Israël contre le Hezbollah : quatre mois pour vider les arsenaux

La guerre au Liban entre dans une phase de calcul froid. Selon des informations diffusĂ©es ce jeudi soir par la chaĂ®ne i24news, les analystes militaires israĂ©liens estiment que le Hezbollah a bâti l’ensemble de son dispositif de feu pour tenir exactement quatre mois de combat continu. Ce chiffre n’est pas anodin : il rĂ©vèle une doctrine de guerre d’usure planifiĂ©e de longue date, pensĂ©e pour durer bien au-delĂ  de la confrontation directe avec l’Iran.

Ce qui frappe dans ce tableau, c’est le paradoxe apparent. Les frappes israĂ©liennes ont visĂ© les systèmes de tir, les quartiers gĂ©nĂ©raux et les rampes de lancement du Hezbollah. Pourtant, selon l’Ă©valuation de Tsahal rapportĂ©e par i24news, ces coups n’ont pas provoquĂ© de baisse significative du volume de roquettes tirĂ©es. L’explication tient Ă  la structure mĂŞme du dispositif ennemi : la dĂ©centralisation des lanceurs et la mĂ©thode opĂ©rationnelle choisie permettent au Hezbollah d’absorber les pertes sans s’effondrer immĂ©diatement.

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Une arithmétique de survie

Les chiffres parlent d’eux-mĂŞmes. LĂ  oĂą le rythme des tirs depuis le nord atteignait entre 120 et 130 roquettes par jour sur les localitĂ©s israĂ©liennes, il est dĂ©sormais tombĂ© Ă  50 ou 60. Une baisse de moitiĂ© — pas nĂ©gligeable, mais qui traduit moins une destruction effective des capacitĂ©s qu’une dĂ©cision calculĂ©e de ralentir la cadence pour Ă©conomiser les munitions. Le Hezbollah joue la montre autant qu’il joue la guerre.

Cette retenue n’est pas seulement quantitative. Les analystes de Tsahal notent Ă©galement une dĂ©gradation de la prĂ©cision des tirs. Le mouvement chiite libanais opère dĂ©sormais sous pression constante, contraint de lancer vite, sans les conditions optimales qu’il s’Ă©tait prĂ©parĂ© Ă  exploiter. La menace permanente de la chasse aux lanceurs — ces unitĂ©s israĂ©liennes chargĂ©es de repĂ©rer et de neutraliser les Ă©quipes de tir en temps rĂ©el — force les servants Ă  agir dans la prĂ©cipitation, ce qui dĂ©grade mĂ©caniquement l’efficacitĂ© de chaque roquette tirĂ©e.

Une machine de guerre conçue pour durer

Ce qui ressort de ce tableau opĂ©rationnel, c’est la sophistication de la prĂ©paration du Hezbollah. L’organisation a construit ses arsenaux et ses systèmes pour une guerre longue, pas pour un coup d’Ă©clat. L’objectif dĂ©clarĂ©, selon l’analyse israĂ©lienne, est de tirer jusqu’Ă  la dernière roquette disponible — pas de frapper fort et vite, mais de saigner dans la durĂ©e. C’est une vision stratĂ©gique qui tient compte des frappes adverses, les intègre comme une donnĂ©e connue, et prĂ©voit de fonctionner malgrĂ© elles.

Le signal qui se dessine est celui d’une prochaine rĂ©duction drastique du rythme des tirs, non pas imposĂ©e par la force israĂ©lienne mais choisie dĂ©libĂ©rĂ©ment par le Hezbollah pour allonger sa rĂ©sistance dans le temps. Un Hezbollah qui ralentit n’est pas un Hezbollah qui capitule : c’est un Hezbollah qui gère ses rĂ©serves pour rester dans le jeu le plus longtemps possible.

Le Liban après l’Iran

Le contexte rĂ©gional Ă©claire cette dynamique d’une lumière particulière. Les estimations israĂ©liennes situent la durĂ©e probable du conflit avec le Hezbollah dans une temporalitĂ© distincte — et plus longue — que celle du face-Ă -face avec l’Iran. Autrement dit, mĂŞme si la confrontation directe avec TĂ©hĂ©ran devait s’apaiser ou connaĂ®tre une rĂ©solution, la guerre au Liban, elle, est perçue comme amenĂ©e Ă  se prolonger sensiblement au-delĂ . Le Hezbollah n’est pas un simple bras armĂ© que l’on dĂ©connecte en neutralisant sa tĂŞte : c’est un acteur autonome, dotĂ© de ses propres ressources, de sa propre logique de guerre, et d’une capacitĂ© Ă  encaisser les coups que les planificateurs de Tel Aviv prennent dĂ©sormais très au sĂ©rieux.

Cette lecture israĂ©lienne donne une autre dimension aux opĂ©rations en cours. Ce n’est pas une guerre qui se gagnera en quelques semaines de frappes intenses. C’est un conflit d’endurance, oĂą chaque camp tente d’Ă©puiser l’autre, de l’obliger Ă  flĂ©chir avant d’avoir atteint ses objectifs. Et dans ce type de guerre, le calendrier compte autant que la puissance de feu.

Pour IsraĂ«l, la question centrale n’est donc plus de savoir si le Hezbollah sera frappĂ© — il l’est dĂ©jĂ , durement —, mais combien de temps il peut continuer Ă  fonctionner, Ă  tirer, Ă  menacer le nord du pays, après avoir absorbĂ© ces coups. La rĂ©ponse, selon Tsahal, est : encore plusieurs mois.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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