C’Ă©tait il y a exactement un an que la vie de chacun a changĂ©. C’est Ă la veille de Pourim que les premiers confinements ont Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©s dans certaines rĂ©gions des États-Unis, en France comme en IsraĂ«l et dans le monde. Jusque dans les semaines prĂ©cĂ©dant la fĂŞte, la pandĂ©mie de coronavirus Ă©tait plus une menace thĂ©orique qu’autre chose pour la plupart des gens. C’Ă©tait exactement dans les jours prĂ©cĂ©dant la fĂŞte juive la plus associĂ©e aux festivitĂ©s – costumes, dĂ©filĂ©s et hamantaschen – que la rĂ©alitĂ© avait commencĂ© Ă s’installer. Elle a rapidement conduit Ă une sĂ©rie d’annulations des Ă©vĂ©nements de Pourim, ainsi que des lectures de Megillah et prestations de service. Bien que peu d’entre nous le savaient Ă l’Ă©poque, le modèle de nos vies pour les 12 prochains mois avait Ă©tĂ© Ă©tabli.
Avec la fĂŞte de Pourim qui arrive, cela signifie que nous aurons maintenant traversĂ© tout le cycle de l’annĂ©e juive avec la menace du COVID qui pèse sur nous. En tant que tel, c’est la première annĂ©e non seulement dans la mĂ©moire, mais dans l’histoire enregistrĂ©e, au cours de laquelle toutes les fĂŞtes et cĂ©lĂ©brations qui marquent le calendrier juif auront Ă©tĂ© observĂ©es de la manière lasse Ă laquelle les membres de la nation juive se sont habituĂ©s.
MĂŞme si les vaccinations commencent Ă offrir un certain espoir de sĂ©curitĂ© et un retour Ă la normale – ce qui est plus une possibilitĂ© en IsraĂ«l avec son programme de vaccination de masse rĂ©ussi par opposition au dĂ©ploiement alĂ©atoire et souvent lamentable du vaccin aux États-Unis ou en France, les juifs dans le monde sont nostalgique d’une vie normale. En effet, avec la peur du virus toujours profondĂ©ment ancrĂ©e dans notre conscience collective et avec les autoritĂ©s envoyant des signaux mitigĂ©s sur la rapiditĂ© avec laquelle nous pouvons nous attendre Ă ce que quelque chose de proche de la vie prĂ©pandĂ©mique devienne une rĂ©alitĂ©, des fĂŞtes plus Ă©loignĂ©es socialement ou observĂ©es Ă distance sont probablement ce qui nous attend, au moins, pour nous dans les mois Ă venir.
Nous ne pourrons pas comprendre quel sera l’impact Ă long terme de ce changement radical dans la vie communautaire juive pendant des annĂ©es. Les personnes âgĂ©es, qui ont Ă©tĂ© la principale proie de la maladie, ont probablement Ă©tĂ© si effrayĂ©es par la menace d’attraper la maladie que nombre d’entre elles ne sortiront peut-ĂŞtre jamais de leur isolement. Les enfants seront Ă©galement profondĂ©ment affectĂ©s par cette expĂ©rience et porteront une certaine peur et une certaine mĂ©fiance qui leur ont Ă©tĂ© instillĂ©es pour le reste de leur vie. Les dommages causĂ©s Ă leur dĂ©veloppement et Ă leur Ă©ducation par la perte de la scolaritĂ© en personne persisteront Ă©galement.
Mais ce qui est remarquable Ă propos de cette annĂ©e du «judaĂŻsme COVID», c’est Ă quel point les institutions juives ont fait face au nouvel environnement. Bien que certains aient Ă©tĂ© plus lents Ă s’adapter que d’autres, alors que nous commençons la deuxième annĂ©e de cette Ă©trange vie, la plupart des synagogues et organisations se sont assez bien adaptĂ©es au nouveau monde courageux du coronavirus. Les Ă©vĂ©nements religieux de toutes sortes ont Ă©tĂ© vĂ©cus en regardant un ordinateur plutĂ´t que dans la chair. Les groupes qui se sont tenus Ă plus de rassemblements en personne que d’autres se sont Ă©galement adaptĂ©s Ă la distanciation sociale et aux Ă©vĂ©nements en plein air la règle plutĂ´t que les violations très mĂ©diatisĂ©es de la rĂ©glementation.
En effet, il se peut que de nombreux groupes religieux et communautaires se soient si bien adaptĂ©s – et aient utilisĂ© le modèle Ă©loignĂ© pour Ă©tendre leurs activitĂ©s plutĂ´t que pour restreindre leurs activitĂ©s – qu’ils peuvent en grande partie s’en tenir Ă la pratique actuelle plutĂ´t que de se prĂ©cipiter pour reprendre la mĂ©thode ancienne. Zoom ne peut pas ĂŞtre l’avenir de la vie juive, mais des groupes philanthropiques et de dĂ©fense des droits ont rĂ©alisĂ© que vous pouvez rĂ©ellement toucher plus de gens avec des programmes en ligne qu’en organisant des Ă©vĂ©nements en direct coĂ»teux.
