La crise au Liban pourrait pousser le Hezbollah à agir contre Israël

Si quelqu’un pensait que la combinaison d’une crise Ă©conomique grave, de manifestations croissantes pour la justice sociale et du nombre quotidien de nouveaux patients atteints de coronavirus et de dĂ©cès n’Ă©tait pas assez dramatique, la tension monte au nord pour ajouter un Ă©lĂ©ment de sĂ©curitĂ© Ă  la mĂ©lange assez extrĂŞme cet Ă©tĂ©. L’excuse actuelle de la tension est apparemment une frappe aĂ©rienne dans la rĂ©gion de Damas la semaine dernière qui a Ă©tĂ© attribuĂ©e Ă  IsraĂ«l. Un combattant de la milice libanaise du Hezbollah a Ă©tĂ© tuĂ© dans l’attentat.

Sur la base de «l’Ă©quilibre dissuasif» que le mouvement chiite a dĂ©clarĂ© publiquement ces dernières annĂ©es, on peut s’attendre Ă  une rĂ©ponse militaire du Hezbollah, mĂŞme si le combattant est mort en Syrie dans une action principalement liĂ©e Ă  la bataille entre IsraĂ«l et l’Iran. Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, n’a pas parlĂ© publiquement depuis l’incident, mais les mĂ©dias libanais, y compris ceux proches du Hezbollah, ont longtemps spĂ©culĂ© sur la possibilitĂ© d’une rĂ©action.

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Les attentes qui ont Ă©tĂ© créées augmentent la pression sur le Hezbollah pour qu’il agisse, bien que l’Ă©valuation en IsraĂ«l soit qu’il essaiera de rĂ©pondre de manière limitĂ©e, afin de ne pas entraĂ®ner la rĂ©gion dans une confrontation militaire Ă  un moment dangereux. Le Hezbollah est embourbĂ© dans une grave crise politique et militaire, Ă  la lumière de l’effondrement Ă©conomique du Liban, de l’hostilitĂ© croissante envers le mouvement chiite parmi les autres communautĂ©s du pays et des rĂ©ductions de l’aide financière iranienne.

Dans deux cas notables ces dernières annĂ©es – en janvier 2015 et septembre 2019 – le Hezbollah a choisi de tirer des missiles antichar sur des vĂ©hicules militaires le long de la frontière libanaise, en rĂ©ponse aux opĂ©rations au cours desquelles sa population a Ă©tĂ© tuĂ©e en Syrie. (Le premier incident a fait deux morts par l’armĂ©e israĂ©lienne. Le second n’a pas fait de victimes.) IsraĂ«l s’est abstenu de rĂ©pondre, mettant ainsi fin aux deux cycles.

Selon les Ă©valuations de l’armĂ©e israĂ©lienne de ces derniers jours, on attend en IsraĂ«l une rĂ©ponse similaire. Au dĂ©part, le Commandement du Nord a Ă©tĂ© renforcĂ© par un autre bataillon d’infanterie de la Brigade Golani. Plus tard, la prĂ©sence de troupes sur les positions proches de la frontière libanaise a Ă©tĂ© rĂ©duite et plusieurs routes ont Ă©tĂ© fermĂ©es au trafic civil.

Cela semble ĂŞtre une prĂ©paration Ă  un Ă©ventuel tir antichar ou de tireur d’Ă©lite Ă  proximitĂ© de la frontière. Sur la base de l’expĂ©rience passĂ©e, la rĂ©ponse peut mĂŞme ĂŞtre retardĂ©e d’environ 10 jours jusqu’Ă  ce que l’opportunitĂ© opĂ©rationnelle appropriĂ©e se prĂ©sente. Samedi, il a Ă©tĂ© rapportĂ© au Liban qu’IsraĂ«l avait envoyĂ© un message au Hezbollah par l’intermĂ©diaire des Nations Unies – qu’il n’avait pas l’intention de tuer un membre du Hezbollah lors de l’attaque, mais qu’il menaçait Ă©galement de rĂ©agir durement en cas d’attaque.

Pendant ce temps, deux incidents se sont produits vendredi Ă  la frontière israĂ©lo-syrienne qui ne semblent pas ĂŞtre une tentative de vengeance du Hezbollah, bien qu’ils soient indirectement liĂ©s Ă  la tension dans le nord. Le premier feu anti-aĂ©rien est venu du village de Hader en Syrie et a touchĂ© des maisons et une voiture dans le village de Majdal Shams, du cĂ´tĂ© israĂ©lien de la frontière. L’incendie, qui peut avoir Ă©tĂ© dirigĂ© sur un ballon d’observation de l’armĂ©e israĂ©lienne, n’a fait aucun blessĂ©. Plusieurs heures plus tard, des hĂ©licoptères de l’armĂ©e de l’air ont attaquĂ© des positions de l’armĂ©e syrienne Ă  proximitĂ© de l’endroit oĂą se dĂ©roulaient les tirs antiaĂ©riens.

Il y a une plus grande confrontation rĂ©gionale qui se prĂ©pare au fond. Selon lui, l’Iran n’a pas encore rĂ©glĂ© ses comptes dans deux opĂ©rations contre lui: l’assassinat amĂ©ricain du gĂ©nĂ©ral iranien Qassem Soleimani en janvier en Irak et la mystĂ©rieuse explosion de l’usine de filature iranienne de Natanz au dĂ©but du mois. La semaine dernière, le chef spirituel iranien Ali Khamenei a menacĂ© les États-Unis de venger la mort de Soleimani, tandis que des sources iraniennes non officielles ont accusĂ© IsraĂ«l de l’explosion de Natanz.

Vendredi, dans un geste inhabituel lors de la pandĂ©mie de coronavirus, le prĂ©sident des chefs d’Ă©tat-major des États-Unis, le gĂ©nĂ©ral Mark Milley, s’est rendu en IsraĂ«l. Il a rencontrĂ© le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la DĂ©fense Benny Gantz, ainsi qu’avec le chef d’Ă©tat-major de l’armĂ©e israĂ©lienne, Aviv Kochavi. On peut supposer qu’une partie considĂ©rable des rĂ©unions a portĂ© sur la politique Ă  l’égard de l’Iran et du Hezbollah.

Les États-Unis ont intensifiĂ© la pression Ă©conomique sur l’Iran et ses alliĂ©s au cours de l’annĂ©e Ă©coulĂ©e. Il s’agit de la deuxième visite de Milley en IsraĂ«l depuis qu’il a assumĂ© son poste actuel. La première visite a eu lieu quelques jours avant le meurtre de Soleimani.

La plupart des dĂ©cisions prises concernant l’Iran et le Hezbollah seront finalement gĂ©rĂ©es non pas par Gantz ou Kochavi mais par le Premier ministre Netanyahu. Et Netanyahu, pour qui l’Iran a Ă©tĂ© et continue d’ĂŞtre le principal enjeu stratĂ©gique, fait actuellement l’objet d’une campagne de lobbying plus intense que toutes celles qu’il a rencontrĂ©es dans le passĂ©.

Via: Amos Harel | Haaretz