
La déclaration enregistrée de Netanyahou samedi soir a fait un bruit qui dépasse largement son contenu. Ce n’est pas ce qu’il a dit qui a provoqué la controverse — c’est ce que les grandes chaînes de télévision israéliennes ont décidé de ne pas diffuser.
Pour la première fois, plusieurs rédactions des grands médias télévisés israéliens ont refusé de transmettre intégralement la déclaration enregistrée du Premier ministre. Chaîne 12, la plus regardée du pays, a choisi de ne pas interrompre son flux de programmation au moment de l’envoi. Pendant que Netanyahou récitait son bilan de guerre contre l’Iran, le signal de la chaîne était occupé par une coupure publicitaire — puis directement enchaîné sur un reportage prévu au programme. Chaînes 11 et 13 ont pour leur part diffusé une partie seulement de la déclaration avant de couper et de passer à autre chose, laissant l’allocution du Premier ministre tronquée à l’antenne.
Le fait en lui-même est inédit. Depuis des années, les déclarations enregistrées de Netanyahou sont un format rodé : le Premier ministre, qui boycotte les conférences de presse et refuse depuis longtemps de répondre aux questions de journalistes qu’il considère comme hostiles, a fait de la communication unilatérale enregistrée sa principale interface avec le public. Les chaînes, jusqu’ici, jouaient le jeu — non sans résistances et commentaires parfois acerbes en plateau, mais en diffusant l’allocution dans son intégralité avant d’en débattre.
Ce soir-là, quelque chose a changé. La décision de plusieurs rédactions de ne pas interrompre leur programmation normale pour diffuser une déclaration gouvernementale constitue, dans le paysage médiatique israélien, un acte éditorial fort. Ce n’est pas un oubli technique. C’est un choix.
Les raisons invoquées — ou non invoquées — varient selon les chaînes, mais le contexte est lisible. Netanyahou a instauré depuis des mois un rapport de confrontation permanente avec les rédactions grand public, les accusant régulièrement de soutenir l’ennemi, de démoraliser le public, de faire le jeu de l’opposition. Dans une déclaration récente, il avait directement interpellé ce qu’il appelait les « occupants des studios », leur reprochant de ne pas se mettre au service de l’esprit de victoire du peuple israélien. Des formulations que plusieurs journalistes et directeurs de rédaction ont perçues comme une pression inadmissible sur leur indépendance éditoriale.
La décision de ne pas diffuser intégralement sa déclaration de ce samedi peut donc se lire comme une réponse — mesurée mais délibérée — à ces mois de pression. Une façon pour les rédactions de signifier que leur grille de programmation n’est pas automatiquement subordonnée aux souhaits du bureau du Premier ministre, et que le format de la déclaration enregistrée unilatérale a des limites éditoriales.
Du côté du Premier ministre et de ses partisans, la réaction ne s’est pas fait attendre. L’argument est symétrique et prévisible : des chaînes qui refusent de diffuser un Premier ministre en temps de guerre font un choix politique, pas un choix éditorial. Elles sélectionnent ce que le public peut ou ne peut pas entendre. C’est de la censure soft, déguisée en autonomie rédactionnelle.
Le débat touche en réalité à une question structurelle que la guerre a accentuée mais pas créée : quelle est la responsabilité des médias audiovisuels à l’égard de la parole gouvernementale en temps de crise nationale ? Sont-ils tenus de relayer les déclarations du Premier ministre comme un service public d’information ? Ou leur indépendance éditoriale inclut-elle le droit de juger qu’une allocution est davantage politique que stratégique, et de la traiter comme telle ?
Ce qui est certain, c’est que le précédent de ce samedi soir ne passera pas inaperçu. La relation entre Netanyahou et les grands médias israéliens, déjà tendue depuis des années, vient de franchir un seuil supplémentaire. Et dans un pays où la guerre, la politique intérieure et la liberté de la presse se mêlent quotidiennement, ce seuil aura des conséquences.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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