La Russie se prĂ©pare Ă fournir Ă l’Iran un système satellitaire avancĂ© qui donnera Ă TĂ©hĂ©ran une capacitĂ© sans prĂ©cĂ©dent de suivre des cibles militaires dans tout le Moyen-Orient et au-delĂ , a rapportĂ© vendredi soir le Washington Post. Selon des sources amĂ©ricaines et une source de l’administration du Moyen-Orient qui ont Ă©tĂ© informĂ©es des dĂ©tails du transfert, le satellite pourra surveiller les bases en IsraĂ«l, et son transfert pourrait avoir lieu d’ici quelques mois.
Le plan russe enverra aux Iraniens le satellite « Canopus-V », Ă©quipĂ© d’une camĂ©ra haute rĂ©solution qui enrichira considĂ©rablement les capacitĂ©s d’espionnage de l’Iran. La camĂ©ra, entre autres, permettra de surveiller les bases prolongĂ©es de Tsahal, ainsi que les raffineries de pĂ©trole dans le golfe Persique et les installations qui abritent les troupes amĂ©ricaines en Irak.
« Ce n’est pas le meilleur au monde, mais cette haute rĂ©solution et cette qualitĂ© est très bon Ă des fins militaires », a dĂ©clarĂ© le responsable du Moyen-Orient familier avec le matĂ©riel satellite. « Cette capacitĂ© permettra Ă l’Iran de maintenir une banque cible prĂ©cise et de mettre Ă jour cette banque en quelques heures par jour », a-t-il averti.
La possibilitĂ© que l’Iran puisse partager les images avec des milices pro-iraniennes dans toute la rĂ©gion, y compris des combattants du Hezbollah opĂ©rant dans le sud du Liban et les Houthis au YĂ©men combattant l’Arabie saoudite – n’est pas moins inquiĂ©tante – selon la mĂŞme source.
Il a en outre Ă©tĂ© signalĂ© que, mĂŞme si le Canopos-V Ă©tait Ă©tiquetĂ© pour un usage civil, de hauts responsables militaires iraniens Ă©taient fortement impliquĂ©s dans son acquisition. En outre, les dirigeants des Gardiens de la rĂ©volution ont effectuĂ© plusieurs voyages en Russie depuis 2018 pour aider Ă nĂ©gocier les conditions d’achat. D’autre part, des experts russes, pour leur part, se sont rendus en Iran pour aider Ă former des Ă©quipes au sol pour faire fonctionner le satellite Ă partir d’une nouvelle installation en construction près de la ville septentrionale de Karj, dans la province d’Alborz.
Les trois parties, qui ont cherchĂ© Ă rester anonymes, ont notĂ© la sensibilitĂ© entourant les efforts de collecte de renseignements en cours. Le ministère russe des Affaires Ă©trangères n’a pas rĂ©pondu Ă une demande de commentaires du Washington Post. S’il est mis en Ĺ“uvre, l’accord constituerait un renforcement substantiel pour l’armĂ©e iranienne, qui a eu du mal dans ses tentatives indĂ©pendantes de lancer des satellites militaires en orbite dans l’espace.
Alors que les aspects clĂ©s des capacitĂ©s satellitaires ont Ă©tĂ© gardĂ©s secrets, la Russie et l’Iran ont publiquement rĂ©vĂ©lĂ© leur intention de travailler en collaboration dans le secteur spatial. Dès 2015, la tĂ©lĂ©vision iranienne a rapportĂ© que des sociĂ©tĂ©s iraniennes et russes avaient conclu un accord qui permettrait Ă l’Iran d’acheter « un système de tĂ©lĂ©dĂ©tection qui pourrait ĂŞtre activĂ© pour recueillir des informations sur la Terre, l’atmosphère et les ocĂ©ans ».
La rĂ©vĂ©lation du plan intervient dĂ©sormais dans le contexte de la première rencontre attendue du prĂ©sident amĂ©ricain Joe Biden et du prĂ©sident russe Vladimir Poutine Ă Genève la semaine prochaine. Le lancement imminent du satellite iranien de fabrication iranienne s’ajoutera Ă la longue liste des problèmes tendus dans les relations Washington-Moscou, menĂ©s par les tentatives russes d’intervention lors de la rĂ©cente Ă©lection prĂ©sidentielle.
Les opposants au retour des États-Unis Ă l’accord nuclĂ©aire avec l’Iran devraient profiter de l’occasion d’exposition aux satellites pour s’opposer Ă tout engagement avec TĂ©hĂ©ran qui ne rĂ©pondrait pas Ă ses ambitions militaires dans la rĂ©gion.
« Cette capacitĂ© Ă collecter des donnĂ©es pourrait ouvrir des possibilitĂ©s techniques et opĂ©rationnelles qui n’existaient pas dans le passĂ© pour les Iraniens », a dĂ©clarĂ© Christopher Ford, un haut responsable du dĂ©partement d’État pour empĂŞcher la distribution dans l’administration Trump. « Cela ressemble Ă une mise Ă niveau importante, et pas seulement Ă un petit pas en avant en termes d’applications militaires. »
Les experts expliquent que dans le passĂ©, l’Iran a pu acquĂ©rir des images satellites de haute qualitĂ© auprès de sociĂ©tĂ©s commerciales de satellites, mais sa capacitĂ© Ă obtenir des donnĂ©es en temps rĂ©el sur des cibles militaires potentielles reste limitĂ©e. « Une capacitĂ© locale Ă prendre ces photos est quelque chose que les militaires veulent, car cela leur est prĂ©cieux », a dĂ©clarĂ© Jeffrey Lewis, expert en prĂ©vention de la distribution au Middlbery Institute for International Studies en Californie.
Il a ajoutĂ© que l’acquisition de la technologie russe raccourcit le dĂ©lai de mise Ă niveau des capacitĂ©s technologiques de l’Iran, ce qu’il aurait de toute façon rĂ©alisĂ© par lui-mĂŞme avec suffisamment de temps. « L’armĂ©e iranienne est-elle contente ? Oui. C’est un vrai changement.





