©gociation du cessez-le-feu. Le chef de l’opposition Rahul Gandhi a qualifiĂ© l’influence croissante du Pakistan sur la scène mondiale de « dĂ©faillance de la politique Ă©trangère de Modi ».

Cela fait beaucoup en quelques semaines pour un pays qui se voulait puissance pivot au Moyen-Orient.

Un dilemme sans bonne réponse

Plus de dix millions de ressortissants indiens vivent dans les pays du Golfe — Émirats, Arabie saoudite, Qatar, KoweĂŻt, Oman — et envoient des milliards de dollars de remises Ă  leurs familles. L’Inde ne peut pas se permettre de s’aliĂ©ner ces monarchies. Mais elle ne peut pas non plus ignorer que l’Iran contrĂ´le des leviers Ă©nergĂ©tiques et maritimes dont dĂ©pend directement son Ă©conomie.

Pendant des annĂ©es, la formule fonctionnait parce que personne ne forçait New Delhi Ă  choisir. La guerre de 2026 a changĂ© la donne. L’Inde peut encore prĂ©tendre Ă  la neutralitĂ© dans ses discours — mais ses actes, depuis fĂ©vrier, racontent une autre histoire.


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