Le témoignage d’Ayelet Goldin-Kaufman, sœur du soldat Hadar Goldin, résonne avec une intensité particulière à l’occasion de Yom HaZikaron. Cette journée de mémoire, consacrée aux soldats tombés et aux victimes du terrorisme en Israël, prend cette année une dimension totalement différente pour la famille Goldin. Pour la première fois depuis plus d’une décennie, elle peut se définir comme une famille endeuillée, une réalité qui, aussi douloureuse soit-elle, marque la fin d’un long combat.
Hadar Goldin avait été enlevé par le Hamas lors de l’opération « Tsouk Eitan » (Bordure Protectrice) en 2014. Pendant onze ans, sa famille a mené une lutte incessante pour obtenir le retour de sa dépouille, symbole non seulement d’un deuil impossible, mais aussi d’un combat moral et national. Ce n’est qu’en novembre dernier que ce combat s’est achevé, mettant fin à une période d’incertitude et de souffrance prolongée.
Dans une interview accordée à Kan News sur Reshet Bet, Ayelet Goldin-Kaufman a exprimé avec émotion la complexité des sentiments qui traversent sa famille en ce jour si particulier. Elle décrit une expérience « très mélangée et très puissante », où se croisent douleur, élévation et émotion intense. Ces mots traduisent une réalité difficile à appréhender pour ceux qui n’ont pas vécu une telle situation : celle d’un deuil suspendu, sans clôture, pendant des années.
L’un des éléments les plus marquants de son témoignage réside dans le sentiment d’« élévation » qu’elle évoque. Cette notion, inhabituelle dans un contexte de perte, prend ici un sens profond. Elle explique que pendant toutes ces années, son frère était perçu comme absent, captif, sans lieu de repos connu. Chaque Yom HaZikaron était alors marqué par une douleur particulière, celle de ne pas savoir précisément où il se trouvait, ni de pouvoir lui rendre hommage de manière tangible.
Aujourd’hui, cette réalité a changé. Le retour de Hadar permet enfin à la famille de vivre ce jour de mémoire dans un cadre défini, avec une présence, un lieu, une certitude. Cette transformation, bien que douloureuse, apporte une forme de paix et de reconnaissance. Elle met fin à une attente interminable et redonne un sens au processus de deuil.
La fin d’un combat de onze ans
Le combat de la famille Goldin ne se limitait pas à une revendication personnelle. Il s’inscrivait dans une dimension nationale et éthique, posant la question du retour des soldats tombés au combat et de la responsabilité de l’État envers ses citoyens. Pendant plus d’une décennie, cette affaire est devenue un symbole, mobilisant l’opinion publique et les autorités.
Le retour de la dépouille en novembre dernier représente donc bien plus qu’une victoire familiale. Il constitue un moment fort, chargé de signification pour toute la société israélienne. Il rappelle l’importance accordée à chaque soldat, à chaque vie, et à la nécessité de ne jamais abandonner ceux qui ont donné leur vie pour le pays.
Entre douleur et apaisement
Le témoignage d’Ayelet Goldin-Kaufman met en lumière une réalité complexe, où la douleur ne disparaît pas avec la résolution du combat, mais se transforme. Le deuil, longtemps empêché, peut enfin commencer. Ce processus, bien que difficile, est essentiel pour permettre à la famille de trouver une forme d’équilibre.
Ce Yom HaZikaron devient ainsi un moment charnière. Il ne s’agit plus seulement de se souvenir, mais aussi de reconnaître un chemin parcouru, une lutte menée jusqu’au bout. La phrase prononcée par la sœur de Hadar Goldin – « c’est le premier jour du souvenir où nous pouvons être une famille endeuillée » – résume à elle seule toute la profondeur de cette expérience.
Elle souligne une vérité souvent ignorée : le deuil ne peut exister pleinement sans certitude. Sans corps, sans lieu, sans réponse, la douleur reste suspendue. Avec le retour de Hadar, cette suspension prend fin, laissant place à une réalité tangible, aussi dure soit-elle.
Dans un pays où la mémoire des soldats est profondément ancrée, cette histoire rappelle que derrière chaque nom, il y a une famille, une attente, une souffrance. Et parfois, après des années, une forme de retour, qui permet enfin de transformer l’absence en mémoire.
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