Le rabbin Lior Bar-Ami venait de terminer une rĂ©union du conseil d’administration via Zoom avec des membres de la communautĂ© juive libĂ©rale de Vienna Or Jadash lorsqu’il a reçu un appel tĂ©lĂ©phonique.
C’Ă©tait l’un des membres du conseil d’administration, l’appelant pour lui dire qu’il y avait eu une fusillade dans la rĂ©gion de Vienne près de la principale synagogue de la ville sur la Seitenstettengasse. Le membre du conseil le savait parce que son fils travaillait comme serveur dans un restaurant Ă proximitĂ© de l’attaque. «Il a immĂ©diatement fermĂ© le restaurant, Ă©teint les lumières et aidĂ© Ă dĂ©placer tout le monde Ă l’arrière du restaurant oĂą ils Ă©taient en sĂ©curité», m’a dit Bar-Ami.
Ce membre du conseil n’Ă©tait pas le seul des fidĂ©les de Bar-Ami Ă avoir un lien avec une nuit de terreur Ă Vienne qui, au moment de la rĂ©daction de cet article, a fait quatre morts et 22 blessĂ©s. Un autre membre d’Or Jadash dĂ®nait dans un restaurant de l’autre cĂ´tĂ© de la rue oĂą travaillait le fils du membre du conseil. Ils se sont Ă©galement cachĂ©s dans le restaurant jusqu’Ă ce qu’il soit sĂ»r de partir. Bar-Ami m’a dit que les dernières 24 heures de sa vie ont Ă©tĂ© dominĂ©es lors de sa communication avec les membres et les congrĂ©gations jusqu’aux petites heures du matin.
Milli Segal, consultante en relations publiques, a eu la chance de quitter Vienne pour des vacances de ski avec ses petits-enfants au moment de l’attaque. Son ex-mari vit cependant dans le premier quartier de la ville. Environ 10 minutes avant les premiers coups de feu, il a quittĂ© son appartement et s’est rendu au CafĂ© Korb, l’un des cafĂ©s les plus apprĂ©ciĂ©s de la ville, m’a dit Segal, le dernier soir, les restaurants et les bars Ă©taient autorisĂ©s Ă ouvrir avant. Le deuxième confinement de l’Autriche a dĂ©butĂ© mardi Ă minuit. «J’avais vraiment peur pour lui. Je ne pouvais pas dormir. J’Ă©tais debout jusqu’Ă 3 heures du matin », a dĂ©clarĂ© Segal, les Ă©vĂ©nements Ă Vienne se dĂ©roulant dans leur environnement paisible.
Segal a Ă©tĂ© bombardĂ©e de messages d’amis et de membres de sa famille aux États-Unis et en IsraĂ«l, lui posant des questions sur elle et sa famille. Bar-Ami a eu une expĂ©rience très similaire, a-t-il dĂ©clarĂ©.
«J’ai Ă©tĂ© aux appels presque toute la journĂ©e et toute la nuit. ImmĂ©diatement après l’attaque, j’ai Ă©tĂ© appelĂ© par plusieurs membres [d’Or Jadash] et plusieurs membres de congrĂ©gations en France et dans d’autres endroits oĂą je travaillais. Nous avons envoyĂ© un bulletin d’information aux membres de la communautĂ© pour les informer de ce qui s’est passĂ©, tout comme la communautĂ© orthodoxe ce matin, et nous avons organisĂ© deux forums communautaires, l’un Ă 10h00 et l’autre Ă 16h00, pour que les gens puissent se rassembler et exprimer leurs sentiments sur ce qui s’est passĂ©. »
Parmi les fidèles avec qui Bar-Ami s’est entretenu, les gens l’ont gĂ©nĂ©ralement appelĂ© «exprimant leurs craintes, leurs insĂ©curitĂ©s et leur anxiĂ©tĂ© face Ă la situation», surtout compte tenu des informations confuses qui ont Ă©mergĂ© dans le brouillard de l’incident dans les minutes et les heures immĂ©diatement après les premiers coups.
Les rapports immĂ©diats faisant Ă©tat de morts et de blessĂ©s Ă la suite d’un assaut contre la synagogue Seitenstettengasse se sont avĂ©rĂ©s sans fondement, et jusqu’Ă prĂ©sent, aucune blessure n’a Ă©tĂ© signalĂ©e dans la communautĂ© juive viennoise, a dĂ©clarĂ© lundi soir son prĂ©sident Oskar Deutsch. Il n’a pas non plus Ă©tĂ© confirmĂ© que la synagogue Ă©tait la cible directe de l’attaquant.