Les juifs, individuellement et collectivement, ont besoin de ce que notre religion et les trésors de notre héritage ont à offrir.
Cette capacitĂ© Ă changer avec des temps changeants parle bien pour un monde juif qui, il y a un an, Ă©tait paniquĂ© sur la façon de survivre au premier des verrouillages, qui ne devaient durer que quelques semaines afin de «plier la courbe» de l’épidĂ©mie et faire en sorte que les hĂ´pitaux puissent fonctionner correctement. Des synagogues, des fĂ©dĂ©rations et des agences philanthropiques de tous bords, ainsi que des groupes d’activistes, ont dĂ» licencier des employĂ©s et apprendre Ă fonctionner d’une manière complètement diffĂ©rente. Mais ils s’en sont bien mieux tirĂ©s que ce que beaucoup pensaient au dĂ©part.
Mais en plus de reconnaître cette réalisation, nous devons également noter deux autres éléments de la vie juive pandémique.
La première est que, bien que les modes de communication – et mĂŞme dans une certaine mesure, l’observance – aient changĂ©, les choses se sont dĂ©roulĂ©es comme d’habitude pour certains des pires aspects de la vie juive. La fracture du monde juif en tribus en guerre le long de lignes confessionnelles et politiques a, si tant est que ce soit, est devenue bien pire en quarantaine qu’elle ne l’Ă©tait lorsque nous Ă©tions encore rĂ©unis.
Une partie de cela peut ĂŞtre attribuĂ©e Ă une Ă©lection profondĂ©ment conflictuelle au cours de laquelle les juifs orthodoxes et non orthodoxes se sont largement retrouvĂ©s de part et d’autre. Il en va de mĂŞme pour les rĂ©actions au mouvement Black Lives Matter, en plus de la montĂ©e de la thĂ©orie critique de la race et de la «culture d’annulation» oppressive qui va avec.
Les restrictions de mouvement et de rencontre avec les gens ont accru notre isolement vis-à -vis de ceux qui ont des opinions différentes sur les problèmes, ainsi que sur la façon dont les Juifs devraient y réagir. Malheureusement, la pandémie a reproduit les cocons des médias sociaux dans lesquels trop d’entre nous se coupent de quiconque pourrait contredire nos croyances et préjugés préexistants. Face à des gens qui ont voté différemment ou qui ont des approches différentes de la pandémie, nous avons le plus souvent traité nos compatriotes juifs avec mépris. À cet égard, les problèmes posés par la pandémie ont révélé nos faiblesses communautaires et montré à quel point nous sommes restés en deçà de nos idéaux et des besoins du moment.
Pourtant, la pandĂ©mie a Ă©galement prouvĂ© que les Juifs de toutes sortes, affiliĂ©s comme non affiliĂ©s, aspirent plus que jamais Ă un sens dans leur vie. Les rabbins que j’ai contactĂ©s disent tous la mĂŞme chose sur la façon dont les gens se tournent vers les institutions non seulement pour obtenir de l’aide dans les moments difficiles, mais pour une raison d’avoir foi malgrĂ© le dĂ©sespoir que son monde brisĂ© a souvent engendrĂ©.
S’il y a une raison de croire en une pĂ©riode de crise, ce n’est pas seulement la lumière au bout du tunnel fournie par les vaccins. C’est la connaissance que les juifs, individuellement et collectivement, ont besoin de ce que notre religion et les trĂ©sors de notre patrimoine ont Ă offrir.
Le rĂ©confort ainsi que les ressources dont ont besoin ceux qui souffrent dans l’isolement se trouvent dans le gĂ©nie quotidien de la foi et de la pratique juives. C’est Ă©galement vrai pour les services et les opportunitĂ©s d’activisme et de travail caritatif que le monde juif organisĂ© offre Ă ceux qui sont prĂŞts Ă tendre la main et Ă participer. La consolation que nous pouvons tirer de ce qui a Ă©tĂ© par ailleurs un traumatisme sans prĂ©cĂ©dent est que ceux qui ont profitĂ© de ce que le judaĂŻsme a Ă offrir ont gĂ©nĂ©ralement trouvĂ© ce dont ils avaient besoin.
Le dĂ©fi Ă venir n’est pas simplement de survivre, mais de redoubler d’efforts pour apporter de l’aide, Ă la fois matĂ©rielle et spirituelle, Ă une communautĂ© qui a besoin des deux.
Nous ne pouvons qu’espĂ©rer et prier pour que dans un an, lorsque nous nous prĂ©parons Ă nouveau Ă cĂ©lĂ©brer Pourim, la distanciation sociale ne sera qu’un lointain souvenir, et les seuls masques que nous porterons seront ceux avec des costumes. Alors que nous prĂ©voyons ce moment, gardez Ă l’esprit deux leçons clĂ©s de la pandĂ©mie : recherchez ceux avec qui nous diffĂ©rons pour rĂ©apprendre Ă se parler civilement ; et rappelez-vous que la foi et le peuple juif ont les rĂ©ponses Ă la plupart des problèmes auxquels nos communautĂ©s dĂ©chirĂ©es sont confrontĂ©es.





