Aujourd’hui, il y a neuf mois, une exception dans les guerres israĂ©liennes a Ă©clatĂ© – un conflit sans nom convenu, dont on ne sait pas quand et comment il se terminera, mais c’est dĂ©jĂ devenu la plus longue guerre depuis 1948.
La guerre incarne plusieurs prĂ©cĂ©dents historiques : le 7 octobre a Ă©tĂ© le jour le plus meurtrier de l’histoire du sionisme. Elle s’est accompagnĂ©e d’une invasion sans prĂ©cĂ©dent du territoire du pays, de massacres et d’enlèvements massifs de civils, ainsi que d’une vaste Ă©vacuation des villes du sud et du nord. L’exception est Ă©galement Ă©vidente dans l’aspect stratĂ©gique gĂ©nĂ©ral. IsraĂ«l a dĂ©jĂ expĂ©rimentĂ© des systèmes multi-arènes et des conflits avec des forces non Ă©tatiques, mais ceux-ci Ă©taient pour la plupart confinĂ©s Ă ses frontières immĂ©diates et n’étaient pas dĂ©ployĂ©s dans l’ensemble du Moyen-Orient. Cette fois, il y a une confrontation avec la menace Houthi et les milices chiites en Irak. La guerre a Ă©galement inclus la première confrontation frontale entre IsraĂ«l et l’Iran, qui alimente une partie importante des menaces actuelles mais n’est pas nĂ©cessairement la source de toutes, surtout dans le contexte du Hamas, dont la plupart des actions sont indĂ©pendantes.

La guerre actuelle est un nouvel affrontement entre Israël et le camp régional prônant l’idée de résistance (Mukavema). Les éléments de ce camp sont au centre des luttes qu’Israël mène depuis un demi-siècle, qui sont différentes des guerres passées menées contre des armées et des États.
La thĂ©orie de la rĂ©sistance repose sur plusieurs fondements : le leadership d’acteurs non Ă©tatiques qui adhèrent Ă une vision islamique extrĂŞme ; conflits asymĂ©triques, principalement par le biais de l’artillerie, de la guĂ©rilla et du terrorisme ; des guerres courtes sans dĂ©cision ; Des organisations terroristes dans l’espace civil palestinien, de sorte que toute lutte contre elles provoque des dilemmes moraux et des pressions internationales ; Attrition en convertissant les pertes et en empĂŞchant un tissu de vie stable en IsraĂ«l.
Ces Ă©lĂ©ments sont Ă©galement prĂ©sents dans la campagne actuelle, mais cette fois, leur force est sans prĂ©cĂ©dent et des innovations s’y ajoutent qui, ensemble, deviennent une menace stratĂ©gique. Les dirigeants de la lutte ne se concentrent pas uniquement sur la guĂ©rilla ou les tirs de roquettes, mais sont Ă©galement dotĂ©s des capacitĂ©s des armĂ©es conventionnelles, comme en tĂ©moignent l’attaque du 7 octobre et les plans du Hezbollah d’envahir la GalilĂ©e.
Le principe directeur n’est plus la victoire sans perte, mais la destruction des objectifs militaires et civils stratĂ©giques d’IsraĂ«l et la neutralisation de sa dĂ©fense et de ses renseignements, notamment Ă l’aide d’armes de prĂ©cision fournies par l’Iran. D’autres innovations qui apparaissent dans la campagne actuelle sont la coordination profonde entre les membres du camp de la rĂ©sistance et la pression internationale progressive sur IsraĂ«l, qui est progressivement relĂ©guĂ© au rang de « lĂ©preux ».
Ces changements reflètent les transformations survenues dans les éléments de la résistance : des organisations devenues de facto souveraines (Hamas) ou quasi-étatiques (Hezbollah), mais n’ont jamais abandonné leur vision idéologique. Ils ont la puissance militaire d’un pays, dominent le territoire et façonnent la conscience du public qui leur est soumis, comme cela est évident à Gaza, dont beaucoup d’habitants sont identifiés au Hamas et sont intégrés dans ses activités. Le renforcement de ces facteurs découle également de changements globaux, au premier rang desquels la difficulté américaine à fonctionner comme un « gendarme du monde » et la faiblesse du monde arabe.
