La scène a de quoi faire réagir. Ahmad Tibi, député à la Knesset et figure de proue de la Liste arabe unie, s’est rendu à une conférence internationale réunissant des mouvements et partis de gauche du monde entier, où il a obtenu une audience avec Pedro Sánchez, chef du gouvernement espagnol. L’information a été rapportée par le journaliste Mohamed Majadle.
Lors de cet échange, Tibi n’a pas dissimulé l’objet de sa démarche. « Nous apprécions vos positions fermes contre l’injustice et l’occupation et en faveur de la paix », a-t-il déclaré au Premier ministre espagnol, avant d’aller plus loin : « Nous vous demandons de faire entendre votre voix davantage et partout. » En clair, un député siégeant à la Knesset israélienne a explicitement encouragé un chef d’État étranger à intensifier sa pression diplomatique contre Israël.
Sánchez, l’allié naturel de cette démarche
Le choix de l’interlocuteur n’est pas anodin. Pedro Sánchez s’est imposé depuis le début du conflit à Gaza comme l’un des dirigeants européens les plus critiques envers Israël. L’Espagne a reconnu l’État palestinien en mai 2024, aux côtés de la Norvège et de l’Irlande, dans un geste que Jerusalem avait qualifié de « récompense pour le terrorisme ». Sánchez a multiplié les déclarations incendiaires, allant jusqu’à comparer la situation à Gaza à un génocide — une rhétorique que le gouvernement israélien a vigoureusement rejetée.
C’est donc vers cet interlocuteur précis que Tibi a choisi de se tourner, lors d’une conférence internationale de la gauche, pour lui demander non pas de modérer ses positions, mais au contraire de les amplifier. La formule « faire entendre votre voix davantage et partout » résume à elle seule la nature de la démarche : il s’agissait de coordonner, depuis l’intérieur même du système politique israélien, une campagne de pression internationale contre l’État d’Israël.
Une pratique qui divise profondément
Ahmad Tibi n’en est pas à sa première sortie internationale de ce type. Député depuis des décennies, il a régulièrement utilisé des tribunes étrangères pour critiquer la politique israélienne, se positionnant comme un porte-voix de la cause palestinienne au sein même du Parlement de l’État juif. Ses partisans y voient l’exercice légitime d’un mandat démocratique dans une société pluraliste. Ses détracteurs y voient une ligne franchie : celle qui sépare la critique politique interne de la sollicitation active d’ingérences étrangères.
La question que cette rencontre repose, avec une acuité particulière dans le contexte de guerre actuel, est celle des limites du mandat parlementaire. Un député élu à la Knesset peut-il, sans enfreindre aucune ligne éthique ou légale, se rendre à l’étranger pour demander à des chefs d’État de « faire entendre leur voix davantage » contre son propre pays ? En Israël, ce débat est loin d’être tranché — et des rencontres comme celle-ci ont le mérite, au moins, de le remettre brutalement sur la table.
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