La synagogue libĂ©rale juive ou Jadash fait partie de la communautĂ© juive de Vienne, entre 8 000 et 10 000 personnes, mieux dĂ©crite comme une mosaĂŻque. Sa reconstruction après la dĂ©vastation de l’Holocauste a Ă©tĂ© entreprise par un noyau de survivants de l’Holocauste et leurs descendants, la soi-disant deuxième gĂ©nĂ©ration. Dans les dĂ©cennies qui ont suivi, leurs rangs ont Ă©tĂ© gonflĂ©s d’abord par des rĂ©fugiĂ©s d’Europe centrale et orientale, de Pologne et de Hongrie, puis, Ă partir des annĂ©es 1970, par des Juifs de GĂ©orgie et des Juifs de Boukharan des rĂ©publiques d’Asie centrale de l’ancienne Union soviĂ©tique qui est partie Ă la recherche de la libertĂ© religieuse et de meilleures perspectives Ă©conomiques.
Bien que la synagogue Seitenstettengasse se trouve dans le 1er arrondissement, la majoritĂ© de la communautĂ© juive vit de l’autre cĂ´tĂ© du canal du Danube. Le deuxième quartier a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme le quartier juif de facto de la ville et c’est lĂ que se trouvent nombre de ses synagogues – une vingtaine au total, y compris les Ă©coles Or Jadash – et des supermarchĂ©s casher. Le Stadttempel Ă©tait la seule synagogue Ă avoir survĂ©cu Ă Kristallnacht en novembre 1938. C’est une communautĂ© juive qui a connu la terreur auparavant, non seulement pendant la pĂ©riode nazie, mais aussi en aoĂ»t 1981 lorsque, un matin de Shabbat, Des membres de l’organisation terroriste Abu Nidal ont lancĂ© un assaut contre le Stadttempel Ă l’aide de mitrailleuses et de grenades Ă main, tuant deux personnes et en blessant 18 autres, dont trois enfants.
Il y a dans l’histoire de la communautĂ© juive de Vienne Ă la fois une immense tragĂ©die et une rĂ©sistance. Lara Guttmann, coprĂ©sidente de l’Union autrichienne des Ă©tudiants juifs, m’a dit que les Ă©tudiants juifs de Vienne prĂ©voyaient d’organiser un rassemblement de solidaritĂ© dans le centre-ville dès que la police le permettrait – espĂ©rons-le cette semaine. Il se trouvait chez lui dans le 1er arrondissement lorsque les attaques ont commencĂ©, apprenant pour la première fois la terreur d’un ami de la famille qui possède un restaurant dans le quartier oĂą quatre personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et 22 blessĂ©es. Depuis le domicile familial, oĂą il est restĂ© depuis les attentats, il a vu des policiers armĂ©s de mitraillettes errer dans les rues pour tenter de sĂ©curiser la zone.
« Certains de mes amis de l’Union autrichienne des Ă©tudiants juifs dĂ®naient dans des restaurants très proches du lieu des attentats » et ont dĂ» s’y rĂ©fugier jusqu’Ă ce qu’il soit sĂ»r de partir, a dĂ©clarĂ© Guttmann. Une autre collègue de l’Union Ă©tudiante Ă©tudiait Ă la bibliothèque de son universitĂ©, oĂą elle est restĂ©e jusqu’Ă 7 heures du matin aujourd’hui.
Des membres de l’Union autrichienne des Ă©tudiants juifs ont Ă©tĂ© en contact les uns avec les autres via WhatsApp, partageant leurs expĂ©riences et leurs bribes d’informations, y compris des vidĂ©os enregistrĂ©es dans les heures dĂ©routantes qui ont suivi le dĂ©but des attaques. « Quand des rumeurs se sont rĂ©pandues selon lesquelles il pourrait s’agir d’une attaque contre la synagogue, c’Ă©tait vraiment effrayant, d’autant plus que mon frère Ă©tait toujours lĂ , Ă environ 500 mètres » vers 20 heures la nuit dernière, a dĂ©clarĂ© Guttmann.
Toutes les institutions juives, y compris les synagogues, Ă©coles et supermarchĂ©s casher, ont Ă©tĂ© fermĂ©s pendant 24 heures après l’attaque. La communautĂ© a annoncĂ© Ă 17 h 49 qu’elle prĂ©voyait de rouvrir demain. L’insĂ©curitĂ© Ă Vienne, combinĂ©e Ă l’Ă©pidĂ©mie de coronavirus et au deuxième arrĂŞt, signifie cependant qu’on ne sait pas quand la vie juive pourra reprendre pleinement.
Le rabbin Bar-Ami a dit qu’il dira aux fidèles qu’il est prudent d’arrĂŞter de s’abriter sur place dès que les autoritĂ©s le jugeront sĂ»r. « En gĂ©nĂ©ral, nous avons conseillĂ© aux gens de rester Ă l’intĂ©rieur non seulement Ă cause de la terreur, mais parce que nous sommes au milieu d’une pandĂ©mie », a-t-il dĂ©clarĂ©.
Les services de lashul ont Ă©tĂ© dĂ©placĂ©s vers Internet. Et lĂ , pour l’instant, ils resteront.