Le conflit actuel se transforme progressivement en une guerre d’usure sur deux fronts, avec en arrière-plan d’intenses conflits internes au sein d’IsraĂ«l et des tensions entre JĂ©rusalem et Washington. Dans ce contexte, la perception de l’Iran est en train de changer, qui a dĂ©fini pendant des dĂ©cennies l’extinction d’IsraĂ«l comme un objectif rĂ©alisable, mais qui pourrait ĂŞtre atteint dans un avenir indĂ©terminĂ©. Les informations faisant Ă©tat d’un plan iranien visant Ă accĂ©lĂ©rer la destruction d’IsraĂ«l dans environ deux ans reflètent le sentiment Ă TĂ©hĂ©ran que cette fois la vision est Ă portĂ©e de main, comme l’a dĂ©clarĂ© Khamenei : « IsraĂ«l a subi un coup dont il ne se remettra pas, il est vaincu par des forces plus faibles que lui et est confrontĂ© Ă un monde qui a commencĂ© Ă se ranger du cĂ´tĂ© des slogans de la rĂ©sistance. »
Ă€ Gaza, mĂŞme après les prĂ©cĂ©dents coups qu’il a subis, le Hamas reste le facteur dominant dans toutes les plaines et dans toutes les rĂ©gions, et ne permet Ă aucune alternative de se dĂ©velopper Ă sa place. Une partie importante de sa direction a survĂ©cu, la branche militaire est efficace mĂŞme après la dissolution des cadres rĂ©gimentaires, l’organisation domine l’espace civil et aucune protestation gĂ©nĂ©ralisĂ©e contre elle ne se dĂ©veloppe. Cela reflète l’échec de la stratĂ©gie qu’IsraĂ«l utilise depuis six mois, selon laquelle le pouvoir du Hamas peut ĂŞtre progressivement sapĂ© par des raids, mĂŞme sans contrĂ´le et prĂ©sence directs dans le territoire.
Reconnaître le caractère unique de la campagne actuelle nécessite l’adoption de plusieurs conclusions, dont certaines sont difficiles à digérer :
1. Concernant Gaza – la doctrine actuelle ne conduit pas Ă l’effondrement du Hamas ni Ă la libĂ©ration des personnes enlevĂ©es et montre qu’il faut choisir entre la presence de tout Gaza, qui n’est pas applicable pour le moment, et un accord qui signifie la cessation des combats pour le moment.
2. Dans tout accord, IsraĂ«l doit insister, au-delĂ de la libĂ©ration de toutes les personnes enlevĂ©es, sur un nouvel ordre dans l’axe de Philadelphie et sur l’empĂŞchement de la rĂ©habilitation de Gaza – un objectif qui prouve aux yeux du Hamas qu’il peut maintenir le jihad et le gouvernement en mĂŞme temps. Les Gazaouis pourront recevoir une aide humanitaire, mais pas d’horizons et de normalitĂ©.
3. Au lieu de nous baser sur des guerres d’usure au sud et au nord, nous devons comprendre que l’Iran constitue une menace stratégique et nous concentrer sur lui, notamment dans le cadre de son programme nucléaire. Tout en convainquant le monde de la menace qu’il représente dans de nombreux domaines (par exemple en mer Rouge et en Ukraine), ce qui nécessite son isolement et ses activités contre lui.
4. Tirer les leçons nécessitera de renoncer aux concepts sur lesquels la stratégie israélienne a été fondée au cours des dernières décennies, au premier rang desquels la paix économique et la guerre entre les guerres. Elle doit être remplacée par de vastes initiatives offensives, en particulier contre le Hamas, qui ne peut conciliées son existence continue en tant que gouvernement à Gaza.
5. Sur la question palestinienne – dont IsraĂ«l a Ă©vitĂ© de discuter et de trancher le soir du 7 octobre – il faudra examiner comment, d’une part, ils s’efforcent d’obtenir une sĂ©paration physique entre les deux peuples et, d’autre part, de prĂ©venir une menace existentielle qui naĂ®trait de l’indĂ©pendance palestinienne (en particulier le contrĂ´le des portes entre les Palestiniens et le monde).
6. Et le plus important : compte tenu de la nĂ©cessitĂ© de se concentrer sur les menaces extĂ©rieures, il est essentiel d’abandonner les questions qui crĂ©ent des divisions internes liĂ©s au 7 octobre, qui ont affaibli et dĂ©tournĂ© l’attention des menaces existentielles.
Le Dr Michael Milstein est directeur du Forum des Ă©tudes palestiniennes au Centre Dayan de l’UniversitĂ© de Tel Aviv.






